‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 75 sur 257 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

11 faut avoir vu cette petite ville obscure de Saint - Yves 1 pour se faire une idée de l’aspect somnolent qui la distingue ; ce sont des maisons rousses , un pont pointu où trois personnes peuvent à peine marcher de front, un gazon épais, haut et noirâtre, qui environne la ville , et un limon métallique traîné par les Ilots stagnants qui la baignent. De loin vous n’apercevez aucune trace d’habitation , tant les toits sont bas. Une aiguille de clocher très-aiguë perce un long rideau de saules pleureurs et révèle la ville au voyageur surpris de la rencontre. À l’entour , le saule blanc et le gazon noir dominent ; tout fait silence ; la ville est endormie. Les jours de marché seulement, on entend des bêlements et des beuglements de bestiaux , joints au son des clochettes ; le nom antique du principal domaine de l’endroit , dont Cromwell loua quelques dépendances , est encore le « Manoir du Sommeil » [Slepe-Uull) ; les vieux titres portent ces mots : Saint- Yves cum Slepa , « Saint-Yves du Sommeil. » Là Olivier Cromwell alla ensevelir ses pensées calvinistes et ses tristesses sauvages ; là il rêva pendant cinq ans, vendit ses bœufs , écouta les lecturers , s’enivra de la Bible , prospéra en qualité d’éleveur et de fermier, et, aidé par Élisabeth Bourchier, bonne ménagère, fit l’éducation de six enfants.

* Consultez Giipin, Dibtiin, Wells, Heurne, ele.

22 LA JEUNESSE DE CROMWELL

Les choses éternelles l’occupaient bien plus puissamment que les objets temporels. Malgré les efforts et les châtiments de Laud, les souscriptions pour l’entretien des missionnaires ou lecturers avaient continué en secret, et l’un d’eux, nommé Wells, établi par de tels secours , avait donné pleine satisfaction à Cromwell et aux habitants de Saint-Yves. Pour que les sermons durassent, il fallait que la souscription durât aussi. Le fondateur de cette mission de Saint-Yves, un calviniste qui semble avoir été quelque riche marchand de Londres et qui se nommait Story , retarda l’envoi des fonds destinés à l’entretien de l’éloquence calviniste, et reçut aussitôt du juge de paix Cromwell, ancien membre du parlement , aujourd’hui caché dans Saint-Yves et y faisant tristement son salut , la lettre suivante que nous traduisons avec une extrême servilité :

A mon très-cher bon ami, if. Storie, à l'enseigne du

Chien , Bourse de Londres, remettez les présentes.

«Saint-Yves;, il janvier 1635.

« Monsieur Storie,

« Dans la liste des bonnes œuvres que vos concitoyens nos compatriotes ont faites, celle-ci ne sera pas comptée pour la moindre, qu’ils ont pourvu à la nourriture {les âmes. L’érection d’hôpitaux pourvoit

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