DISGRACE DES ONCLES DC ROI. LES MARMOUSETS
Clisson demande justice. — Arrangements passés
ENTRE LUI et SON SUZERAIN. — La CAMPAGNE DE GuEL-
DRE. — Le Roi congédie ses deux oncles, les ducs de Berry et de Bourgogne. — Le ministère dit des Marnioiisels. — Ce qu'ils étaient et comment ils gouvernèrent. — Le Roi arrange les affaires de Languedoc et de Bretagne.
De Vannes à Josselin, il 3' a une dizaine de lieues. Dans cette dernière ville, Clisson prit avec lui deux valets : et tous trois s'élancèrent à cheval sur la route de Paris. Le connétable n'avait plus c^u'une idée : tirer vengeance de son lâche et abominable ennemi. Or, c'était du roi de France, dont il était estimé et aimé, que lui pouvait venir le secours le plus prompt et le plus efficace. Ses deux pages et lui firent cinquante lieues par jours. Qaarante-huit heures après leur départ de Josselin, ils arrivaient dans la capitale. Clisson ne prit que le temps de descendre à son hôtel pour se
préparer à paraître devant le roi. Le jeune Charles VI venait d'apprendre la délivrance de son connétable, quand on lui annonça sa visite. Contrairement à rétiquette, il ordonna d'ouvrir la porte de la chambre royale, avant même que Clisson eût eu le temps de demander audience.
Le connétable entra, se jeta à genoux devant le roi et dit : « Très redouté Sire, votre Seigneur de Père, à qui Dieu pardonne ses péchés, me fit et créa connétable de France, lequel office à mon lo3'al pouvoir j'ai loj^alement exercé et usé : et jamais personne ne m'y a vu en faute. Si quelqu'un, excepté Vous et Messeigneurs vos oncles, ose dire que je me suis mal acquitté envers Vous et la noble couronne de France, je suis prêt à lui bailler mon gage^ »
Nul ne releva cette parole, ni le roi, ni les autres. Le connétable raconta alors brièvement ce qui s'était passé au château de l'Hermine et termina en disant qu'après un tel affront il ne pouvait plus « à son honneur » exercer sa charge de connétable.
— (( Connétable, dit le roi, nous savons bien qu'on vous a fait blâme et dommage et que c'est grandement en notre préjudice. Aussi nous manderons au plus tôt nos pairs de France- et regarderons quelle chose il s'ensuivra. Ne vous en souciez : car vous en aurez droit et raison. »
' Juvénal des Ursins^ p. SSg, — Le religieux de Saint-Denis, 1. mu. ch. 6.
' Le duc de Bretagne se regardant comme souverain indépendant et Clisson étant considéré comme prince du sang, grâce à son titre de connétable, le cas en litige ne pouvait être tranché que par le roi qui, dans ces affaires délicates, convoquait le conseil des Pairs.
LES SUITES DE l'aTTENTAT DE l' HERMINE Mi
Alors le roi prit le connëtc^ble par la main, le ût lever et dit : « Nous ne voulons pas que vous partiez de votre office ainsi, mais nous voulons que vous en usiez tant que nous aurons eu autre conseil. »
Le connétable se mit de nouveau à genoux pour supplier le roi de le décharger, au moins pour un temps, de ses fonctions. — « On y pensera, » dit le duc de Bourgogne^ pendant que le roi faisait de nouveau lever Clisson.
Celui-ci prit alors à part les ducs de Berry et de Bourgogne, gouverneurs du royaume, pour leur raconter plus en détails l'attentat de THermine : mais iJ s'aperçut que son malheur les laissait un peu indifférents.
Le 8 mai précédent, une alliance secrète, dirigée contre Clisson lui-même, avait été conclue entre le duc de Berr^^ et Jean IV^ duc de Bretagne'. Nous avons vu d'ailleurs que le duc de Berry n'aimait pas le connétable : surtout depuis quelque temps, il avait été fort irrité par les agissements de Clisson en Poitou. Certaines difficultés entre eux étaient encore pendantes et un procès était engagé.
Le duc de Bouro^oorne subissait aussi l'influence de sa femme, cousine germaine de Jean IV, laquelle ne manquait jamais l'occasion de défendre son cousin et de déniûrrer Clisson.
