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la leur'. A leur tour ils s'organisèrent dans le plus grand calme.
Clisson était à l'aile droite anglaise, avec Mathieu de Gourna}^ et un des plus rudes combattants de cette époque, le sire Eustache d'Aubrecicourt. Ces trois guerriers s'apprêtaient à résister aux comtes d'Auxerre et de Joign3^ qui arrivaient lentement avec leur corps d'armée. A l'aile gauche des Anglais, Robert Knolle et Gautier Huet attendaient le choc de du Guesclin. Le comte de Montfort , au centre de son armée, allait avoir devant lui Charles de Blois, accompagné des sires de Rohan, de Léon, de Dinan et de Malestroit.
Vo^^ant un certain désordre dans les rangs français au passage du ruisseau, les soldats de Montfort auraient a^ouIu précipiter l'attaque, Chandos les retint. La tactique anglaise est plutôt d'attendre l'assaillant de pied ferme et de le A^aincre, moins en avançant qu'en ne reculant pas.
Les Français marchaient toujours au bruit des clairons et des trompettes'. Quand ils furent à portée, les archers anglais tirèrent, mais leurs flèches furent sans effet' contre des hommes « trop bien armés et forts et pavoises contre le trait. »
' Alain Bonchart, 1. IV. f. 133
' Chronique Cnvelier, V, 0893.
' La flèche anglai e lancée par un arc simple n'était guère redoutab'e contre des hommes vêtus de fer Mais les archers anglais débarrassés de leurs arcs formaient encore une excellente infanterie légôre. Ils cvoluaicit entre les gros et lourds bataillons (les batailles, comme on les appelait alors) ; partout ptésents à la fois, harcelant l'ennemi, se réfugiant au bcs .in derrière Lurs compagnons plus pesamment arm.és. revenant à la charge, pf^nétrant dans les. vides laissés par les fausses manœuvres de leurs adversaires, d'ailleurs toujours disciplinés et tenaces comme Ce véritables Anglais, ils contribuaient pour une grande part à la victoire.
Ayant épuisé leurs projectiles, les archers se replièrent entre les corps de bataille de leur armée. Les Français montaient déjà les pentes difficiles et broussailleuses des collines opposées, quand ils se heurtèrent aux bataillons ennemis. Le premier choc fut terrible : les adversaires , massés étroitement et cherchant à se pénétrer^ se serraient jusqu'à rétouffement : tout homme qui tombait était écrasé. Les archers anglais tournaient autour de leurs adversaires, les harcelant et frappant avec la force et l'adresse d'hommes rompus aux armes. Pour les assommer, ils s'emparaient des haches pendues aux flancs ou aux cols des Française Les coups pleuvaient; le sol était déjà couvert de sang.
Malgré l'avantage du terrain^ les Anglais ne pouvaient arrêter le flot montant des masses françaises. Leur centre commençait à faiblir. Montfort, qui s'y trouvait, songea même à la retraite. Il se réfugia vers sa droite, du côté où combattait Clisson^ Il fut ramené à la lutte par son ami d'enfance, « qui tenait une hache, dont il ouvrait et rompait ces presses,etnul ne l'osait approcher. »
De son côté Jean Chandos « grand et fort chevalier et bien formé de tous ses membres » était partout à la fois, se frayant une issue à grands « horions » de sa hache d'armes. Sans perdre de vue l'ensemble de la bataille, il appelait des
' Froissart, t. i, p. ii, ch. i88.
* « Estoient les Anglais en l'avantage du champ. * Chronique Normande^ p. 176.
' Chronique en prose de B . du GuescUn ch. lu. — Jean de SainU Paul^ ch. II, p. 20.
