CHAPITRE VI
Nayler el Fox. — Cromwell esl obligé de réprimer les excès
mystiques.
Au mois d’octobre 1655, huit personnes, hommes et femmes, le premier à cheval 1 et escorté de deux femmes à pied qui tiennent la bride , homme musculeux , « de cinquante ans , aux longs cheveux jaunâtres et plats qui descendent plus bas que ses joues , les lèvres serrées et minces, muet et sombre, le chapeau sur les yeux, » traversent processionnelle ment la ville de Bristol stupéfaite. Les cinq autres personnes , à pied et à cheval , chantent à pleine poitrine : « Hosannah ! saint ! saint ! trois fois saint ! seigneur Sabaoth! » — et ne répondent qu’en chantant aux questions qu’on leur adresse. Une pluie violente et la fange des chemins ne les arrêtent pas ; ils chantent toujours « leurs mélodies nasales , » comme dit But-
4 C’est à ce propos que Hume, l’historien et le philosophe sceptique , dit : « Apparemment il n’y avait pas un âne parmi les gens de Bristol : ce qui empêcha Nayler de ressembler tout à fait à Jésus-Christ. » Hume avait à se venger des habitants de cette ville , qui l’avaient maltraité dans sa jeunesse.
1er , jusqu’à ce que l’autorité suspende la marche triomphale des quakers , et les envoie à Londres , où le parlement doit les examiner et les juger.
Nayler sera-t-il pendu, rôti , mutilé , emprisonné, marqué ou bien fouetté?
Cent dix séances sont consacrées à ce grand débat, « qui prouve , dit assez malhonnêtement un royaliste , le puits et l’abîme sans fond de stupidité que le caractère anglais contient. » Ce pauvre Nayler est condamné à « monter sur un âne à rebours, la tête tournée du côté de la queue de l’animal, — à être marqué sur l’épaule , — à avoir la langue percée , — au pain et à l’eau , — et aux travaux forcés à perpétuité. »
Cromwell , mécontent sans doute de ce beau jugement, et trouvant dangereux que l’on châtie si durement les quakers alors même qu’ils sont fous , ne voulant pas non plus que la chambre s’arroge l’autorité judiciaire , envoie au président ou speaker ’VViddrington ( personnage « bien emparlé , » dit le duc de Créqui dans une lettre), le message suivant :