‹ OlmedoChapitre 2 sur 12 · PROLOGUE A UNE TRAGÉDIE · texte numérisé non relu

PROLOGUE A UNE TRAGÉDIE

Le ciel répand en perles au matin Une rosée utile et salutaire Pour rafraîchir et féconder la terre.

A son contact si bienfaisant^ soudain, Les champs se couvrent de verdure ; Partout naissent des fleurs Portant l'heureux augure De leurs milliers de fruits aux laboureurs, Source pour eux certaine de richesse.

De même tout honnête et court amusement, Gomme l'oisiveté que l'on goûte un moment, Encourage au travail, ratîermit la sagesse,

(I) n s'agit d'une des plus célèbres tragédies de Quintana, Le DUC DE VI3E0, représentée à Madrid en 1802.

Protège les progrès des arts en imprimant De l'essor au génie et, pour la noble étude Des lettres, c'est un bon et doux délassement A l'esprit sérieux qui, dans sa tâche rude, Se distrait et s'applique et trouve du plaisir, La loi que la nature a faite universelle, C'est la loi du repos. On voit comme, à loisir,

Au jour ûxé la terre maternelle Fait germer dans son sein des fruits nombreux et beaux ;

Au jour ûxé, les pare pour séduire, Et se repose au jour fixé pour le repos ;

Mais, si sans cesse on l'oblige à produire, Elle s'épuise et se fatigue. Quant à nous, Seigueur, nous désirons obtempérer au doux Devoir que cette loi si sage nous impose Et nous alternerons notre utile métier Avec notre loisir utile qui repose.

Tout en suivant le long sentier, Très escarpé qui mène Au temple glorieux de la science humaine. Que notre âge aujourd'hui plaide en notre faveur, Comme notre inexpérience.

Pour mériter votre aimable indulgence.

Le feu des passions au fond de notre cœur

En attendant déjà s'allume, Et ce n'est pas en vain que nous les repassons,

Pour éloigner l'orage qu'on présume, Ces exemples si grands, ces utiles leçons

De la philosophie et de l'histoire Que nous aurons toujours présents à la mémoire.

Viséo nous fait voir le tyran inhumain Qui, dans le sang d'un frère ayant trempé la main, Va s'ouvrir le sentier qui mène à la puissance. En le semant de crimes et de morts.

SoQ cœur hautain et sans remords, AUéré de vengeance, Brûle d'aniuur et, pourtani, dans son cœur Ne brille pas la tendre et consolante flamme Que porte un amoureux sensible dans son âme.

C'est le feu destructeur Qui du sein d'un volcan terrifiant s'élance! Mais il emploie en vain la violence Pour délier ou déchirer les nœuds Formés depuis longtemps par les plus chastes feux, Par la beauté, par la tendresse.

L'n amour pur et fort Triomphe des tyrans toujours et de la mort. L'homme cruel dans sa fureur insulte, blesse L'ennemi désarmé, mais il tremble le jour Qu'il en voit un hardi lutter pour son amour. Il se trouble, il se frappe, il a la mort du lâche Et l'amour est vainqueur ! Que l'opprobre s'attache Sur le front des pervers !

Mais donnez-moi des lauriers verts, Apportez-moi des roses Nouvellement écloses Pour couronner le front heureux Des amants fidèles et vertueux.

Ah ! quel bonheur ^i dans le cours de notre vie Nous mettons à profit tant de belles leçons ;

Et notre à me sera ravie Si les exploits que sur la scène nous plaçons. Seigneur, peuvent vous plaire A vous si bienveillant pour tous nos professeurs Et le plus empressé de tous nos protecteurs.

Pourquoi douter de vous distraire ?

Puisqu'en nous accordant cette insigne faveur D'honorer nos loisirs avec votre présence, Vous nous donnez, pour peu que soit noire labeur, Un plaisir, votre estime et notre récompense.

Quelques-uns des biographes d'Olmedo ont cru que cette allocution dite par un élève du collège de Saint- Charles, en présence de l'évêque de Lima, qui présidait la séance, devait être la plus ancienne de ses poésies ; erreur rendue évidente par M. Ballén qui dans son recueil, la fait précéder de trois autres incontestablement antérieures et composées aussi sur les bancs de l'école. La première de celles-ci porte la date de 1803 et ce titre Mon Portrait. Voici cette com.position légère et piquante pleine de fraîcheur et de jeunesse, qui révèle la gaieté et la malice de l'étudiant. Il l'écrivit pour amuser sa sœur, tendrement aimée, qui réclamait un portrait de lui et à laquelle il dira :

Je porte noir l'habit.

Car, pendant ton absence, Je suis toujours en deuil.

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