‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 85 sur 257 · LIVRE 1, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE V

aussitôt vendu les terrains enclos au comte de Manchester, lord du sceau privé, lequel ainsi que son fils Mandeville faisait en ce moment tous ses efforts pour maintenir les clôtures; contre eux s’élevaient les habitants des autres manoirs, lesquels réclamaient le droit de pacage sur ces communes , et les fermiers de la reine sur les mêmes terrains; tous se plaignant hautement d’avoir été soumis de vive force à une grande oppression que la couronne autorisait.

« Le comité siégeait à la cour de la reine , et Olivier Cromwell , qui en faisait partie , semblait s’intéresser beaucoup aux réclamants , qui étaient nombreux ainsi que les témoins. Lord Mandeville, comme partie, était présent, et , par l’ordre du comité , assis et couvert.

« Cromwell, que pour ma part je n’avais jamais entendu parler dans la chambre des communes, dirigeait les témoins et les plaignants dans la conduite de leur affaire ; il appuyait et développait avec beaucoup de chaleur ce qu’ils avaient dit; les témoins et autres personnes engagées dans le débat , étant rustres et grossiers , interrompaient avec clameurs l’avocat et les témoins de la partie adverse, lorsqu’on disait quelque chose qui ne leur convenait pas , de sorte que moi , dont c’était le devoir de maintenir dans l’ordre les personnes de tous rangs , j’étais obligé d’adresser

LA JEUNESSE DE CROMWELL

de vifs reproches et de faire des menaces pour que l’affaire pût être entendue tranquillement. Cromwell me reprocha avec beaucoup de véhémence d’user de partialité et d’intimider les témoins. J’en appelai au comité qui m’approuva, et déclara que j’agissais comme je devais le faire ; cela enflamma encore Cromwell, déjà trop irrité.

« Quand lord Mandeville voulait être entendu sur quelque point de fait ou de formalité ou sur le moment de la clôture, et qu’il racontait avec beaucoup de modération ce qui avait été fait, ou expliquait ce qui avait été dit, M. Cromwell répliquait avec tant d’indécence et de grossièreté , il se servait d’un langage si insultant , que tout le monde reconnaissait que leurs natures et leurs manières étaient aussi opposées que leurs intérêts. A la fin , ses procédés furent si durs et sa conduite si insolente, que je me vis obligé de le reprendre , et de lui dire que si lui, M. Cromwell, se comportait de cette manière, j’ajournerais immédiatement le comité, et porterais plainte à la chambre le lendemain. Cromwell ne me pardonna jamais 1 . »

Cette âpre voix qui avait effrayé Clarendon commençait à prendre l’autorité de l’homme décisif, qui frappe juste et fort. En ce moment se dessine une

• Life of Mr. Hyde, 248 .

Page 1