‹ Ombres de femmesChapitre 9 sur 14 · GG · texte numérisé non relu

GG

muent si profondément, un pur rayon d'innocence et d'ignorance.

Oui donc, comme le maître, a su nous peindre les extases divines de la maternité) Qui, mieux que lui, nous en a montré les douleurs poig-nantes? Qui a trouvé lés cris, Les Folles revnli.es de i s, de

s défendant leurs petits? Qui .1 élevé une voix aussi entante que la sienne en faveur de l'enfance sans pain, sans jouets ou sans baiser-

vous, les quatre chérubins dont les chants, mêlée de gazouillements d'oiseaux, montaient, le matin, jusqu'à la fenêtre de « petit père, » soyez bénis pour le grand courant d'amour que vous avez fait naître! Soyez bénis pour la douceur toute nouvelle qui remplit nos césars, rayonne dans nos yeux, nos care nos sourires, quand nous nous penchons sur un jielit enfant après avoir lu Victor Huy-o

Comme ces preux chevaliers des anciens jours don' il se plaisait a célébrer les exploits, le jeune écrivain aurait pu prendre pour devise : « Doux au petit, rude au fort ! » Ce tendre avait un tempérament de lut" leur, d'athlète. Bientôt, le cadre trop étroit de ses livres ne lui suffit plus. Il se lança au théâtre.

Dès lors, c'en était fait de la tranquillité du logis de l'intimité de la famille. Une vie de combats inc gants commença.

Quand, après vingt jours d'un labeur de lit. m,

|'écmaia avait monté, de toutes pièces, une de ces

presl - pour lesquelles il i

d'admiration aujourd'hui, il se heurtait a des liostililr.s i|iii eussent luis.' comme verre un moins puissant *| ti e? lui.

Ce qu'avait une interdiction uelto el. tran-

chante, la censure le sapait sournoisement. Les directeurs, effrayes des audaces du dramaturge, rivaliit de mauvaise volonté avec acteurs et actrices • li.: i g ':, d'interprète! le

I,a « première » arrivée, c'était le leva du public. Du lever au baisser du rideau, huées, sifflets, ricane» meQte se déchaînaient. Les compte rendus, les parodiesoù le grotesque le disputait à l'odieux, achevaient

l'œuvre de destruction commencée \h ! Victor

Hugo a pu dire, plus tard, dans les strophes si dou- Jiiiireus.- £es à sa petite morte :

J'ai fait ce que j'ui pu, .1 -d -i. i, j'aj

Et j'ai vu bien souvent qu'on i Jt <!• ne peine,

i. d'être un objet «Je haine.

Ayant beaucoup souffert et beaucoup travail.'

Une seule Fois, l'opposition désarme devant Lacréée Borgia i833). Ad lien des bourrasques aux-

<|n< lies "ii était habitué, on eut des ovations frénétiques. Léopoldiae, Agée de neuf ans, qui assistait j) la représentation dans la loge de sa mère, vil ane jonché»* do fleurs s'abattre sur ts scène, Les chedu Bacre où l'auteur était montée la m sa

l se fille fnrenl dételés ; le poète di l

1 pied cfeea lui, escorté jusqu'au boni par les cris d'enthousiasme de là ferait en délire. Four la pre-

v fois, Léopoldioe, à demi effrayée, à demi u< par ii clameurs, comprit que son père était

un ^rt-nrid homme. •■! «n s.-ntil son onir d'enfant se gonfler d'un orgueil ingénu î

.Mais ce triomphe n'eut pas de lendemain ; l'opposition reprit Sftfl droits, les cabales recommence de pins belle.

Souvent, au milieu de la nuit, la BUettfl se réveilliiil dans sou lit blanc, étonnée, en ouvrant les J

•le voir la lampe encore allumée, et sa mère veillant anxieuse si aux aguets.... lorsqu'un pas bien connu retentissait dans le vestibule, Adèle s'élançait au devant de son mari, qui khi mit escorté de deu • trois amis, ses g-ardes-du-r.orps fidèles.

— Toi, enfin I s'écriait-elle dans un g-rand su de délivrance. Mien soit loué! J'ai tremblé toute la soirée, j'avais si grand peur après cette horrible I de menaces que nous avons encore reçui Comment la représentation s'est-elle passée V Est-on allé jusqu'à la Bn î

Elle aurait presque désiré qu'il lui répondit :«Non,> tellement cette vie d'inquiétudes, d'émotions violentes lui semblait pénible.

Cette douce et charmante femme était douée d'une sensibilité très vive, qui se reflète surtout clan lettres intimes adressées a sa tante, M ,r " Asseline. Dénature paisible et réservée, elle possédait un remarquable talent pour le dessin et se fut estimée idéale-

ment heureuse, si elle avait pu mener une discrète existence bourgeoise entre son mari et ses enfants. -•es crayoûs comme distraction favorite.

