LIVRE II , CHAPITRE I
Il monta du côté où le vent soufflait. Quand vint le moment où les armes devaient décider la question , il fallut un guerrier calviniste ; Cromwell fut guerrier pour le calvinisme, calviniste dans la guerre et pour la guerre. Il eut une idée de génie ; il organisa par le fanatisme des troupes irrégulières et indisciplinées, et les lança contre la vieille chevalerie , qui avait son organisation et sa discipline. Cette idée fit sa fortune.
En 1641 , les épées qui sont tirées ne se heurtent pas encore. Cromwell passe peu de temps à Ely, où il laisse sa femme , et prend une part assidue aux débats du parlement. Il est des plus zélés puritains , offre son argent, ne fait pas de longs discours , et , personnage tout pratique, propose des solutions aux questions urgentes; entre février et juillet 1642, il se lève de temps à autre à la chambre , pour presser , activer , donner des moyens de succès; toujours des succès, jamais des paroles. Pendant ces années 1641-42-43, Charles désespéré fait ses grandes fautes, livre la tête de Strafford, veut saisir de sa main les conspirateurs, et arbore l’étendard monarchique à Nottingham par une journée triste et humide , — cet étendard qui fut abattu par le vent.
Les historiens modernes, si l’on excepte Hume, n’ont pas assez de pitié pour ce malheureux monarque , utopiste innocent et rêveur calomnié. Que pouvait faire un tel roi? D’Israëli et Lingard prouvent très-
bien qu’il avait du cœur et de l’esprit, qu’il n’était pas mené par sa femme, qu’il n’était point perfide; — seulement, comme tous les êtres pressés d’un sort extrême, il n’a pas su prendre son parti, et se précipiter dans sa destinée ; c’est le saut mortel , il salto mortale. On se rappelle le soldat à qui Montluc disait de se jeter du haut des créneaux d’une citadelle; l’homme reculait ; « Monseigneur, cria-t-il, je vous le donne en douze ! » Sans doute Charles aurait pu deviner la monarchie constitutionnelle et se découronner du droit divin ; il aurait pu se conduire en conséquence ; — choses peu faciles assurément.
Le roi commettait donc des fautes graves et se défendait assez mal contre l’orage, pendant que les communes calvinistes , ayant le vent en poupe , marchaient avec une vigueur triomphale. Olivier Saint- Jean , cousin de Cromwell par alliance , devenait procureur-général ( solicitor-general ); la cour et Charles quittaient Whitehall ; les pamphlets abondaient poulet contre ; la baguette du « constable » perdait sa force, et les offrandes volontaires des citoyens calvinistes s’entassaient sur le tapis vert du parlement. Chacun , protestant de son respect envers le roi, apportait de l’argent pour lever les miliceset ruiner le trône ; Hampdendonnaitmille livres sterling; Cromwell, trois cents livres le 7 février 1GJ1 , puis cinq cents le 9 avril. Le