LIVRB III, CHAPITRE VI
et où le vent qui murmure agite à peine la colonne de fumée qui sort de ces toits. » Il entend du fond de ces chaumières, ou plutôt son âme entend des voix bien douces qui lui crient :
— « Sauvez nos âmes , sauvez-nous ! «
Et il continue sa route , pour obéir à ces voix ; il entre dans les cabanes, prêche la doctrine de l'impulsion divine , de l’esprit saint qu’on doit écouter , et fonde la nation des quakers. Ainsi se développe en face du spiritualisme catholique de Rome le spiritualisme calviniste , qui ne tarde pas à produire des monstres étranges.
C’est au protecteur Cromwell qu’il appartient de les écraser, bien qu’ils renaissent comme l’hydre de Lerne , et que ce travail d’Hercule ne soit pas sans danger : le calvinisme ne doit point frapper sa propre racine. Cromwell se montre assez clément. Le pal , le lacet et la hache , que ses communes voudraient employer contre les rebelles , lui semblent de surérogation; il ne tue guère et ne mutile pas; la prison et quelques amendes bénignes lui suffisent. Aussi Bunyan le troupier-chaudronnier calviniste , Fox , « qui a trouvé des âmes fort tendres dans la vallée de Bever, » continuent-ils en paix leurs croisades mystiques ; on les admoneste , puis on les enferme de temps en temps dans une geôle; ils payent des amendes, et ils vont leur train.
Mais ce sont des symptômes menaçants ; rien nVst plus dangereux pour une autorité que les révoltes qui émanent du principe même qui. la constitue. Ici le calvinisme mystique, ennemi de Rome, se révolte contre l’autorité de Cromwell. Fox, malgré sa paisible humeur, fut arrêté dans le Leicestershire , mis en prison , traîné de geôle en geôle par les officiers subalternes de la police , et forcé de coucher souvent, ou dans une cave , ou à la belle étoile , « ce qui lui rendait très-utile ( il en convient dans son journal) la culotte de peau qui l’escorta toute sa vie, et qu’il avait cousue d’après un ordre exprès de Dieu même. «
Au milieu de ces persécutions, il trouva moyen d’écrire au Protecteur et de lui demander un rendezvous. Cromwell l’accorda. C’était le matin; on habillait le Protecteur, lorsque le quaker faisant son entrée :
« La paix soit dans cette maison ! » s’écria-t-il.
— Merci, George, répondit doucement Cromwell!
— Je viens t’exhorter, reprit George, à rester dans la crainte de Dieu ; ce qui pourra t’acquérir la sagesse de Dieu, chose si nécessaire à ceux qui gouvernent.
— Amen! »
« Il m’écouta très -bien, continue Fox 1 ; je lui parlai longuement et sans crainte de Dieu et de ses apôtres d’autrefois, de ses prêtres et de ses
* Fox’s Journal, 1G3G, Lceds; 1 , 2G5.