Enfin les oncles de Charles VI voulaient garder le pouvoir et tenir le roi en tutelle le plus longtemps possible. Or, ce que redoutait leur ambi-
' Dom Morice, Pr. t. ii, col. 53'i.
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tion ombrageuse, c'était moins le caractère même du jeune monarque, ami du plaisir et facile à gouverner, que l'influence des hommes qui formaient son conseil et à qui il témoignait sa confiance. Le plus puissant de tous ses conseillers était le connétable, maître par ses fonctions des armées de la France, et de plus très estimé du roi, très lié avec le jeune duc d'Orléans, ainsi qu'avec Bureau de la Rivière et le sire de Couc3^ Il ne faut donc pas s'étonner que les ducs de Berry et de Bourgogne se soient réjouis, au fond de leur cœur^ des humiliations infligées à un personnage, qu'ils regardaient un peu comme un rival.
Les deux oncles du roi, au lieu de'plaindre Clisson^ commencèrent à le blâmer d'avoir été à Vannes. — <( Vous pouviez vous excuser, dit le duc de Bourgogne.... D'ailleurs, après avoir dîné à Vannes, vous n'aviez que faire de séjourner et d'aller voir son château de l'Hermine. » — « Monseigneur, dit le connétable, il me montrait tant de faux-semblants que je ne lui osais refuser. » — (( Connétable, reprit le duc de Bourgogne, en fauxsemblants sont les déceptions. Je a^ous cuidais plus subtil que a^ous n'êtes. Or, allez, allez, les besognes viendront à point : on 3^ regardera à loisir'. »
Alors le duc de BourffOo;ne laissa s'en aller le connétable pour reprendre la conversation avec le duc de Berr\'.
Lorsque Clisson, assez mécontent, s'en fut revenu à son hôtel, les plus grands seigneurs vinrent le trouver. Le comte deSaint-Pol,le sire de Coucy,
' Froissart, 1. m, ch. 66.
LES SUITES DE l' ATTENTAT DE i/hERMINE 313
Jean de Vienne et plusieurs autres lui dirent pour le consoler : « Connétable, vous serez vengé du duc de Bretagne', qui est faux et mauvais envers le ro\^ et la couronne de France, et à qui il a fait un tel affront qu'il pourrait bien être chassé hors de sa terre. Allez à Montlér\% où vous serez sur le vôtre^ et laissez-nous nous entendre : car les pairs de France en ordonneront et la chose ne peut demeurer ainsi. »
Clisson se retira donc clans ses domaines de Montléry, comme ses amis le lui conseillaient.
La connétablie vac^ua pendant quelque temps : et le bruit courut même que Guy de la Tréinoille serait connétable. Mais ce dernier estimait trop Olivier de Clisson pour accepter sa charge. Du vivant de son ami, « ce n'eut point été honneur à lui, ce lui semblait, d'en prendre l'office. »
Pendant qu'il préparait la convocation des pairs-, le roi de France envoya une ambassade en Bretagne pour enjoindre au duc de venir se justifier. Les députés choisis furent Miles de Dormans, évêque de Beauvais, Jean de Vienne, Jean de Bueil et le sire de la Rivière. L'évêque de Beauvais, avant d'aller en Bretagne, voulut se rensei-
^ Juvénal des i'rsins, p. 300.
* Les pairs de France, d'abord au nombre de douze, étaient l'archevêque de Reims, les évèques de Beauvais, Laon, Langres, Chàlons et Noyon, les ducs de Normandie, de Bourgogne, de Guyenne et les comtes de Flandre, de Toulouse et de Ciiampagne. Jean II fut le premier duc de Bretagne créé pair de France. Les pairs relevaient immédiatement du roi : ils l'assistaient à son sacre et (juand il rendait la justice. Pour juger l'un d'entre eux, le roi les convoquait spécialement. Au parlement, ils avaient aussi le droit de siéger, à la droite du président, avec voix délibérative.
En fait, les pairs de France furent presque toujours plus de douze ; car les princes du sang étaient 'pairs nés.
gner sur l'affaire auprès de Clisson lui-même, à Montléry. Il y tomba malade d'une fièvre maligne, qui l'emporta en quinze jours.