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groupes de soldats au secours de ceux qui faiblissaient et dirigeait les efforts de tous. « Il criait, dit Froissart, faites ainsi et ainsi; et vous, tirez de ce côté et de cette part^ »
DuGuesclin, au contraire, trop mêlé à l'action faisait aussi des prodiges de valeur personnelle, mais il ne complaît plus dans la lutte que comme un simple homme d'armes. 11 reçut à un moment tant de coups d'estoc qu'il fut renversé. Or, quand un guerrier enfermé dans sa carapace de métal était à terre, il ne pouvait se relever seul'. La Houssaie, Charles de Dinan, Louis de Châlons, dit le vert chevalier^ accoururent, dégagèrent du Guesclin et le remirent sur pied. Charles de Dinan porta même à Richard de Cantorbéry un coup si terrible qu'il lui fit jaillir la cervelle.
Clisson, après avoir remis en lutte les gens du comte de Montfort, revint charger la gauche des Français, où combattaient les comtes d'Auxerre et de Joigny.
Ohvier de Clisson parla bataille va, Et tenant un martel qu'à ses deux mains porta, Tout ainsi qu'un boucher abattit et versa (renversa). Ce qu'il ateint du coup jamais ne s'en leva'.
Ce martel, dont parle la Chronique en vers de du Guesclin, était sans doute une sorte de hache d'armes, avec laquelle Clisson s'ouvrait une sanglante trouée.
' Froissart, 1. I, p. n, ch. 189.
' Institutions militaires, Boutade, 1. IV, p. a86. » Chronique en cers de Bertrand du Guesclin,V,ù^ ;;6-6i39. {Bibl. Xat. n» 7234).
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Les trois batailles fraaçaises s'étaient déjà confondues et mêlées : car Olivier se trouva en face de Beaumanoir. Il le rencontra au moment où le héros breton, après avoir tué Thomas de Cantorbéry, neveu de Chandos, venait de renverser Gautier Huet. Clisson le fait lâcher prise et lui crie : « Beaumanoir, Beaumanoir, vous ne pouvez résister, rendez-vous tantost : car mieux vaut pour vous aider au duc que d'être à Charles et grever vos amis'. »
Ce fut sans doute à ce moment de la lutte que Geffroy de Kerrimel porta à Clisson un coup de hache qui l'atteignit au travers du visage, brisa la visière de son casque et lui creva un œil. Mais cette blessure n'arrêta pas le guerrier, qui se battit encore tout le jour avec un acharnement inouï-.
L'aile gauche française, celle que combattait Clisson, commençait à lâcher pied. Les charges des Anglais favorisées par la pente du terrain disloquaient ses rangs et la repoussaient vers la plaine. Un corps de Bretons, qui se tenait à l'arrièregarde, et que Charles de Blois s'était ménagé comme réserve, s'enfuit sans combattre, entraîné sans doute par les premiers fuyards, qui retraversaient le marécage^
Après s'être glissé avec quelques centaines d'hommes au milieu des genêts, Caverlé, un des Trente, comme Robert Knolle et Beaumanoir, se jeta par derrière* sur les Français déjà ébranlés.
* Dom Lobineau, H L XI. p. 378.
» Alain Douchart, L, IV, f. i3o.
' Chronique dei 4 Valois^ éd. Tu^e, p. j6o — Chronique Normande, éd. Molinier, p. 176. — Alain Bouchart, L. IV, f. i3o.
* Anciens mémoires du XIV' siècle, ch. XH.
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Cette manœuvre imprévue décida de la victoire.
Les Français furent surpris d'entendre retentir derrière euM le cri de guerre des Anglais : Saint Georges! Malo au riche Duc!. . . ' Toutes leurs bannières et leurs pennons furent jetés à terre et le carnage fut horrible. Dans cette bataille, comme dans tant d'autres, ce qui causa la perte des Français, c'est que, dit Froissart, « à parler lo^^alement d'armes, ils ne tinrent mie si bien leur pas et leur arroy ordre), ainsi qu'il appirut qa3 firent les Anglais et les Bretons du côté du comte de Montfort-. »
L'armée française était vaincue : son aile gauche entraîna son centre dans la déroute. Charles de Blois continuait néanmoins à se battre en désespéré : on ne devait lui arracher son duché qu'avec la vie. Soudain un coup lui arrive en plein visage. L'arme, une sorte de dague, luientre par la bouche pour sortir derrière le cou. Il chancelle et tombe lourdement^
Cette blessure fut-elle aussi grave et entrainat-elle la mort immédiate, ou bien Charles, moins grièvement blessé, fut-il conduit devant Montfort, qui l'aurait fait tuer par le chevalier Eon de Lesnerac ? Ce point d'histoire ne sera sans doute jamais bien éclairci^
Du Guesclin tenait encore aA^ec quelques compagnons : mais entouré bientôt par l'armée an-
' Gui laiim" de Sainf-Aiidr^, v. r'/i/i.
