LIVRE I, CHAPITRE I
aux Montagu , depuis comtes Sandwich. C’est à eux qu’appartiennent aujourd’hui le château , ses grandes salles où les vieux portraits des Cromwell sont encore pendus , et les pelouses vertes inclinées vers le fleuve paresseux et les longues avenues de saules et d’ormes. Robert, père du Protecteur, répara les brèches de sa légitime par un mariage singulier. Il y avait dans le pays une famille Stewart , alliée aux rois , et dont l’un des auteurs , prieur catholique de la ville d’Ely, avait opposé quelque résistance à la réforme , à Henri VIII , à Thomas et à Richard Cromwell ; cette résistance papiste ne tint pas contre le titre offert de doyen protestant de la cathédrale et le fermage héréditaire des dîmes qui assurait sa fortune. La mère d’Olivier Cromwell, arrière-petite-fille de ce converti, fut Élisabeth Stewart, arrière-cousine de Charles I", roi d’Angleterre , et dont la dot consistait dans ces domaines et ces dîmes enlevés aux catholiques.
La résistance catholique vient d’un Stuart ; la persécution protestante est exercée au xvi* siècle par deux Cromwell ; la fortune qui découle de ces deux sources révolutionnaire et théologique se concentre sur le dictateur puritain Olivier Cromwell, symbole du protestantisme armé.
Cette fortune , honnête pour la province , trop peu considérable pour endormir l’ambition , équivalait à
LA JEUNESSE DE CROMWELL
quelques trente mille livres de rente d’aujourd’hui. Olivier avait quatre ans, et Hinchinbrook n’était pas vendu , lorsqu’un bruit de chasse y annonça la venue de Jacques I" , arrivant d’Écosse pour trôner en Angleterre, et qui rendait honneur à la parenté de mistress Cromwell, une Stewart, comme nous l’avons dit. Le roi avait passé par .Belvoir , le plus beau manoir féodal de l’Angleterre, et il était arrivé à Hinchinbrook, « toujours chassant, » dit la chronique. Le petit enfant Olivier, neveu du seigneur d’Hinchinbrook , put contempler la royauté dans sa pompe ; Jacques passa deux nuits chez les Cromwell-Stuart ses alliés , fit des chevaliers dans la grande salle, et entre autres l’oncle paternel du Protecteur, sans oublier son propre parent, Thomas Stuart ou Stewart d’Ely, oncle maternel de l’enfant. Puis il prit la route de Londres, laissant le revenu de sir Olivier entamé par les frais de la visite royale; plusieurs années après, retournant en Écosse et renouvelant cet honneur coûteux, le monarque fut modestement hébergé par la bourse appauvrie du seigneur. Sir Olivier fut même forcé, en 1627, de céder son manoir pour la somme d’à peu près soixantequinze mille francs d’aujourd’hui, que sir Sidney Montagu lui paya, et dont trente-deux mille cinq cents devinrent la proie d’un seul créancier; puis il alla cacher ses regrets , ses splendeurs éteintes et son royalisme invétéré dans les marais de Ramsey-Mere, où il