Clisson, vo3^ant l'ambassade différée, songea à se faire justice par ses propres moyens. Il régla d'abord ses différends avec le duc de Berry et souscrivit le 30 juillet, un mois après l'attentat de l'Hermine, au jugement par lequel le roi luimême arrangeait les affaires du Poitou*.
Clisson donna ensuite l'ordre à ses amis d'agir en Bretagne. Jean IV, se prévalant des actes signés à l'Hermine, avait mis la main sur les principales villes du pays de Guimgamp et de Penthièvre, apanage de Jean de Bretagne. Le duc avait ainsi pris ses sûretés contre le futur gendre de Clisson. Le 27 septembre, le vicomte de Coëtmen attaquait Kermarec, gouverneur de Guimgamp au nom de Jean IV, et le forçait à lui rendre cette place. Le mardi suivant, le sire de Rostrenen pre" nait Châtel-Audren d'assaut ; deux jours après, Robert de Beaumanoir enlevait Lamballe, la nuit, par escalade, faisant prisonnier le capitaine avec toute la garnison. Cette brusque entrée en campagne était le meilleur mo\^en de disposer Jean IV à entrer en conciliation.
Dans la nuit du jeudi, 10 octobre, deux agents du connétable pénétrèrent dans Saint-Malo et, de connivence avec les habitants, s'emparèrent des deux capitaines que Jean IV avait imposés aux Malouins. Saint-Malo se donna au roi de France.
Châteaulin et le Plessis-Bertrand tombèrent aussi au pouvoir des gens du connétable.
1 Archives Nationales, J. i8G, n" 6y bis.
LES SL'ITKS DK LA TTENTA I DE LHLKMIXE 315
Ces faciles succès des partisans de Clisson en Bretagne prouvaient que l'autorité de Jean IV avait été fortement ébranlée par ses dernières infamies.
Il était toujours sans héritier, sa troisième femme ne lui aA^ant donné qu'une fille^ D'après le traité de Guérande, l'héritier présomptif du duché était donc encore Jean de Penthièvre, lils aine de Charles de Blois. Clisson mit tout en œuvre pour hâter sa délivrance. Dans son entreprise, il fat fortement appu^^é par les seigneurs français, qui croyaient se prêter ainsi à un acte de justice, en même temps que de patriotisme bien entendu. La diplomatie française ne semblait plus en effet pouvoir jamais compter sur Jean IV.
Mais la rançon exigée pour Jean de Bretagne était énorme : 120,000 francs ! Ce qui de nos jours vaudrait à peu près six millions.
Clisson venait de laisser 100,000 francs aux mains de Jean IV : il avança néanmoins 60,000 francs, qui furent remis au duc d'Irlande, quand Jean de Penthièvre débarqua sur le sol français. Pour le reste de la somme, Clisson, soit qu'il n'eût pas d'argent sous la main, soit qu'il préférât intéresser les princes et les grands seigneurs de France à la délivrance du cousin du roi, ouvrit une sorte de souscription qui fut deux fois couverte. Comme il s'agissait d'un prince du sang, les ducs de Berrj-^ et de Bourgogne prirent la tête de la caution, s'engageant chacun pour 20,000 francs-. Clisson promit encore 12,000 francs. S'inscrivirent pour
' Chron. Britan. MCCCLXXXVII.
' Bibliothèque de Nantes, 1707 fr. idSi.
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10.000 francs le duc d'Alençon, le comte de Blois, Guy de la Trémouille ; vinrent ensuite Jean de Vienne, les sires de la Rivière, de Coucy, de Laval, de Rohan, de Beaumanoir, qui firent monter la caution à 120,000 francs^
Le comte de Penthièvre débarqua bientôt à Boulogne-sur-Mer : de là, il vint à Paris, où toute la cour lui fit fête. Il prit ensuite le chemin de Bretagne, en compagnie de son futur beau-père, : le connétable de Clisson.
