LITRE III, CHAPITRE X
tétés, a été bâtie ; des soldats qui en sortent incessamment , pillent Ou massacrent tout ce qu’ils rencontrent. De plus , on rassemble secrètement de nouvelles troupes contre eux ; et ceux qui professent la religion de Rome ont dû s’éloigner du pays. Tout semble présager de nouveau l’extermination de ceux de ces malheureux que les massacres précédents avaient épargnés.
« Roi très-chrétien, je vous supplie et vous adjüre, par Votre main droite qui a scellé un pacte d’alliance et d’amitié avec nous , par le saint hon« neur du litre de très-chrétien, ne souffres pas que cela se fasse l ne permettes pas qu’un tel excès de cruauté soit souffert, je ne dis pas par un princé ( Vraiment une telle infamie ne saurait entrer ni dans l’âme d’un prince , encore moins à l’âge tendre de ce princé, ni dans le cœur féminin de sa mère), mais à ces exécrables sicaires. Ces hommes se disent les serviteurs et les ministres de Jésüs-Christ nôtre Sauveur, lequel est venu au monde afin de sauver les pécheurs, et ils abusent de son nom miséricordieux et de ses saints commandements pour se livrer aux assassinats les plus atroces. Vous qui en avez le pouvoir, et qui, au milieu de votre grandeur, êtes digne de posséder cette puissance , arrachez les mal- 1 heureux qui Vous supplient des mains de ces meurtriers, qui naguère enivrés de sang en sont encore
altérés et trouvent commode de rejeter sur leur prince la honte de leur fureur sanguinaire. Ne souffrez pas que sous votre règne vos titres et vos frontières reçoivent de souillure, ni que l’Évangile de paix de Jésus- Christ soit profané par d’infâmes massacres. Souvenezvous que ces mêmes hommes persécutés devinrent jadis sujets de votre ancêtre Henri, l’ami des protestants, lorsque Lesdiguières victorieux le repoussait de la Savoie dans les Alpes, à travers ces vallées qui sont votre plus facile passage pour gagner l’Italie. Le traité de soumission existe encore dans le recueil des actes publics de votre royaume, et ce cas est prévu et stipulé parmi les clauses : que lesdits habitants de la vallée ne pourraient être cédés, par la suite, qu’aux conditions auxquelles ils avaient juré foi et hommage à votre invincible ancêtre. Ils réclament aujourd’hui de vous la protection promise. C’est vous, le petit-fils, qu’ils supplient de remplir la promesse de l’aïeul ; ils aiment mieux être à vous qu’à celui à qui ils appartiennent maintenant, si cela peut se faire par échange; mais si cela est impossible, ils désirent vous appartenir au moins par votre commisération , votre secours et votre appui.
« 11 y a encore des raisons d’État qui pourront vous engager à ne pas repousser ces Vaudois qui fuient vers vous comme leur refuge; mais je ne désire pas, tout grand roi que vous êtes, vous exci-