AURAY ET GUÉRANDE
Clisson a Bécherel. — Bataille d'Auray : causes de
LA DÉFAITE DES FRANÇAIS. — RÔLE JOUE PAR ClISSON DANS CETTE BATAILLE. — PREMIERS FROISSEMENTS ENTRE
LUI ET LES Anglais. — Traité de Guérande. — Première ENTREVUE DE ClISSON ET DE ChARLES V.
Les premiers documents authentiques qui constatent l'arrivée de Clisson sur le continent, ne sont pas antérieurs à l'année 1359. Longtemps à l'avance, dès le 24 août 1358', Edouard III arrêta les vaisseaux qui devaient transporter en Bretagne son protégé et toute sa suite. Un autre décret royal- chargeait William Darmouth et deux autres officiers de pourvoir les A^aisseaux de toutes sortes d'armes et d'approvisionnements. Dans les premiers mois de l'année 1559, Clisson débarqua en Bretagne. Le 11 juillet suivant^ malgré sa jeu-
' Public record office French roU. Sa. Ed. III.
' Rymer's fœdera. R. III, p. i, 4o8.
' Public record office. French roll.y 33, Ed. III, p- i.
nesse, il fut promu à un commandement important dans le Poitou: c'était un poste d'avantgarde, puisque ce pays était un des points les plus avancés des possessions anglaises à l'ouest de la France. Le jeune Olivier revenait ainsi dans son pays d'origine, à quelques lieues du chàteau-fort bâti par ses ancêtres, mais encore occupé par les troupes françaises depuis les confiscations de Philippe VI.
Ce fut cette année même que la mort de Gautier de Bentle}^, suivie de près par celle de sa femme, mit Olivier de Clisson en possession effective d'immenses domaines. Par un acte daté du 30 décembre 1359, le roi d'Angleterre ordonne à sou lieutenant Robert de Herle de mettre Clisson en jouissance de tous les biens possédés par Gautier de Bentley et Jeanne de Belleville, « qui venaient de suiv^re la voie que suit toute chair mortelle'. » Mais il était stipulé, dans les titres de possession, que le jeune héritier devait, avant la saint Michel, faire hommage de ses biens, non au duc de Bretagne, mais au roi d'Angleterre, comme à son suzerain^
Un autre mandement enjoignait au sénéchal de Gascogne et au connétable de Bordeaux de mettre Olivier, seigneur de Clisson, en possession des « guez et coutumes », qui appartenaient à Jeanne de Belleville sur les vaisseaux bordelais'.
Enfin le roi d'Angleterre voulut encore ajouter
^ . . . Univcrsae carnis viam ingressi. Rymers fœdera. R 111, p. i, 465 * ... Hommagiutn quod nobismeiipsis fieri volumus. (Ibidem). ' . .. Brcvia et custumam navium apud Uurdigalam. . . [Gascon rolL, 33, Kd. m, Wtstminster).
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à ces biens ou revenus des générosités particulières, u Confiant dans la fidélité, loyauté et sagesse de 50/1 anié et fidèle, Olivier de Clisson », il lui donna la garde du château et du pays de P3'nimere ou Kynimerch, avec les rentes, revenus et émoluments de cette seigneurie, moj^ennant un prélèvement de 1000 écus d'or\ que le roi anglais retenait à son profit-.
Si nous nous sommes un peu étendu sur ces détails, c'est pour bien montrer que le roi d'Angleterre traitait la Bretagne en pays conquis et qu'il prétendait l'administrer comme tel. S'il en eût été autrement, les revenus des terres bretonnes auraient été mis à la disposition du jeune duc Jean IV, nicijeur en droit depuis plusieurs années. Or, ni dans les liommages, ni dans l'administration des biens, il n'est encore question de ce dernier.