Le roi, subissant Tinlluence de son oncle ne parla plus de convoquer les pairs de France : il i exigea seulement que le duc de Bretagne mit sous séquestre tout ce qu'il avait extorqué au conné- .• tablée D'autre part, il défendit à Clisson de rassembler des troupes à Pontorson,pour se faire justice à lui-même : Charles VI donna également aux sires de Rohan, de Beaumanoir et de Coëtmen l'ordre de cesser les voies de fait, se déclarant seul arbitre du différend.
Le 27 novembre, Charles VI envo3'a en ambassade à Jean IV l'évoque de Langres, Jean de Vienne et ses chambellans, Jean de Bueil et Hervé Le Coith'. Ceux-ci avaient mission de proposer au duc de s'en remettre à l'arbitrage du roi et de lui assurer qu'on saurait ménager ses intérêts.
• La biljliullic'(iue de Nantes reiirorme en une seule liasse tlix pièces ori<finalcs scellées pour la plupart et concernant la rançon de Jean de Penthièvre. [Bibl. de Santés. i6^'(), fr i:33) Plusieurs quittances signées par Hobert d'irlane, comte d'Oxford, sonl datées de novembre 1887 et de mars i388. la dernière est du la juillet i388; c'est un reçu de 10.000 fr. versés parle sire de Clisson, au nom du sire de Coucj. [Uibl. de JVanles, iGj7, fr. ih'Ai). Les princes et les scifineurs cautionnèient : Clisson paya.
^ Dom Lob. P.. col. 685.
'J Chron. lirioc. MGCCLXWVIL
LES SUITES DE i/aTI ENTAI DE l'hEUMINE 317
Avant de recevoir les ambassadeurs, le duc, selon son habitude, prit ses sûretés à Nantes de- \ ant l'évèque de Vannes et plusieurs personnages, parmi lesquels son écuyer, Laurent Coupegorge. 11 protesta par écrit que, s'il accordait quelque chose aux ambassadeurs, c était par crainte de voir Clisson entrer en Bretagne avec l'armée rassemblée à Pontorson. Il ne pouvait, disait-il\ éviter l'effusion de sang chrétien qu'en faisant des concessions : mais il se réservait tous ses droits contre le connétable et il révoquait d'avance tout ce qu'il pourrait promettre.
Cro3'ant alors pouvoir s'engager à tout en conscience, sans être obligé de rien tenir, le trop habile duc reçut à Vannes les envo\^és du roi de France. Il se montra très aimable pour eux.
L'évèque de Langre parla au nom du roi, pour enjoindre au duc de restituer à Clisson les 100,000 francs et les quatre places extorquées à l'Hermine. En outre, pour avoir rompu l'expédition préparée contre l'Angleterre, le duc devait venir en personne s'excuser à Paris ou « là où il plairait au roi et à « son Conseil ». On lui assura en retour qu'il serait parfaitement reçu à la cour de France et que les ducs de Berrj- et de Bourgogne s'entremettraient entre lui et le roi pour arranger toutes les difficultés.
Le duc demanda à réfléchir Le lendemain il invita à dîner les ambassadeurs. Après un repas bien servi, on entra dans la chambre du Conseil: mais, au lieu d'y parler d'affaires, le duc donna à
'Dom Morice. Pr., l ii, col. 544.
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ses invités un concert de musique et une petite fête, où l'on dit « maints propos joj^eux. » Des serviteurs apportèrent ensuite des vins et des épices et les députés regagnèrent leur hôtel, sans autre réponse pour ce jour-là.
Le lendemain le duc affirma aux envoyés qu'il ne devait rien à Clisson, puisque ce vassal s'était mis en rébellion contre son suzerain*. Les sommes d'argent et les places exigées à l'Hermine n'étaient qu'une juste compensation de tous les dommages que Clisson lui avait causés. Néanmoins le duc avouait qu'il n'avait pas voulu irriter le roi de France, auquel il n'avait même pas songé en se vengeant d'un ennemi. Par déférence pour le roi, il consentait à ce que les places en litige fussent confiées au sire de Laval, qui les garderait au nom du roi en attendant un arrangement définitif. Jusqu'à cet accord, il permettait aux troupes ro^^ales d'occuper le comté de Montfort, « sauf à lui de jouir des droits et des revenus de ce comtés»
Les relations entre la France et la Bretagne restèrent quelques mois dans cet état indécis. Pendant tout ce temps, dit Froissart, « le duc chevauchait peu parmi son pays, car il se doutait trop fort des embûches... Il avait secret traité aux Anglais ; et faisait ses chastels et ses villes garder aussi près que s'il eût eu guerre ouverte. Et avait plusieurs imaginations sur ce qu'il avait fait ; une heure s'en repentait ; en l'autre heure il disait qu'il n'avait pas agi sans cause^ ».
