LÉOPOLDINE VACQUERIE
née HUGO âgée de 19 ANS u.vru's LB 1 5 FÉVRIER i8/<3 MORTS LE 4 SBPrEMWll
Et cette inscription :
Du profanais clarnavi ad te, Domine !
(J'ai nié â tni do fond de l'abîme, ù Dieu !i
A coté, une tombe exactement semblable renferme les restes tlu capitaine Vacqaerie el de son Sis.
• riir pierre blanche, toute seule, si loin des bmiK. si loin du monde, attirait le père comme un aimant irrésistible ; toujours son regret revenait s'y poser, toujours son cœur criait vers la pale endormie.... •Ju.ttre ans après sa mort, il lui dit, le 'î septembre
Demain, dfti Panne, | l'heure où blanehil la campagne. Je partirai. \'.>is-iu, je sois r\w tu m'attend! 1
.l'ii'jii par l« f'iirt 1 !, j'irai pur la montagne '■
Je ne puis damnera* loin de toi plus longtemps....
Le lendemain, '\ septembre l84"7, prosterné |
d'eUéi il pleure, il prie, el, do sea prières el de ses larmes, naltcette longue pièce intitulée A rilleçuier., oeuvre -si magnifi(|ue de soumission chrétienne :
Je vient fi votur. Seigneur, Père auquel il naal era Je voua portai apaisé 1 * Lca morceeux de ea omur lonl plein de rotre
M Ivr ;
Je dis ijuc le lonabeeu qui iur les morts se ferme i invi, mcnl,
Bl BU« "' (|ii'in-l,.'.s DOOI |.ri QOOJ | \i i'TClic
Bal !'■ commencement .
Jr conviens à genou* eue roua mol, Pire auguste. Possèdes l'iniini. k) réel, l'absolu :
,li rrir. ien . ,;u'il • • .1 b 10 I i|u'il <'st j
Qne mon omur . puisque Dû-n l'a voulu!
Ali! r.Vn est f.-iit (le l 'emportement de ba révolte] coup de foudre, après I l itirbitloo di nuit,
i nomme s*esl ressaisi ; *« fi>i, chancelante un moment, s'est dégaffée il'- l'assaut que lui livrai! lr délatpoii : elle » repoussé les ranges : elle brille à
veau, pure, éclatante, sereine. I 'angi i
jours lancinante, arraohe par instante «tu père désolé
de* mois que QOU8, mères et femme* croyantes
' «us admettre; mais le sentiment d'adoration prend bien vite le dessus ; et il y a quelque chose de sublime dans ['humiliation déco graod esprit on Ut- i-i renonce à comprendre ce qui ne nous jamaie explique* ici-bes. Le certitude de Victor Hugo en IV a l'immortalité, en la réunion sup
s'affirme sur cette Fossi qu'il a s
avec des accents que n'a égalés nulle voix bumi M pstéi iriiM-s dispensations de la souffrance! qui combien de voyageurs désemparés, battus par la lem pÔte, oui été guidés vers le ciel par cette étoile plendîasant au-dessus d'uBe tombe, dans l'humble cimetière île Yillequier?
Ce devait être une des dernières visites que le vivant ferait à la morte. Peu après, pour avoir élevé en faveur îles Faibles et des petits sa voix venger» le tribun «lut prendre la route de lexil.
A Jersej . sur ce roc sauva ire de Marine-Terrace a'esl abattu le vol puissanl de l'aigle, il est entouré de tous les siens,... sauf d'wnc t ' telle qui manqui meure l'objeL de ses pensées, l'obj' amour ;
Buts pénétrants, il lui parle, il la tarce.
il rappelle le souvenir de Charlr rie :
Puisque lu •« ftw n doua
Qae do Rralflrir '"■ '"i r . jeuoe homme, auuuii. r|M,M\. mbe en in mut iii'iiir- ; jamais fiui loi t'ambre de Dira peaohél
So'o béni -'•H' li pioi n .
Drirs. mon EH*, iiii|iiv* de m.i lilJr!
Puis, consacrant une fois de plus, — ', septembre i85a, — le chaste el radieux hymen eoofomoi l'autre côté de I» tombe
\ ivrz ! \iiti-v. ! A>i7 If. l>iuiliriirs îùfll i
Oh I Ii nanti •■' l" i
Bai mi su. . sacra roilev,
Ce qu'il eoire d'extase, et d'ombre, ci de ciel Ueu Dana L'éternel baiser de detu Dieu
i i i oap i h#n| le i
Sun «m i t';i 1 1 1 .-.i l.ciii'ii •■ .m ■ . • • j . . 1 1 1 dfl l'éternelle lumière; il le croît; il loseoL lu, dans cette cooviclitni île plus eo jtlus absolue, il puise la paix, la çruation qu'il croyail impossibles d'abord.... Mais sa douleur» poui être ad de, n'en demeure p
sourde cl profonde. Pourrait-il demander In lin do 18 souft'rance«à celle lâcheté qu'on appelle l'oubli?... »
Non. La chère disparue fiel là, ' I
ceux <|ni la pleorenl . elle vit dans leui solitude il la voient passer, ils l'entendent errer el restent obstl-
DémeOt « penchés sur le cher nid '!
