‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 74 sur 257 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Cromwell , membre du parlement. — Ses premières paroles.— Cromwell à Saint-Yves. — Sa retraite.

Ce gentilhomme campagnard, silencieux et mal vêtu , assista sans mot dire aux séances orageuses des premiers parlements de ce règne ; il entendit les ac cusations contre Buckingham, la discussion du bill des droits, et fut témoin de cette scène bizarre pendant laquelle Pym, Cook et le président ( speaker ) 'pleurèrent tous trois à chaudes larmes l’obstination du roi qui défendait son favori. Le rêveur des bords de l’Ouse craignait surtout de voir ses lecturers supplantés par des papistes. Le jour où la chambre s’occupa de ces matières, il prit la parole ; la chambre s’était formée en comité religieux pour l’examen des abus ecclésiastiques. Cromwell , avec l’âpreté de l’accent rustique , dénonça d’un coup quatre papistes, Laud, Mainwaring , Neil et Alablaster. Voici ses paroles :

« Un docteur Beard (le vieux précepteur de son village ) m’apprend , dit-il, que le docteur Alablaster

20 LA JEUNESSE DE CROMWELL

proche à la Croix de Saint-Paul un papisme pur , et qu’il le fait d’après les recommandations de son évêque, le docteur Neil. Le même évêque vient de donner une riche prébende à ce Mainwaring que la chambre a censuré avec justice. Si ce sont là les degrés par lesquels on arrive aux dignités de l’Église, qu’est -ce qui nous attend ? »

— Qu’est-ce qui nous attend ? — Ce sont les premiers mots de Cromwell, rapportés par un M. Crewe, dont les notes manuscrites sont conservées au Musée britannique ; on croit entendre les notes aigres et vibrantes de cette voix qui se fit toujours obéir.

En effet, la chambre obéit au membre de Huntingdon et ordonna contre ces quatre suspects l’enquête, dont elle confia la charge « à M. Cromwell. >• Renvoyé dans ses foyers par la dissolution du parlement , il n’en resta pas moins populaire, puisque immédiatement après la session il fut nommé avec son précepteur puritain, le même docteur Beard, juge de paix du canton. Son ambition n’allait guère plus haut ; la vie agricole et l’élève des bestiaux lui semblaient la seule destination de sa vie active ; il vendit pour environ cinquante mille francs de propriétés, acheta des pâturages plus considérables à Saint-Yves, cinq milles audessous de Huntingdon, sur les bords de la même rivière d’Ouse, et y alla vivre avec sa famille dans une situation étrangement lugubre.

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