Clisson devait déjà jouir, en biens immeubles, d'une fortune au moins égale à celle dont l'avait privé la condamnation de son père : il héritait en outre des trésors amassés par son beau-père, Gautier de Bentle3% trésors si considérables qu'à un moment Edouard III avait fait incarcérer cet Anglais rapace pour ses trop grandes « pilleries et voleries. ')>
< Ce droit de confisquer et d aduiiiii&trer les biens saisis, dont les rois de France et d'Angleterre usaient si ldi}?cinent, coutiibua beaucoup à fortifier l'aulorité royale au dépens des seigneurs féodaux. Les rois, en effet, quand ils disposaient de ces biens en faveur de leurs amis, se réservaient d'ordinaire le droit de repiise ou certaines rentes annuelles que de> aient versef les concessionnaires : ceux-ci ne devenaient donc que les fermiers du domaine royal
* Rymer^s fœdera U. III, p i, 466.
^ M. Jean Lemoine. Thèse manuscrite soutenue à l'Ecole des Chartes, p. 63.
L'année suivante, Olivier recouA^ra encore d'un seul coup tous ses biens patrimoniaux jadis confisqués par le roi de France. Le traité de Brétigny (25 mai 1360) stipulait en effet que tout lui serait rendu. Peu après, le duc de Normandie, dauphin de France, accorda à Olivier des lettres de rémission ou d'amnistie; il lui donna même la terre de Thurj^ comme dédommagement des pertes passées et comme témoignage de réconciliation^ Lorsque toutes les formalités de la restitution eurent été réglées, le roi de France donna à Olivier de Clisson les titres authentiques du recouvrement de tous ses domaines paternels et maternels : les originaux scellés sont encore conservés à la bibliothèque de Nantes^
Il est bien difficile de nous faire maintenant une idée exacte de la fortune dont le jeune Olivier entra en possession dès cette époque : mais, si les biens confisqués à ses parents montaient à 20.000 livres de rente, on peut supposer que tous ses autres revenus s'élevaient au moins à la même somme. Or, en tenant compte de la différence de valeur intrinsèque et extrinsèque entre la livre, au temps de Charles V, et le franc, à l'heure actuelle, on peut supposer selon toute vraisemblance qu'Olivier de Clisson entrait dans la vie publique avec une fortune, qui de nos jours équivaudrait à
' Archives nationales, JJ 89, 710.
' Bihl.de Nantes, ifigô fr. i54o. — Le premier titre concerne les terres de Normandie ; il est accompagné de l'acte de fondation donné par Jean IV. Dans le second nous voyons que le roi restitue la Garnache, Beauvoir, les terres de Ghâteauceaux et tout ce que les confiscations avaient enlevé au père d'Olivier. (Voir à l'Appendice).
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environ deux millions de revenus'. Toutes ces richesses lui appartenaient presque entièrement, car il n'avait qu'une sœur utérine et une sœur germaine-: et, d'après Yassise du comte Geffroy^/\\ n'était tenu que de pourvoir à leur établissement.
Un magnifique mariage assura bientôt à Olivier de nouvelles richesses et d'étroites relations avec les plus grandes familles bretonnes. Le rival de Charles de Blois, l'ancien comte de Montfort, avait eu une sœur mariée au sire de Laval : ce fut une jeune fille issue de cette union que Clisson épousa. Il devenait ainsi le cousin-germain de Jean IV et de Jeanne de Penthièvre, femme de Charles de Blois. Ce dernier était le neveu propre du roi de France : Clisson, favori du roi d'Angleterre, allait donc encore, par son mariage, entrer en relations de parenté avec la maison royale de France et aAXc les deux puissantes familles qui se disputaient le duché de Bretagne.
Ce fut vers le mois de février 1362 qu'Olivier contracta ce premier mariage, et non pas en 1365 ou 1366^ comme l'ont affirmé Fontenelle de Vaudoré* et plusieurs autres historiens. Monsieur de la Borderie, membre de l'Institut, possède le texte original de l'accord conclu pour ce mariage entre
< Voir la pièce justificative imprimée aux P?'. de VHistoire de Jean de Vienne {Terrien' de Loray), XGVII n» loo.
' V. Fontenelle de Vaiidoré (pièce justifie. n<' m) et Jeantie de Bellerille, par E. Péhant (i5, p. i3).
' Voir Dom Lob. H 169 : et La très ancienne coutume de Bretagne, 310. Ed. Planiol. Annales de Bretagne, t. xii, n" i.
* Fontenelle de Vaudore', t. i, 1. i, p. 68.
