‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 81 sur 257 · UVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

UVRE I, CHAPITRE IV

Voilà ce que psalmodient en chœurs nasillards d'honorables fermiers et d’excellents petits bourgeois des villes écossaises, qui n’ont pas commis d’autre péché que celui d’exister; le péché originel , fond de la doctrine calviniste, éternelle douleur des prédestinés, respire dans ces cantilènes funèbres. Aux yeux des hommes qui pensent ainsi , la main de Dieu pèse toujours sur ce monde châtié. Notre devoir est la résignation ; suspendus entre les deux éternités, incertains de notre sort, pleins de mépris pour la vie , nous ne devons aspirer qu’à la délivrance et aux régions suprêmes et sereines d’une liberté définitive. Mus par de tels ressorts , de quoi les hommes ne sont-ils pas capables?

La question de savoir si Cromwell s’est contenté de diriger ces ressorts en les méprisant n’est plus un problème; on vient de lire cette lettre à sa cousine , et de voir comment il y parle de « son âme ténébreuse, où Dieu seul reluit! » Elle fut lue sans doute à déjeuner, chez sir William Masham, dans la grand’salle du château d’Otes ; et ces graves personnes aux pourpoints noirs et garnis de dentelles , aux vastes fraises , aux bottes énormes et toujours éperonnées, portant hauts-de-chausses larges et flottants, ne manquèrent pas de commenter, pour leur édification commune, l’épître du fermier gentilhomme ; on peut imaginer toutes les choses dévote-

34 LA JEUNESSE DE CROMWELL

ment élégantes qui furent dites à ce sujet, et reconstituer avec leur secours le sombre et ardent esprit de la société anglaise avant 1645.

Page 1