AU SERVICE DE LANGLI TERRE
dit — Sire, lo^^aument vous conseille le sire de Clisson. Néanmoins, si les Français, qui sont fatigués, étaient hors du parc\ je conseillerais de les assaillir, car ils sont bien deux contre nous. — A ce répondit Clisson et dit : selon mon escient, il serait pour nous villenie, si nous les prenions fatigués, car moins nous en aurions d'onneur... Et quant au grand nombre d'eux, qui sont plus que nous, de ce je n'en donne riens; ainçois vouldroye (mais je voudrais) que encores fussent autant; car en trop grant assemblée de gens en bataille il y a souventes fois desroy (désordre). Et mieux vauldrait à un prince, qui en bataille voudroit assembler, avoir quinze cents hommes de cognoissance, qui feissent sa volonté; et plus aisément se tiendroienten ordonnance que ne feroient trois mille. Mais pour mes paroles ne soit fait ne plus, ne moins : car tout ce que à la chevalerie plaira faire, je suis prêt à moy employer et à les ensuivre. »
Ce discours rapporté, autant que possible, dans sa vieille forme, contient moins de rhétorique que ceux de Tite-Live, mais on y trouve en retour une plus exacte connaissance des choses de la guerre : de plus, on y respire un parfum de modestie et d'honneur chevaleresque que les Romains ne connaissaient pas.
trompé par une ressemblance de noms, a confondu deux hommes différents Comment croire en effet que les Anglais aient donné un commandvjment très important à un transfuge de la veille ?
' « Charles de Blois était logé dans un parc bien garni d'arbres où il y avait une belle maison. Entre lui et les Anglais, il n'y avait qu'un pré cl un ruisseau où la mer entrait deux, fuis le jour. »{Doni. Lob, H, XI, 371^. Ce pré était un marais large de mille mètres.
Le conseil de Clisson « était si judicieux que le comte ne balança point à s'y rendre^ »
D'ailleurs on peut croire que Chandos et les généraux anglais avaient toujours été de l'avis de Clisson, mais que, par déférence pour sa haute noblesse, ils l'avaient laissé exprimer leur propre manière de A^oir.
Pendant que leurs chefs délibéraient ainsi, les Anglais s'étaient rangés en bataille : les Français, s'attendant à une lutte immédiate, en avaient fait autant. Mais Charles de Blois comprit bientôt à l'immobilité de ses ennemis que la partie serait remise au lendemain.
Le sire de Beaumanoir, le vainqueur de Mi-Voie, « un grand baron et riche de Bretagne, » s'en fut d'un camp à l'autre « traitant et pourparlant de la paix^ »
Le comte de Montfort, nerveux et inquiet, aurait volontiers consenti à un arrangement : mais les soldats anglais ne l'entendaient pas ainsi. Ils prièrent Chandos d'agir auprès de Montfort pour le forcer à la bataille. — Ils étaient pauvres, disaient-ils, et voulaient tout perdre ou tout gagner*.
'■ Anciens mémoires du XIV* siè:le. Coll. Michaud et Poujoulat, ch Xll.
* F rois s art, 1. I, p. n ch. i86.
* Leurs campiignes en France étaient pour beaucoup dAnglais une spéculation. Soldats de fortune presque tous, c'est-à-diie soldats sans fortune, ils venaient moins sur le continent afin d'acquéiir de la gloire, que pour courir les chances de se trouver dans quelque bonne affaire ; ils en profilaient pour rentrer chez eux avec une bourse bien garnie ou avec quelque prisonnier de haute marque, à qui ils vendaient sa liberté au prix d'ui.e somme énorme. Ils rêvaient surtout d'une grande victoire où, comme à Crécy et à Poitiers, chacun d'eux aurait plusieurs captifs à rançonner. C'est pourquoi ils oubliaient facilement la gloriole
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Avant la bataille d'Auray, comme avant tant d'autres, la confiance était absolue du côté des Française
Vers le soir du samedi, Henri de Hauternelle leur amena 40 lances de la garnison d'Auray. Chandos les avait laissés passer librement, ne voulant pas sans doute les avoir derrière lui pendant la lutte. — « Henri, Henri, s'écria Charles de Blois, en voj^ant arriver son capitaine, demain au jour vous serez délivré de tous points... Parla grâce de Dieu, j'ai en ma compagnie jusques à vingt cinq cents hommes d'armes d'aussi bonne étoffe qu'il en est au royaume de France. .> — (' Ainsi, dit Froissart, se ébattait de paroles le dit messire Charles''. »
Le lendemain matin, Jean de Beaumanoir voulut encore reprendre les négociations, qui avaient échoué la veille. Il eut même une altercation avec du Guesclin qui voulait se battre, traitait les
personnelle pour ne songer qu'à cette \ictoir-3 commune, dont ils attenJaiont tout. Cette pensée leur donnait une cohésion plus grande, de moine qu'un sang-froid et une discipline, qui manqua presque toujours à leurs adversaires.
Le chevalier français dans le combat ne singeait guère à ses compagnons d'armes : l'important à ses yeux était moins de vuincre, Je gagner^ que de se distinguer personuellenienl par quelque action d'cclat, comme d'arri^crle premier à l'enn mi Jl oubliait que la bataille n'est pas un tournoi, où 1 on sacriCe tout à l'ostentation, et qu'une mameuvre habile, exécutée au bon moment, a\ec précision, assure mieux le succès définitif que mille démonstrations de parade. Il faut chercher là un des secrets de nos grands désastres au moyen âge, une des principales causes de ces 1 gubres journées qu'on appelle Mansourah, Crécy, Poitiers, et plus tard Nicopolis et Azincourt. — En Angleterre, Edouaid avait défendu les tjuniois et ordonné à tous ses sujets de s'exercer au tir de l'arc et au maniement des armes.
* Jein de Saint-Paul, ch. 11, p. 17.
* Froissart, 1. I, p. m, ch. 186.
Anglais d'ordeux gars et ne parlait que d'en nettoyer la placeK Néanmoins le sire de Beaumanoir se rendit encore au camp ennemi : cette fois les Anglais en avaient assez de toutes ces démarches et ils le repoussèrent durement. Au lieu de perdre leur temps en discussions et en fanfaronnades, les chefs français, dès la pointe du jour, auraient dû se mettre en marche : un mouvement tournant de trois ou quatre mille mètres, exécuté rapidement sur leur flanc droit, les amenait dans une heure sur le plateau, où les Anglais avaient leur camp et où fut plus tard bâtie la Chartreuse. Les habiles dispositions de Chandos, que la profondeur de deux vallées protégeait à l'ouest et au nord-ouest, seraient ainsi devenues inutiles.
Mais les Français coupèrent au plus court. Ils descendirent de leurs positions, disposés en trois corps de bataille. Ils s'avançaient en lignes larges et profondes « aussi serrés- et aussi joints, dit encore Froissart, que on ne put mie jeter une pomme qu'elle ne cheist sur un bassinet (casque) ou sur une lance. Et portait chacun homme d'armes son glaive droict devant lui, retaillé à la mesure de cinq pieds, et une hache forte, dure et bien acérée, à petit manche, à son côté ou sur son col ; et s'en venaient ainsi tout bellement à pas, chacun sire en son arroi et entre ses gens... »
Les Anglais admirèrent en connaisseurs l'ordre parfait de ces trois corps compacts, dont chacun formait une armée presque aussi nombreuse que
^ Chronique des 4 Valois, éd Lace, p. 160. * Froiséori^ L 1, p, 11» ch. 188.