Gu}^ de Laval et sa sœur Béatrix, en Tan 1362'. Toute la haute noblesse bretonne dut se rencontrer aux fêtes données à l'occasion du mariage d'Olivier de Clisson : cette union de deux grandes familles de parti opposé semblait d'un bon augure pour l'apaisement des sanglantes discordes qui bouleversaient depuis si longtemps la Bretagne. Clisson 3^ fit sans doute connaissance avec un grand nombre de seigneurs qui, comme le sire de Laval^ suivraient le parti de Charles de Blois : nous nous expliquons ainsi facilement pourquoi, trois ans plus tard, il était l'ami de Beaumanoir, le vainqueur des Trente. Cette guerre interminable de Blois et de Montfort avait si profondément divisé et comme embrouillé tous les sentiments et toutes les familles qu'il était difficile que le défenseur d'une cause n'eût pas dans le parti contraire quelque parent ou quelque ami.
Le traité de Brétignj^ et l'accord conclu plus tard à Châteauneuf-la-Nouée en Bretagne^ étaient assez mal observés par les partisans de Charles de Blois et du comte de Montfort. On revenait insen-
* Voir à l'appendice le texte de ce contrat, communiqué par Monsieur de la Borderie.
- La dot de l'épousée comprenait « la chastelenie de Villenorablo ù (avec) toutes ses appartenances », ainsi que deux mille livres de rente à prélexer « sur les foyres de Giiampeigne par la main du Recepvoui du Uey nostre Sire... » Celte dot parait bien peu considérable eu égard à l'immense fortune de Clisson : mais il fuut se raj^pelcr qu'à cette époiiue, en Bretagne, les filles n'étaient pas, à proprement parler, héritières clv.ns les familles nobles : presque tous les biens des parents revenaient à 1 auié des garçons.
' feiméon Luce, dans son Histoire de du GueacHn, ne semble pas croire que la trêve de Ghàteauneuf-la-Nouée ait été réellement conclue, (6. du Guesclin, Luce, p. 878) .
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siblement à l'état de guerre. Enfin Charles de Blois et les Français entrèrent ouvertement en campagne. Du Guesclin avec une assez forte armée s'empara de Carhaix, de la Roche-aux- Anes et mit le siège devant Bécherel Le comte de Montfort était à Vannes : il réunit ses troupes pour marcher contre les Français.
Olivier de Clisson, alors âgé de 27 ans, quitta sa jeune femme et accourut sous les étendards de son ami d'enfance. Il marchait de pair avec les plus grands seigneurs, ayant droit à ce rang par sa noblesse, sa fortune, ses alliances et ses relations d'amitié avec le comte de Montfort et le roi d'Angleterre. Aussi les historiens le citent-ils déjà parmi les chefs^ avec les Tanneguy du Châtel, les Robert Knolle et les Jean Chandos^ — "Les deux armées se trouvèrent en présence devant Bécherel : mais le terrain ne se prêtant pas à une belle bataille, on décida que la rencontre aurait lieu sur les landes d'Evran ; les chevaliers des deux armées pourraient plus aisément y faire « prouesses etappertises d'armes ».
Nous pouvons croire que le comte de Montfort et Olivier de Clisson, encore jeunes, étaient sensibles à des raisons aussi chevaleresques : mais des chefs anglais aussi habiles que Chandos, Knolle et Caverlé avaient sans doute un autre motif pour ne pas attaquer du Guesclin à Bécherel. Selon toute vraisemblance, la position ne leur était pas suffisamment favorable. Quand des Anglais peuvent livrer bataille dans des conditions sérieuses de
* Jeanne Saint- Paul, ch. II, p. i3. — Chronique normande, p. i6i.
succès, ils ne manquent guère l'occasion. — Une chose est certaine: à Bécherel, c'était aux Anglais d'attaquer, puisqu'ils arrivaient dans ce dessein, néanmoins ils ne le firent pas. Plus tard, devant Auray, les situations étaient les mêmes, quoique renversées. Les Anglais assiégeaient la place quand les Français se présentèrent : mais cette fois la position était favorable aux Anglais bien établis sur des hauteurs. Les Français attaquèrent quand même et furent battus. Il y a donc tout lieu de penser qu'il fut d'autant plus' facile de déterminer les Anglais à différer la lutte devant Bécherel, qu'ils ne sentaient pas pour eux le champ du combat bien choisi.