* Froissurt^l. l. p ii. ch 189.
^ Pierre Le Rau//, ch XX\ X, p Sa*^. — Knqu ste faile à Angers pour sa C;inoiiizitioii Test. XXX.
* Un document récemment d''Couvert au châttaii de l.imui* par M. de l'Eslourbtillon tendrait à prouver que Cliandos. Caverlé et Lesnerac se seraient prôalublemenl entendus pour se défaire de Charles de Blois, dans le cas où celui ci tomberait 8i»»tre leurs mains.
60 OLIVIER DE CLISSOX
glaise victorieuse, il fut forcé de se rendre à Jean Chandos.
La bannière du comte de Montfort avait été arborée sur un buisson et servait de ralliement aux vainqueurs. Les chefs assis à Tombre se reposaient en buvant le long d'une haie, se félicitant mutuellement de leur triomphe. Dans Tenivrement du succès, chacun aime à vanter ses exploits et s'imagine facilement, par sa valeur personnelle, avoir décidé de la A^ctoire.
Le jeune Olivier de Clisson arriva alors tout couvert de poussière et de sang'. Au moment où commençait la déroute, il était monté à cheval et avait poursuivi les fuyards tuant sans merci, dans une course de plusieurs lieues. Au retour il avait recueilli un grand nombre de prisonniers^.
Il vit en arrivant le comte de Montfort empressé autour de Chandos et lui attribuant tout rhonneur de la victoire. Le nouveau duc incontesté de la Bretagne, pour montrer à l'Anglais toute sa gratitude, lui disait : « Messire Jean Chandos, cette grande aventure m'est advenue par le grand sens et prouesse de vous : aussi je vous prie, buvez à mon hanap^ »
Clisson, froissé de cette marque de préférence accordée à un étranger, refusa de trinquer avec Chandos. Unescène pénible se produisit. On apaisa enfin le jeune et bouillant seigneur : mais il garda contre Chandos, et même contre Montfort, une sorte de rancœur qui contribua plus tard à l'é-
» Chronique Cuvelier, v. 6298.
' Piere LeBaul, ch. 89, p. 3iS.
' Froissartyl I, p, 2, ch, 191.
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loigner peu à peu de son ancien camarade d'enfance devenu son suzerain.
Un tiers de l'armée française gisait sur le champ de bataille : le reste était pris ou fuyait en pleine déroute. Guillaume de Saint André' et, avec lui, les historiens anglais affirment que. du côté des vainqueurs, une vingtaine d'hommes au plus auraient succombé. Walsingham- ose même dire que les Anglais ne perdirent que sept hommes.
La sanglante querelle de Blois et de Montfort, que terminait pour un temps la bataille d'Aura}^, « avait duré vingt-trois ans, avec la ruine du paj^s.., et la mort de deux cent mille hommes... Le meurtre de Charles de Blois, dit l'historien d'Argentré, laissa même un sujet de querelles, qui a duré j usc^u'à nos jours et durerait encore si la province ne fût tombée en la main du roi de France^ »
Clisson devait plus tard employer la moitié de sa vie à essayer de réparer le mal irréparable causé au parti des Penthiè vre par cette bataille d' Auray, à l'issue de laquelle il avait si largement contribué. Il y avait montré pour la première fois ses grandes qualités militaires. Ayant fait preuve de sagesse et de prévoyance avant l'action, il avait encore hâté la victoire par l'irrésistible fougue de ses charges multipliées. De plus il avait aggravé le désastre des Français par son incroyable achar-
' Guillaume de Saint-André, v. i38g.
