‹ Olivier Cromwell; sa vie privée ses discours publics, sa correspondance particulière. Précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier CromwellChapitre 86 sur 257 · LIVRE I , CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE V

nouvelle royauté , la royauté de la volonté et de l’audace , servies par la justesse d’un coup d’oeil. Un colporteur de pamphlets contre le roi avait été pris sur le fait dans la cour même du palais. C’était le plus fanatique des puritains , le jeune Lilburn , secrétaire de ce Prynne qui avait eu les oreilles coupées et le nez fendu pour avoir médit des acteurs et de la reine. Lilburn venait d’être traîné par le bourreau de Westminster à Fleet- Prison , et avait reçu dans le trajet deux cents coups de fouet. Cromwell , le 9 novembre 1640, remit au parlement la pétition et la remontrance du martyr ; toute la séance et toute la journée avaient été employées par la lecture de réclamations semblables , écoutées avec une fureur silencieuse par les membres du parlement, qui étaient « pâles , » dit sir Symmond d’Ewes , comme le peuple lui-même l’avait été pendant le supplice.

Si l’on veut savoir quelle figure le « seigneur des ma- •

récages « faisait ce jour-là parmi les membres du long parlement , on n’a qu’à consulter un jeune homme qui se trouvait là, et qui a écrit des mémoires. Collègue de Cromwell, maisnon son parent, comme on l’a prétendu; habitué à porter au chapeau une plume rouge à l’espagnole , une dentelle de Malines bordant ce grand col rabattu qui tombait sur le velours du pourpoint et un galon d’or à son manteau , il resta muet d’étonnement en face du gentilhomme fermier quidéfendait Lilburn.

LA JEUNESSE ®E CROMWELL

« Ce fut alors , dit sir Philip Warwick , que je le vis pour la première fois , à l’ouverture même du parlement qui se tint en novembre 1640. Moi qui étais membre pour Radnor , j’avais la vanité de me croire un modèle d’élégance et de nobles manières ; car , nous autres jeunes courtisans, nous étions très-fiers de nos beaux habits ! J’entrai à la chambre un matin , lundi matin ; j’étais bien habillé. Je vis un gentilhomme qui parlait; je ne le connaissais pas. Il était vêtu d’une manière fort commune , en habit de drap tout uni et qui semblait avoir été fait par quelque méchant tailleur de campagne ; son linge était grossier, et n’était pas excessivement frais ; je me rappelle qu’il y avait une tache ou deux de sang sur son col de chemise , qui n’était pas beaucoup plus grand que son collet. Son chapeau était sans ganse. Il était d’une assez belle stature , avait l’épée collée sur la cuisse , le visage rouge et boursouflé , la voix stridente , peu harmonieuse et inflexible , et il s’exprimait avec une éloquence remplie de ferveur ; le sujet de son discours ne comportait guère de bon sens ; il parlait en faveur d’un serviteur de M. Prynne, lequel avait répandu des libelles. Je déclare sincèrement que mon respect pour cette assemblée diminua beaucoup ; elle écoutait le gentilhomme avec une grande attention *. »

* Mémoires <le sir Philip Warwick.

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