‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 196 sur 257 · LIVRE III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III

je pourrais y faire entrer des hommes qui , selon moi , auraient en eux l’Esprit qu’il fallait pour avancer un peu l’œuvre. C’est très-vrai ce que je vous dis; Dieu sait si c’est vrai! — Vos soldats, lui dis-je, sont la plupart de vieux domestiques , des garçons d’auberge et de telles gens 1 ; — et , quant à nos ennemis , ce sont fils de gentilshommes, cadets de famille, hommes de qualité. Croyez-vous que les courages de personnes de ce genre seront de force contre des cavaliers ayant honneur, bravoure et résolution? » — En vérité , je lui représentai cela selon ma conscience , et je repris : — Il faut que vos hommes aient un Esprit, — ne prenez pas en mal mes paroles , — un Esprit qui aille aussi loin que peuvent aller ces gentilshommes ; sans quoi vous serez battus , toujours battus ! — Réellement , je lui dis cela. C’était un homme prudent et honorable, et il me répondit que j’avais une bonne idée , mais qu’elle était impraticable. Je repris que je pourrais y contribuer tant soit peu , et je le fis. En vérité il faut bien que je le dise, — attribuez- le à qui vous voudrez, — je réussis à enrégimenter des hommes qui eurent la crainte de Dieu devant les yeux et de la conscience dans ce qu’ils faisaient; — et depuis ce jour jusqu’à présent ils ne furent jamais battus , mais toujours battants, dès qu’ils se mettaient de la partie ! Et vraiment

* Voy. Cromwell , noMME pe guerre , liv. II , ch, h.

il y a là de quoi louer Dieu ; — et cela peut vous apprendre à choisir ceux qui sont religieux et saints.

« Et il y en a tant , parmi ceux qui m’ont aidé alors , tant d’excellents , de paisibles , d’honnétes , prêts à vivre sous un gouvernement réglé , à obéir aux magistrats et aux autorités , selon la loi de l’Évangile ! De la sainteté hors de ce cercle ! non, il n’y en a pas , je n’en connais pas ! Sans l’esprit d’ordre et de discipline, que l’on dise ce que l’on voudra, il n’y a qu’esprit diabolique, démoniaque et qui vient des profondeurs de Satan ! »

Ainsi s’explique, sur les événements de sa vie, Cromwell en face du parlement; rien n’est moins obscur que sa pensée et son langage. Il mérite d’être roi, selon lui, et il l’est devenu pour avoir donné une âme à l’armée protestante et créé l’esprit des troupes populaires. U soutiendra jusqu’à la mort l’ordre et la discipline d’une part, la liberté calviniste de l’autre.

C’est à propos de cette obscurité prétendue des discours tenus par Cromwell et si laborieusement improvisés , que l’un des écrivains les plus fantasques de notre temps s’amuse à comparer les artificieux labeurs de la rhétorique avec ceux d’une conviction qui se dépêtre lentement au sein d’une diction inexpérimentée et incertaine ; l’étrange commentateur s’écrie : « Art du discours! art du discours, fantôme rhétorique

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