> Walsingham p. 174 — Celte disproportion entre le nombre des morts de lune et l'autre armée s'explique par les désastreuses conditions où les Français engagèrent la lutte. Pris de panique, ils dev.iient être anéantis : leur retraite sur des pontes abruptes dégénéra \iteen affreuse dégringolade.
^ DArgentré, 1. VI. p. 455.
nenient contre les vaincus. 11 voulait sans doute venger, dans le sang français, la mort de son père ; mais cette ardeur, pour ne pas dire cette férocité dans le carnage, révélait déjà les instincts violents et terribles, le caractère dur et impitoj^able de l'homme qui mérita dans la suite le^surnom de boucher.
Après sa victoire, le comte de Mont fort s'empara rapidement d'Aura}', deJugon, de Dinan et mit le siège devant Quimper-Corentin. Là vinrent le trouver les envoA'és du roi de France, qui demandait à entrer en accommodements. La fortune des armes lui était contraire, et Charles V avait recours à la politique pour atténuer l'effet des revers qu'il éprouvait. Un accord provisoire fut ménagé entre les partis, en attendant un congrès, qui se réunirait à Guérande au printemps prochain. Le comte de Montfort vint alors passer l'hiver à Redon et à Blein, dans les terres du sire de Clisson', qui était le plus riche et le plus brillant seigneur de son entourage.
Le roi de France, sachant que c'était au fond le roi d'Angleterre qui établirait les conditions de la paix, s'efforça de gagner sa bienveillance. Il lui envoya divers cadeaux et jusqu'à des quartiers de venaison comme à un ami-.
An commencement du carême 1365, arrivèrent à Guérande les déléojués rovaux de France et d'Angleterre, le comte de Montfort, Olivier de Clisson, tous les grands seigneurs de Bretagne, qui n'étaient pas en prison anglaise, les értques
• Guillaume de Saint- Aniré. V. 18^7.
' Bibl. Nat. Cab. des Titres, i^* tcrie Dossier Bcil-ull
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de tous les diocèses bretons, avec les prieurs des grands monastères. Ces grands personnages étaient accompagnés d'huissiers, de clercs, de secrétaires et d'hommes de loi.
Après des débats orageux, le traité de paix fut signé. Il assurait au comte de Montfort la possession du duché de Bretagne et spécifiait que l'amnistie plénière était accordée à tous ceux qui avaient pris partaux guerres précédentes. Chacun serait même remis en possession de tous les biens dont il jouissait avant les hostilités. « Toutes les confiscations, disait le traité, faites de côté et d'autre, par occasion de la guerre, di rébellion ou défaut d'obéissance, seront rappelées, pardonnées et remises au néant'... •>
Le sire de Clisson recouvrait ainsi tous les biens confisqués à son père par ie roi de France : il acquérait donc une nouvelle fortune : car, tout en reprenant possession de la totalité de ses biens patrimoniaux, il gardait encore les domaines que le roi d'Angleterre et Jean IV lui avaient assurés, comme dédoniinagement des confiscations anciennes.
Ce jeune seigneur semblait vraiment gâté par la Providence. A peine âgé de trente ans, il avait déjà acquis, dans une grande victoire, la réputation d'un véritable homme de guerre : ses domaines, déjà accrus par un mariage magnifique, s'agrandissaient encore de jour en jour : ami d'enfance de son suzerain, il en était comme le protec-
* Les rançons des captifs pris à Auiay devaient être néanmoins payées inlégraiement, car les Anglais entendaient bien ue riea perdre. (Uom Morice, Pr. t. i, col. iSgS).
teur et presque l'égal par sa situation et son prestige personnel.
