‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 194 sur 257 · LIVRE III, CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE ni

que l’ennemi public veille, et que le magistrat doit s’en mêler I »

Telle est en général l’éloquence publique de Cromwell, pleine de sens et de choses. Pour trouver de telles paroles obscures et équivoques , il faut certes avoir grande envie de ne pas comprendre.

Quand ce discours fut achevé, dit un vieux journal, « les membres du parlement firent hum x \ et témoignèrent leur contentement et leur satisfaction par des expressions singulières. « Cette satisfaction mutuelle ne dura pas longtemps. A peine assemblé , le parlement se mit à délibérer ardemment, « de huit heures du matin à huit heures du soir, dit Guibon Goddard, et tous les jours , pour savoir s’il avait raison de siéger, » si le gouvernement appartenait à un seul homme ou à plusieurs , et dans quelles proportions ; ce qui ruinait la base même du protectorat et déplaisait assurément à celui dont on ébranlait ainsi le pouvoir.

Huit jours après l’ouverture de la chambre, «je voulus, dit un membre (ce même Goddard, qui a laissé des notes intéressantes), me rendre à Westminster, et je trouvai la porte des communes fermée , des sentinelles devant. — On ne passe pas , me dit-on ; si vous êtes membre, vous pouvez vous rendre à la chambre peinte , où le Protecteur va se trouver. — J’y allai.

4 Parliamentary hislory, XX , 3 1 8 , 33

Entre neuf et dix heures , il arriva avec son escorte d’officiers, de hallebardes et de gardes du corps, s’assit couvert sous le dais, et parla une heure et demie. »

Les discours publics tenus par Cromwell bien étudiés, montrent le fermier puritain, chef politique de l’Angleterre, sous une face entièrement nouvelle. Ces discours improvisés, que Cromwell n’a jamais corrigés ni revus, ont été publiés sans ponctuation, sans exactitude, mêlés d’interpolations et des commentaires ridicules dont les reporters avaient orné l’original ; enfin complètement défigurés. En consultant les registres des communes, les pamphlets de l’époque, les notes manuscrites de quelques membres des divers parlements du protectorat , on reconnaît , en définitive , que les circonlocutions ambiguës attribuées à Cromwell ne lui appartiennent nullement.

Ces discours fort simples ne portent aucune trace d’hypocrisie ou de charlatanisme. Il ne dissimule pas son origine; il n’est qu’un soldat et se regarde comme le soldat de Dieu. Une intime énergie, une clarté parfaite , le besoin ardent , quelquefois extrême de faire bien comprendre et de mettre en relief sa pensée , de fréquentes répétitions de mots , tels en sont les principaux caractères. Il a souvent peine à rendre ce qu’il médite; on assiste au travail confus d’un esprit qui se cherche, on sent que le métier d’orateur le gêne; plus l’idée qui le tourmente est

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