LIVRE I, CHAPITRE II
soutire ou de condamner cette immense négation , il nous suffit de dire que telles étaient la pensée et la passion du Nord tout entier. Ce qu’on a regardé comme une hérésie était surtout la prise d’armes du grand corps germanique. La liberté protestait contre l’autorité , la négation contre l’amour , l’avenir contre le passé , le Nord contre le Midi. Je ne juge pas le mouvement ; je l’explique.
Que ce mouvement vers la liberté effrayât le pouvoir civil et le pouvoir religieux, cela devait être. On essaya de maintenir le peu de cérémonies qui ornaient encore le culte , d’entraver les nouveaux ministres de la parole calviniste, de s’opposer à la propagation de cette foi sauvage dans les cantons rustiques. De leur côté , les protestants combattaient ces résistances ; ils s’efforcaient de transporter sur la tête des apôtres puritains une portion des dîmes que s’étaient attribuées les seigneurs. La bourgeoisie et les classes moyennes, toute la partie de la société à laquelle les Cromwell appartenaient, s’émurent alors. On se cotisa pour donner le pain terrestre à ceux qui répandaient la parole de vie ; on fit des fonds pour payer des missionnaires ambulants ( running lecturers ), d’autres à poste fixe, qui venaient dans la place du marché , le jour de foire ou après le service , encourager le peuple dans sa fureur contre Rome , et tonner contre les chasubles, les aumusses, les surplis , le rosaire , le signe de la croix,
LA JEUNESSE DE CROMWELL
le despotisme du Midi. Olivier Cromwell ne fut pas des derniers à se joindre à cette opposition ; et ce qui prouve qu’il représentait exactement l’esprit de son canton, c’est que le lundi 17 mars 1627 , au moment même où son nom figurait sur la liste des souscripteurs de l’association puritaine , il fut élu membre du parlement.