Sur les landes d'Evran, les deux armées se rangèrent en bataille.
Là fut Jehan com' un lyon
Frisque et fier, lui et Clisson ;
Tantost et ses gens arrangez,
Et en poay (peu) d'heure bien ordonnez*...
Les chances de succès étaient alors égales pour les deux armées : mais, comme on se disposait à en venir aux mains, les évêques bretons s'interposèrent et décidèrent les prétendants à accepter un projet de partage de la Bretagne. Charles de Blois aurait toute la Bretagne du nord avec Rennes pour capitale : au contraire la ville de Nantes et la Bretagne du sud appartiendraient au comte de Montfort.
Afin de dresser l'acte authentique de cet accord,
1 Guillaume de Saini-André, V, 870 et sui^anls
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on résolut de se rendre à nii-voie, entre Ploërmel et Josselin. Malgré ses promesses, Charles de Blois manqua au rendez- vous.
Néanmoins la Bretagne était si lasse de cette longue querelle, c{ue Charles de Blois fut enfin déterminé par les sollicitations de tous à se rendre à Poitiers, pour s'entendre avec son concurrent, devant le prince de Galles. Les deux rivaux envoyèrent d'abord à Poitiers chacun quatre délégués, qui s'abouchèrent le 26 novembre 1363. Le sire de Clisson, Robert Knolle, Gautier Huet et Simon Burlé représentèrent le comte de Montfort : le sire de Beaumanoir était parmi les euA^ov^és de Charles de Blois*. L'entrevue des deux prétendants fut fixée au 24 février 1364. Elle eut lieu à cette date, mais sans résultats-. La force seule devait décider de quel côté était le droit.
Les otages donnés à Evran furent rendus de part et d'autre. Les Anglais voulurent retenir du Guesclin : mais celui-ci s'échappa, courut vers la Normandie-, où l'appelait le roi de France, et remporta la belle victoire de Cocherel.
Pendant ce temps, le comte de Montfort, avec une armée en grande partie composée d'Anglais et même d'Allemands, avait pris l'ofTensive en Bretagne. Partant de Vannes, il avait enlevé successivement Sucinio et la Roche-Périou, pour revenir mettre le siège devant Auray^ Dans cette campagne,il n'était accompagné par aucun grand seigneur
* Archives départ, de la Loire-Inférieure, S. E., c. 119, 46. ' Archives de Saini-Brieuc, S. E , if^e liasse, ' Jean de Saint-Paul, ch. II, p. i5.
de son duché, si ce n'est par Olivier de Clisson : ce dernier excepté, tous les généraux de Montfort étaient étrangers, et presque tous Anglais. Devant Aura^^ il reçut un courrier de la part du roi de France, C|ui lui mandait de cesser les hostilités et de venir à Paris : là se régleraient enfin toutes les questions pendantes au sujet de la succession de Bretagne. Le comte accepta de se rendre à la cour de France, pourA^uque la place d'Auray fût remise, jusqu'à l'accord projeté, aux mains des sires de Clisson et de Beaumanoir : il avait pleine confiance dans la sagesse et la loyauté de ces deux hommes, qui s'estimaient mutuellement, quoiciue adversaires politiques^
La victoire de Cocherel avait rétabli les affaires des Français en Normandie : Charles V, c[ui n'avait voulu que gagner du temps, répondit aux conditions proposées par Montfort en donnant l'ordre à du Guesclin de se diriger en toute hâte vers la Bretagne. Il s'imaginait que le vainqueur de Cocherel trancherait d'un coup d'épée l'interminable différend, dont souffraient les Bretons. Il se méprenait à ce moment sur la valeur réelle des troupes françaises, et oubliait qu'on n'avait pas encore vaincu les véritables armées anglaises et les meilleurs généraux d'Edouard III.
