‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 69 sur 257 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

avait une petite propriété; son neveu, devenu chef puritain, revint l’y trouver plus tard, comme on le verra, avec une troupe de dévots à bandoulière de cuir.

Telle était la situation de la famille , dans laquelle n’apparait ni brasseur, ni boucher, et dont le second membre, père de Cromwell, enrichi par son mariage et résidant à Huntingdon, éclipsa bientôt le frère aîné, baronisé par le roi et enseveli dans ses marécages. À Huntingdon, de 1599 à 1620, pendant que l’Espagne et Rome s’armaient pour le catholicisme, que l’Ecosse, l’Angleterre, la Saxe, la Scandinavie se liguaient contre le Midi , pendant qu’une fermentation sourde et populaire pénétrait tous les recoins des plus petits villages saxons, — Robert Cromwell élevait, sur les bords de l’Ouse, sa famille nombreuse. Dans cette solitude sévère, Olivier, son cinquième enfant , ne pouvait manquer d’entendre parler souvent des abominables papistes , de la « prostituée de Babylone , » de Ravaillac, le prétendu jésuite qui assassinait Henri IV, du roi d’Espagne , évidemment identique avec l’antechrist, surtout de Laud, exécré du peuple comme un demi -catholique , et qui , archidiacre à Huntingdon , était très-assurément le fils de Belzébuth ; toutes ces matières préoccupaient vivement les esprits. C’était d’elles que devait rêverie petit Cromwell, quand il allait chasser aux outardes dans les marais qui environnent Ely. Sa famille paternelle et maternelle était

LA JEUNESSE DE CROMWELL

austère, comme il convient à de nouveaux réformateurs ; tout semble prouver l’inexactitude des légendes accréditées par ses ennemis sur ses exploits dans les tavernes , sur le singe qui le poursuivit le long des toits , sur ses habitudes évaporées et ses escapades. Rien ne l’invitait à cette dépense de mauvaises mœurs et de mauvais goût.

La population de ces contrées humides a toujours été mal disposée à ce qui est volupté ou frivoles plaisirs. Le pays , d’un aspect calme , un peu lugubre , rappelle certains paysages de Wouvermans ; à l’occident , des ondulations de terrain peu sensibles se veloutent d’un gazon très-serré , à la teinte sombre , entrecoupé de bouquets d’arbres ; à l’orient, l’horizon est noir, et l’espace usurpé par une vaste plaine marécageuse ; là , les saules pâles et les aunes aux feuilles blanches se balancent sous le vent , et le vol pesant des oiseaux aquatiques sillonne lourdement un terrain fangeux. L’Ouse, avant de pénétrer dans ces régions, décrit plusieurs détours , et , changeant de couleur à mesure qu’elle avance , devient noire de jaune qu’elle était , se colore de reflets métalliques , que le soleil fait miroiter à la surface de ses flots plombés, et finit par se perdre dans des forêts de plantes grasses, d’algues, de joncs et de nénuphars. On n’a pas besoin de dire que nulle teinte romanesque ou d’invention n’a été admise dans ces détails de paysage ; l’exactitude

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