dans l'orage avec les dons oiseaux.... » Co m poète le dira un soir A m Bdéle comparai
Mm roil i que notre iï 1 1<* ■ il me
Kl ilr|illr-, min. If pil l:i !"-■ Il» 1 1 : ■
I '"I, k Mit, on nul Jour, Snns pnrnuiKT -,tm imin de |>ni"rc cl d'ailiûlir....
lussi, quel déchirement sens cessa renouvelé il
éprouve de *fi voir doué sur relie Me loiul.-iim», sans pouvoir jamais se rapprocher d'elle, sans retourner « .Lu'- lo champ triste b coté de l'église » lui porter ['offrande accoutumée de larmes, de prières et • !■ fleurs !
Des Heurs! il y en a sur le tombeau de Léopoldine. El, chaque année, à la date funèbre, un ami \a en
CUoillîr une qu'il envoie à l'exilé. Virtor Illico baise
cette messagère, puis la garde précieusement en
niée .Luis une enveloppe que nul ne. doit rouvrir. Mais elle, la douce envolée! Kn n'entendant plus I.murmure de sa voix bien connue, en ne sentant plus les pleurs et les caresses qu'il posait sur sa tombe avec « un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur, » si elle allait croire que son père l'oublie, quand il se souvient si fidèlement '
«.(■ne idée Ee torture! Ah! faute de mieux, ne
l" iii-il lui composer une gerbe, nue gerbe d'amour
qui sera pour clic toute seule, dont chaque eurolle.
ne brio d'herbe aura été choisi entre mille afin
d'être digne d'elle?...
Et, fiévreux, mil par une impulsion irrésistible, le Touille, ses tiroirs, ouvre ses manuscrits. Pom
les plus di liansons les plus julies, impressions
d'enfance Cl de jeunesse, propos qui font sourire les
j'i.ni-s léinmes. ... II rassemble • l'abord loul cela, VAutrefois ■'•paiiuni. C"csi VAurort , c'est I
Jlettrs, 68 SOOl les I. tilles ,-t fej /lèves.... Puis, VOICI
{'Aujourd'hui, écrit avec le sang de son sœur el <!»■ ses veineSj Y Aujourd'hui, journal de Bon calvaire, qui commence par /'.'/-. h l/eere (quelques mots SUT la mienne), se emiliuin- Eu r/it/rrfie, et s'achève, >'ii
des tplendeurt d'Apocalypse, Aa bord de l'injim....
De la première page à la dernière, l'image de Léopoldine apparaît, suave, ineffable, rayonnante : Léopoldine enfant, Léopoldine jeune Kilo, Léopoldine gracieuse épousée, Léopoldine un antre au ciel.... C'est bien ainsi ; le père unit les feuillets épais, y ajoute une dédicace qui est un longsangfol il'amour.... Kt le* y novembre |S55, jour des morts, tandis que, sous le brouillard d'hiver, l'océan qui les sépare roule ses étendues tividesi il envoie A celle jui est restée en France,
i tégioo tourooyaale et iani Doinbro,
UU I'I.uk's dans rauroraet d'oiseaux noirs dans l'ombre. Oc Mil de louvi ÛFi hyaol i ITmh isoa
ce credo de U douleur, de la foi et de l'espérance, ce monumeiii m y rave le nom adoré de
la jeune femme: les Contemplations.
Ili'-las! ce premier deuil, le plus déchirant de I i ii pas le seul nui dui s'abattre sur le poète; la lée une fois mise au tronc du grain
l.iii plus i rssri d'\ Faire de profondes, d'inguérissa-
ilcsMircs.
L'un âpre* autri'. Victor Huy-o «lut coucher dans le cercueil tous ceua qu il aimait, qui I i i( de-
lûblement chars en part a créant avec lui le souvenir da sa petite moi te.
C'est d'abord la mère, la pauvre mère qui n'a cessé d>« languir depuis L'horrible matin de si^u-mbre, et qui, les yeux, «'-teints, ,'t force d'avoir jiI.mii.'. -u, -
combe après de longues souffrances, 6 Bruxelles, le %i août 1868, en exprimant le vœu suprême de
■..; ■■ de ,., nue.
Son désir a été exaucé. Elle dort, elle aussi, dans le cm le Yillripiici, tout prés de Léopoldin<> et
Charles Vaoqueria. Sur sa tombe, celte simple inscription résume sa vie de gloire et de misère :