‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 238 sur 257 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Dernière remontrance du quaker Fox.— Mott de Cromwell.— L’Angleterre après sa mort.

Cromwell touchait à sa soixantième année. Robuste encore , mais affaissé , Dieu venait de le frapper dans sa famille de plusieurs coups successifs ; il avait passé quatorze jours près du lit de sa fille mourante , Élisabeth Claypole , et il avait été accablé de cette douleur.

Cette énergie colossale , qui pendant vingt années avait porté le fardeau « trop lourd pour un homme » dont il parle si souvent , pliait et laissait pressentir la décadence. Ce fut alors que George Fox le quaker fit sa dernière apparition devant lui et vint réclamer en faveur des quakers persécutés. Malgré son indulgence pour les folies mystiques , Cromwell ne voulait pas qu’on troublât l’ordre. On avait pris au collet et mis en prison, « dans les Mews , » quelques >« grands chapeaux » de quakers qui avaient essayé de prêcher en place pu-

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blique , et de suivre l’inspiration avec une obéissance trop eiitière; George lui-même et son impérissable culotte de cuir avaient eu le même sort. « La puissance dë Dieu agissant sur les persécuteurs, * on l’avait bientôt relâché. Cependant il voulut adresser au Protecteur quelques remontrances ■, et comme ce dernier* « dans son grand carrosse -, entouré de ses gardes , faisait sa promenade du soir dans Hyde-Park , » Fox s’avança; il fut d’abord repoussé; Cromwell abaiBsa les glaces et l’accueillit très-cordialement. Le lendemain, à Whitehall , Fox se croyait sûr de réussir et de convertir Cromwell ; la scène changea ; Cromwell « se moqua un peu de moi, dit le quaker... il s’assit sur le bout d’une table,... me dit des choses piquantes et comiques,... enfin il me traita lestement. »

Le bon sens de Cromwell avait découvert chez Fox le défaut de la cuirasse, l’orgueil du mystique. « Il me dit (ainsi parle Fox) que mon énorme confiance en moi-même , c’est-à-dire en Dieii qui était en moi , n’était pas la moins notable de mes acquisitions ‘ » Le quaker s’en alla peu content , et le lendemain « je pris un bateau , dit-il , et je descendis (il veut dire je remontai) la Tamise jusqu’à Kingston , d’où je me rendis à Hampton-Gourt pour parler au Protecteur des souffrances des amis. Je le ren-

* Journal de Fox, 1 , 381, 2.

contrai dans le parc ; il était à cheval à la tête de ses gardes du corps, et, avant même que je le visse, j’aperçus et sentis un souffle 1 de mort qui s’élançait et traversait l’air contre lui; .... quand je me trouvai devant lui , il était pâle comme un mort. Je lui expliquai les souffrances des amis et l’avertis, selon que j’étais poussé de Dieu ; il me dit : — « Venez me « voir demain ! » — Le lendemain, on médit qu’il était indisposé et je ne le vis plus. »>

L’œuvre de Cromwell était accomplie. Le 20 août 1658 , il tomba malade, quitta Hampton-Court pour Londres, et ne se releva pas.

Tel nous avons vu dans la solitude de ses jeunes années le fermier mystique, déchiré des doutes de Hamlet, tel nous le retrouvons à sa mort.

Jeune , il n’avait aucune raison pour simuler le fanatisme ; mourant , il n’avait plus de motif pour garder le masque. « Mes enfants, disait- il en se soulevant, vivez en chrétiens. Je vous laisse le pacte avec le Seigneur pour vous alimenter! » Et il paraissait, dit son ennemi Ludlow, « un médiateur plutôt qu’un mourant ! »

* Waft, mot qui n’est pas anglais , mot inventé par Fox. Les Bunyan, les Fox, les Baxter et autres mystiques anglais ont enrichi la langue de beaucoup d’expressions, dont quelques-unes sont restées.

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