LIVRE III, CHAPITRE VII
ainsi que plusieurs autres, et, quoique je ne doute ni de votre zèle ni de votre capacité pour nous servir dans une si grande affaire, cependant je suis entièrement convaincu que le cardinal manque à la bonne foi dans l’exécution. Ce qui vient encore augmenter notre mécontentement à cet égard , c’est la résolution que nous avions prise de notre côté de faire plutôt plus que moins que notre traité. Et quoique nous n’ayons jamais été assez simple pour croire que les Français et leurs intérêts ne faisaient qu’un avec les nôtres en toute chose, cependant, à l’égard des Espagnols qui ont été de tout temps les ennemis les plus implacables de la France, nous ne pouvions jamais supposer, avant de faire notre traité , que , nous réglant sur de telles bases, on pût nous manquer de foi comme on l’a fait.
« Parler de nous donner des garnisons à l’intérieur pour garant de ce que l’on fera à l’avenir , parler de ce que l’on doit faire dans la campagne prochaine , ce sont des mots bons pour les enfants. S’ils veulent nous donner des garnisons , qu’ils nous donnent Calais , Dieppe et Boulogne, ce qu’ils sont, je crois, aussi disposés à faire que de tenir leur parole en remettant entre nos mains une des garnisons espagnoles placées sur les côtes î Je crois positivement ce que je vous dis : ils ont peur que nous n’occupions une position de l’autre côté de la mer, fût-elle espagnole.
« Je vous prie de dire de ma part au cardinal que
je pense que si la France désire conserver son terrain, et, encore mieux, en gagner sur les Espagnols , l’exécution de son traité avec nous contribuera mieux à ses intérêts que tout ce que je devine des desseins qu’il a.
« Quoique nous ne prétendions pas avoir des troupes comme les siennes , cependant nous pensons qu’ayant en notre pouvoir de renforcer et d’assurer par mer son siège, et d’augmenter par mer ses forces si nous le voulons, et l’ennemi ne pouvant rien faire pour secourir la place , le meilleur moment de l’attaquer est à présent, particulièrement si nous considérons que la cavalerie française pourra ravager la Flandre, que l’on ne peut amener aucun secours à la place, et que l’armée française et la nôtre recevront constamment autant de renforts que l’Angleterre et la France pourront en fournir sans que rien nous en empêche, — surtout en considérant que les Hollandais sont fort occupés à présent du côté du midi.
« Je vous prie de lui faire savoir que les Anglais sont très-expérimentés en ces expéditions. Il est certain que , si les Espagnols gardent la campagne , ces derniers ne pourront ni s’opposer au siège, ni diriger une attaque contre la France, ni se ménager de retraite. Que signifient alors tous ces délais, à moins qu’on ne veuille donner aux Espagnols l’occasion de se renforcer d’autant , et forcer nos hommes de servir encore la France un autre été sans la moindre appa-