Le 21 mai 1338, Olivier de Clisson fut tout naturellement désigné comme ambassadeur auprès du roi de France, pour représenter le duc de Bretagne et obtenir la ratification explicite du traité de Guérande*. Dans ce voyage il fut accompagné par le chevalier anglais, Guillaume de Latimer^
Pendant cette ambassade, Charles V et Clisson se virent pour la première fois. Le roi de France avait déjà sans doute eu connaissance du peu de sympathie de Clisson pour les Anglais^ comme de ses difficultés avec Jean IV, etsurtoutavecChandos- Or Charles V fit toujours preuve d'une granie habileté pour attirer à son service les hommes, dont il pouvait utiliser les capacités etl'influence. N'étaitce donc pas un Français de race que ce jeune chevalier, à qui tout semblait promettre un brillant avenir? Espérant déjà le gagner à sa cause, le roi lui fit Taccueil le plus flatteur, le combla de prévenances et se montra empressé à lui faire la remise des fiefs et des châteaux jadis possédés en France par soxi père\ Bien plus ii n'exigea pas immédiatement Thommage que Clisson iui devait pour les 2000 livres de rente à percevoir sur les foires de Champagne*.
' Dom Morice. Pr., t i. col iSgg.
' Ce Guillaume de Lalimer, comme tant d'autres aventuriers anglais, s'était surtout enrichi de pillages et de rapines. Gouverneur deBécherel, il rançonna impitoyablement tout le pays voisin et de>int si riche qu'il expédiait en Angleterre des tonneaux remp'is d'or. Ipse adeo est ditatus ut cados impleret de fulvo vietallo et ad loca sua in Angliam destinaret. {Ohron. Angliœ. S. Albani p. 77).
' Frotssart, 1. 1, p. 2, ch. i96
♦ L'ordonnance royale datée du ioj,\nvior i366 (n. s.) se trouve dans la collection de M. A. de la Borderie, membre de Tlnstitut.
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Malgré toutes ces amabilités, Olivier ne reçut d'abord qu'avec hauteur les avances intéressées du roi de France. Entre eux, il y avait toujours le souvenir de "l'exécution, qui avait eu lieu à Paris, 22 ans auparavant, alors que le père de Charles V avait fait tomber, sous la hache du bourreau, la tête du père de Clisson. — Le fils de de la victime s'était, il est vrai, déjà vengé : maintenant même, s'il se trouv^ait à Paris, c'était un peu comme un vainqueur, qui dicte des conditions de paix — Néanmoins le temps seul pouvait apaiser une telle cause de haine.
D'un caractère fier et orgueilleux, le jeune seigneur breton aA^ait au plus haut point l'amour du luxe et des grandeurs. Pour la première fois peut-être, il lui était donné de satisfaire librement ses apirations et ses goûts : en effet, à la cour du roi d'Angleterre ou à celle du duc de Bretagne, il avait toujours été et ne pouvait être que dans la situation d'un obligé, qui ne doit ses titres et sa fortune qu'à la libéralité de ses bienfaiteurs. Ici les rôles étaient changés : il pouvait croire c[ue les humbles condescendances de Charles V n'étaient dues qu'à ses mérites et à ses qualités personnelles. Or la nature humaine est ainsi faite c{ue inconsciemment elle n'est jamais loin d'aimer ceux qui lui procurent la satisfaction de ses goûts les plus chers et les plus intimes.
Nous avons vu d'ailleurs que les circonstances amenaient peu à peu Clisson à se détacher du parti de Jean IV et d'Edouard III. Il souffrait sans doute, lui, aussi fier queux, delà morgue des Anglais et de leur mépris pour la France.
Comment ne pas se rappeler qu'il était de cette race, que ses amis de circonstance détestaient et qu'ils devaient souvent railler et insulter dans leurs discours de vainqueurs insolents !
De plus, le beau-père d'Olivier, Guy X de Laval, avait toujours suivi le parti de la France: il avait même eu un fils tué par les Anglais à la bataille de Poitiers'.
La nouvelle famille où il était entré, les froissements personnels qu'il avait subis, les avances flatteuses que lui faisait Charles V, tout contribuait donc à éloigner Clisson du parti anglais et déjà l'on pouvait prévoir que tôt ou tard la France profiterait de ses qualités et de ses services.
' Annales d'Aquitaine. Boiicliel. 4' parlie. Folio XIV.
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