UVRE I, CHAPITRE IV
Voilà ce que psalmodient en chœurs nasillards d'honorables fermiers et d’excellents petits bourgeois des villes écossaises, qui n’ont pas commis d’autre péché que celui d’exister; le péché originel , fond de la doctrine calviniste, éternelle douleur des prédestinés, respire dans ces cantilènes funèbres. Aux yeux des hommes qui pensent ainsi , la main de Dieu pèse toujours sur ce monde châtié. Notre devoir est la résignation ; suspendus entre les deux éternités, incertains de notre sort, pleins de mépris pour la vie , nous ne devons aspirer qu’à la délivrance et aux régions suprêmes et sereines d’une liberté définitive. Mus par de tels ressorts , de quoi les hommes ne sont-ils pas capables?
La question de savoir si Cromwell s’est contenté de diriger ces ressorts en les méprisant n’est plus un problème; on vient de lire cette lettre à sa cousine , et de voir comment il y parle de « son âme ténébreuse, où Dieu seul reluit! » Elle fut lue sans doute à déjeuner, chez sir William Masham, dans la grand’salle du château d’Otes ; et ces graves personnes aux pourpoints noirs et garnis de dentelles , aux vastes fraises , aux bottes énormes et toujours éperonnées, portant hauts-de-chausses larges et flottants, ne manquèrent pas de commenter, pour leur édification commune, l’épître du fermier gentilhomme ; on peut imaginer toutes les choses dévote-
34 LA JEUNESSE DE CROMWELL
ment élégantes qui furent dites à ce sujet, et reconstituer avec leur secours le sombre et ardent esprit de la société anglaise avant 1645.