‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 72 sur 257 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

Cromwell , qui deviendront redoutables. Tout ce que l’on sait de lui à cette époque , c’est que , respecté de ses voisins , aimé de sa famille et vivant dans l’aisance , il a des accès violents d’humeurs noires. « Souvent (dit Warwick dans ses mémoires) il envoyait chercher à minuit le docteur Simcott, médecin de la ville, se croyant près de mourir ; il lui parlait de son hypocondrie et de ses imaginations à propos de la croix de la ville. » Cette croix papiste l’obsédait. Les prédicateurs calvinistes hantaient le voisinage ; quand il les avait écoutés et qu’il avait relu sa Bible , cette sombre humeur le prenait ; il se promenait sur le bord de la rivière funèbre que nous avons décrite , à l’ombre des aunes , sous un ciel humide et bas , rêvant, pendant que ses bestiaux erraient dans ces pacages , à l’homme et à Dieu , à la vie et à la mort , surtout au dogme de la prédestination . Sans doute , le soir, plongé dans les terreurs de cette croyance, il envoyait chercher Simcott, et demandait à la science humaine des remèdes contre ce mal que Hamlet n’avait pu guérir, que Pascal ne guérira pas.

Pourquoi la même douleur s’était-elle emparée des hommes les plus sérieux et les plus estimés de l’Angleterre? Lord Brook, lord Say, lordMontagu, éprouvaient les mêmes angoisses. Hampden, cousin de Cromwell , était puritain comme eux. Était-ce superstition ou fourberie ?

IG LA JEUNESSE DE CROMWELL

Depuis que le protestantisme proclamé par Henri Y1II avait armé l’Angleterre contre Rome, le schisme avait développé ses conséquences ; la foi était ébranlée au Nord ; l’unité était détruite. Le même doute dont le grand poète venait de montrer son Hamlet déchiré harassait les âmes. La réforme était commencée, on voulait la pousser jusqu’au bout ; la révolution opérée par le monarque ne semblait plus suffisante. Dès le commencement du siècle , une pétition , signée de près de mille ecclésiastiques , avait sollicité la destruction radicale des cérémonies et des rites , le retour à la simplicité primitive des observances. On s’était surtout prononcé contre l’absorption des dîmes par les courtisans , auxquels le monarque avait jeté cette curée en pâture ; on avait récfamé l’attribution de ces richesses, du moins en partie, aux ministres nouveaux, propagateurs du calvinisme. Le radicalisme dans la réforme était la conséquence naturelle du premier coup porté à la vieille unité catholique. — « 11 faut, criaient les démocrates religieux, renverser l’idolâtrie , détruire le mensonge , revenir au sens divin du christianisme , embrasser à la fois la liberté et la vérité, ne pas laisser trace de l’esclavage et de la fraude , déraciner cette servitude étrangère et cette mort de l’âme, s’élever à la contemplation de Dieu et à l’indépendance terrestre. »

Ce n’est pas à nous qu’il appartient ici d’ab-

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