Du Guesclin, Charles de Blois et les nombreux contingents de l'armée française, grossis par les troupes des grands seigneurs bretons, se dirigèrent en toute hâte vers Auray. Bien que le comte de Montfort eût fait venir Chandos, KnoUe, Caverlé
' Dom Lohincau, H, 1 XII, p. SGg, — Guillaume de Saint-André^ V, io64 et suivants.
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et toutes les troupes que pouvait débarquer la flotte anglaise, il n'avait guère que trois mille hommes à opposer aux quatre ou cinq mille soldats de du Guesclin. Il avait encore à craindre d'être écrasé entre les murailles d'Auray et l'armée ennemie. Aussi Chandos ramena-t-il les troupes assiégeantes à deux ou trois kilomètres au nord de la ville, dans une position qui était, très forte, surtout du côté du levant, par où devait arriver l'armée française. Au bas de pentes abruptes, qu'occupaient les Anglais, s'étendait une plaine marécageuse sillonnée par un cours d'eau. Des collines boisées s'élevaient de l'autre côté de cette plaine. Elles furent occupées par l'armée française le samedi soir, 28 septembre 136^1.
Le lendemain soir, d'après une convention, la ville d' Aura 3^ devait se rendre, si elle n'était secourue. Selon toute apparence, la bataille serait donc livrée le dimanche, 29 septembre. Les Français étaient ainsi arrivés trop tard pour explorer le terrain du combat et prendre à loisir leurs dispositions d'attaque ou de défense. Or, en examinant les positions occupées par les deux adversaires, on se convainc facilement que tous les avantages étaient à la défensive et que l'agresseur serait sans doute écrasé. En effet l'armée assaillante avait d'abord à traverser une grande plaine découverte, avant d'escalader les pentes défendues par les ennemis. Cette marche fatiguerait des troupes à pied et déjà pesamment armées pour la lutte immédiate'. De plus, elle rendrait impossible toute
• l,es hommes d armes voyageaient à cheval et se buttaient presque loujours à pied. Voir : Institutions militaires, Bouiaiic, l. IV, ch V, p. a98.
50 OLIVILR DK CLl^SON
opération de surprise et découvrirait aux ennemis le nombre et la disposition des moindres groupes d'hommes d'armes : enfin, par ce mouvement, les soldats se trouveraient isolés de leur camp et ainsi privés d'un lieu de refuge et de ralliement, en cas d'insuccès aux premières attaques'.
Le comte de Montfort, sachant que les Français étaient fatigués après une longue route, voulut les attaquer sur-le-champ. Clisson l'en dissuada — « Charles et les siens, lui dit-il, sont venus ici pour combattre : dès demain ils nous attaqueront. Or il est préférable pour nous, qui sommes peu nombreux, de garder l'avantage du terrain et de la défensive. Nous perdrions trop de monde en risquant une attaque contre le camp, où les Français sont à couA^ert. »
Un chroniqueur contemporain- continue en ces termes : u Là fut Robert Kanolle% qui au comte
^ Avi campenienl, restaient les nomLreiix valets, qui accompagnaient une année souvent pleine de giaiids seigneurs : on y laissait aussi les chevaux des seigneuis et des hommes d armes, ainsi que les autres bétes de somme, les chariots et tout le matériel des bagages et des provisions.
La proximité de son camp dans une bataille, qui était alors une longue lutte corps à corps, donnait à une armée de grands avantages Les blesses, les soldats exténués de fatigues ou de soif, les fujaids affolés par une panique soudaine, mais qu'un nouvel entraintinent ramenait en lutte, tous pouvaient se rendre au campement et y trouver du secours et un nouveau courage, quand un général habile avait su tout prévoir et organiser. Aussi, dans les grandes batailles du moyen-àge. les Anglais ne s'éloignèrent de leur camp qu après la déroute complète de leurs ennemis. A * ochere'., l'aruiée du Captai de Buch quitta, il est \rai. ses positions et fut battue : mais cette armée n'clait guère composée que de Normands et de Gascons.
* Chronique en prose du sire Bertrand du Guesclin, cU. 3s.
» Un auteur très sérieux prétend que ce Robert Knolle était parmi les soldats de du Guesclin à la bataille de Cocherel (^ecousse, Mém. sur Lharlei le Mauvais, t. i, a* p. 109. 11 ett probable que cet historien.