‹ Olivier de Clisson, connétable de FranceChapitre 20 sur 60 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Rôle joué par Clisson dans l'expulsion de Jean IV HORS de Bretagne. — Longs sièges de la Rochesur- Yon, DE Brest et de Derval. — Nouvelle INVASION anglaise : sagesse et compétence de Clisson dans les choses de la guerre. — Quimperlé.

Niort, Thoaars et la Roche-sur- Yon, qui formaient à l'ouest de Poitiers un triangle d'une trentaine de lieues de côté, étaient les plus fortes places que les Anglais occupaient encore entre Bordeaux et la Bretagne. Dans la Roche-sur- Yon^ ils se trouvaient au cœur de la Vendée ; avec Thouars et Niort, ils tenaient les deux extrémités du Poitou. Chacune de ces places était pour les insulaires comme un centre d'action, autour duquel ils maintenaient dans leur parti des villes et des forteresses de moindre importance.

Clisson se porta sur la Roche-sur-Yon, qu'il bloqua étroitement*, pendant que du Guesclin était

i Ai'chives Nationales, KK. a5i f° 94 et fo 137.

assez heureux pour battre Jean d'Evreux et s'emparer de Chizey, de Luzignan, deThouars et même de Niort.

Le siège de la Roche-sur-Yon dura longtemps : mais Clisson n'y parut que par intervalles. Il faisait de fréquents voyages à la cour de France' : Charles'V et lui commençaient à se préoccuper vivement des intrigues de Jean IV, qui cachait de moins en moins ses sympathies pour l'Angleterre.

Depuis plusieurs années, Clisson avait rompu toute relation avec le duc de Bretagne et le roi d'Angleterre : il n'en fréquentait que plus assidûment la cour de France et celle du duc d'Anjou. Or, le duc d'Anjou était le gendre de la comtesse de Penthièvre, le beau-frère de Guy et de Jean de Blois, qui languissaient dans les prisons anglaises, et dont Clisson était chargé de défendre les intérêts. Ne pouvait-il pas songer à les délivrer un jour et à les opposer au duc, son suzerain actuel, qu'il haïssait?... D'ailleurs, ce duc n'avait pas encore d'enfants et le traité de Guérande avait spécifié que, dans le cas où il s'éteindrait sans postérité, le duché reviendrait aux enfants de Charles de Blois.

La couronne ducale assurée aux Penthièvre, c'était la prédominance du parti français. Cette perspective n'effrayait nullement les Bretons. Ils préféraient encore la sotte jactance des vaincus de Poitiers, de la Roche-Derrien et d'Auray à la rapacité et à la morgue insolente des insulaires. Les grands vassaux de Jean IV étaient bretons avant

* Itinéraire^ p. /jgo.

tout ; mais ils aimaient mieux néanmoins être français qu'anglais : c'est pourquoi , belliqueux de leur nature, ils n'avaient pu assister en simples spectateurs aux luttes des Français contre leurs ennemis. A la suite des Clisson, des du Guesclin, des Kerrimel, des Beaumanoir, ils avaient pris la plus grande part aux dernières campagnes, bien qu'au point de vue officiel leur pays fût tenu d'observer la neutralité.

Au contraire, toutes les préférences de Jean IV allaient vers cette cour de Londres, où il avait été élevé : il ne comprenait pas que la raison d'Etat lui faisait un devoir de ne pas violenter ses sujets dans leurs sentiments les plus intimes : il les humilia dans leur fierté nationale. Au risque de froisser leurs susceptibilités les plus légitimes, il affectait de n'avoir que des Anglais dans son entourage : il ne gouvernait que par leurs conseils. Invité à chasser en Angleterre, il confiait son duché à deux ou trois Anglais, qu'il nommait gouverneurs et gardiens pour le temps de son absence^

Charles V n'ignorait pas ces dispositions du duc de Bretagne : mais il le ménageait par politique et faisait semblant de croire à ses protestations de dévouement. Il avait même fermé les yeux sur certains procédés assez louches du duc, tels que les permissions accordées par lui aux Anglais de traverser la Bretagne pour venir guerroj^er en France.

Pourtant vers la fin de 1372, du Guesclin était entré en Bretagne avec une armée : puisque les

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