' Froissart, t. m, chr. 71.
2 Dom Lobineau, H. 1. xiii, p. 465.
^ Froissart, t. m, ch. 7i.
LES SUITES DE L'ATrENIAT DE l'hEHMINE 319
Ce fut le 20 janvier 1388, que, selon sa promesse faite en Angleterre, Jean de Penthièvre épousa Marguerite de Clisson, la seconde fille de son protecteur\ Pour mener à bonne fin ce mariage, le connétable avait perdu quatre places de guerre et deux cent vingt mille francs, c'est-à-dire plus de onze millions. Dans sa pensée, ce n'était sans doute pas pa3'er trop cher l'honneur de marier sa fille avec un prince de sang de France, qui avait des prétentions au duché de Bretagne.
Ce mariage n'était pas fait pour apaiser, dans le cœur de Jean IV, les vieilles haines qu'il nourrissait contre Clisson et les Penthièvre. Néanmoins le duc de Berr^^ allié de Jean IV et raccommodé momentanément avec Clisson, crut pouvoir arranger les choses i»ilenvo\^a en Bretagne le comte d'Etampes, parent du duc Jean IV. Le duc de Bretagne fit bon visage à son cousin : mais, après plusieurs jours de conversations, le comte d'Etampes vit bien que toute son habileté diplomatique se dépensait en pure perte. Il quitta la Bretagne, n'ayant rien obtenu de positif, sinon un anneau de prix et un beau cheval blanc, présents du duc.
Les affaires de Bretagne commençaient à inquiéter vivement la cour de France. — Le comte d'Arondel, avec une flotte anglaise, ravageait impunément les côtes et les îles du royaume, depuis l'Ile de Batz jusqu'à l'île d'Oléron. Le duc de Bretagne était plus ou moins de connivence avec les insulaires. Le duc de Gueldre, lui aussi, se croyant fort de l'appui de l'Angleterre, avait envoyé au
' Le religieux de Saint-Denis, 1. vm, ch. x.
roi de France un défi aussi ridicule qu'insolent.
— Que le roi parte d'abord en guerre contre le duc de Gueldre, disaient les uns. Que peut faire le duc de Bretagne? Ses chevaliers et ses barons ne seront j^rrnais contre nous. Le connétable et les Bretons, qui lui sont fidèles, garderont bien de ce côté la terre de France. Mais les autres répliquaient : le roi ne peut faire cette campagne sans son connétable, qui s'entend mieux « en faits de guerre que nuls autres chevaliers. »
D'autres plus sages soutenaient que le duc de Bourcjosne, avec une bonne armée française secondée par les Brabançons, pouvait seul se charger de châtier le duc de Gueldre.
Pendant ce temps, le duc de Bretagne conti. nuait à armer et à approvisionner ses places. Les nobles n'étaient pas pour lui, mais il espérait bien que beaucoup d'entre eux suivraient le roi et le Connétable en Allemagne et que « sa guerre en serait plus douce et plus belle ». Enfin Jean IV comptait sur l'alliance du roi de Navarre et des Anglais. Aussi, bien qu'il eût plus oumoins promis au roi de France de se rendre à Orléans, il prétexta une indisposition et resta chez lui. Clisson, pour soutenir ses droits^ se trouva donc seul dans cette ville, où le roi avait réuni son conseil. Par délicatesse et par condescendance, Charles VI ne voulut pas disposer, en l'absence du duc, des places mises sous séquestre. Mais Clisson devant toute la cour jeta son gant, comme gage de défi à Jean IV : plusieurs grands seigneurs en firent autant*.
' Juténal des ly sins, p. 30 1.