C'est bien ainsi que nous l'a montrée Victor Hugo; il lui a fait «mi.- large place dans ion .nivrc; il DU parle avec rOépOi I. avec émotion ; niais une fois patte la cycle enchanté des fiançailles et de la lune de miel. il semble plutôt voir en elle la vigilant* gardi .lu fiivri', la mère dévouée de ses enfants :

• effraye* pus, douce mer iocjaiMe,

i >i .11 1 là l.cinii- partout dans i.< maison >Vniiette....

(letjardei le* <*nfnnt-; Bf Mnl SJSiS rn rini.l.

Leur mire est ™ coté, teor mère su jeune front, Qu'on prend pour une khh aînée»,

a magnifique* strophes, do colle Prière

pour fous qui citante au fuu.1 de nos mémoires, il a tracé pour Léopoldioc uq portrait attendri de cette mère «. bonne, simple al Edèle, aa CQsor limpide et. au front satisfait, » qui « prend patiemment la vie, » ignorant « i es <ln monde où notre âme BO

mêle : fuux plaisirs, vanités, remords, soucis foogeurs » aussi bien que* les mauvaises pensées qui -ent dans l'esprit comme l'ombre sur l'eau.... » Et pourtant, i es faux plaisirs, i as • anitéadu mi m M""-" Hugo 'l«n Forcémeoi les oonnaftre, tes effleurer Comme jadis sur l\ scarpoleUe, ©Ile se sentait entraînée plus Mail!, plus h. ml encore II lui fallut tenir

dignemenl ion rôle de compagne d'homme

refaire point par point son éducation, i [dus

difficile, su mentalité de j»elile pensionnaire, nlïroiitcr

du un" me \ i s; lire souriant I

les adulations plus fougueuses encore, les critiqi

.: I.urniirs. les I lahis.nis. . . .

Elle accepta bout, nlle s'assimiki lonl avec un tact

merveilleux, soutenue, portée pur l'amour fervent, le

véritable culte qu'elle ressentait pour son mari, qu'elle

lui garda jusqu'à son dernier souffle. Bile passa,

belle si Gère, dans son sillage de gloire, s'oublient

elle-même pour no vivre qu'en lui, s'employanl de

finîtes ses forces a ajouter à ses triomphes, recevant

Isa hommes célèbres qui fréquentaient chez eux dans

un rayonnement de gréée, d'intelligence et de jeu-

Paul Maurice «levait dire un jour sur sa nimbe :

« Elle était la femme de l'homme le plus grand

qui suit, et, par le cœur, elle se haussait à ce génie.

Elle l'égalait presque à force de le comprendra — »

Quel hommage aurait pu valoir cclui-li

Parmi les partisans enthousiastes qui se ran • lès la première heure sous la bannière du jeune maître, se trouvait un aimable et vénérable vieillard, M. Berlin, directeur du Journal di's Dè^

Les relations devinrcul bientôt si étroites que, pendant nombre d'années, la famille Hugo passa fa automnes dans la maison de campagne du journaliste, située dans la vallée de la Dièvre, en Seine-, -l- Oise.

lac fois aux Roches, on oubliait las fièvres, les agitations de Paris.

Celle demeura, élégante et hospitalière, abritait

famille distinguée qui se |>l réunir autour

d'elle une élite d'artistes et de lettrés. Tout j «mtribnait au charme de l'esprit ou au plaisir des jeux. Les salons « tendus de damas écarlate » ouvraient sur un parc ombragé par des chênes séculaires, plein de gazons veloutés où serpentaient

sources au murmure monotone et doux. P;u lout des (leurs à profusion, des roses surtout, des ruses de mille couleurs, de mille parfums, formant des massifs, des corbeilles odorantes, enguirlandant les balustrades de la terrasse, courbant leurs arches flexibles au-dessus des sentiers..,.

Les Hoches, ce forant les Feuillantines des enfants de Victor Hugo. Des Feuillantines moins échevelées,

moins touffues, de plus noble allure ijue les an mais combien propices, elles aussi, è de joyeuses parties !

Frères et su*urs, choyés de leurs hôtes, combles de caresses et de friandises, passaient leurs joumé> pleine liberté. Ils couraient, chantaient, s'appelaient

parmi les fleurs, admiraient les paons faisant la MUS

sur les pelouses, allaient h la laiterie boire do lait mousseux dans «les jattes blanches, endettaient du pnin aux cygnes qui voguaient majestueusement sur l'étang....

Mais leur plus grand bonheur leur venait de CCS kiosques rustiques, perdus dans le feuillage, où l'on

bien se réfugier pour «V happer à des ei

mis sanguinaires mu atterrir après un dmiuatiquc

naufrage pour \ vivra en Robin»

Le gros Chariot et Toto (François-Victor) parlai) rxnés jusqu'aux dents, à la poursuite d'un gibier • niiotique, lierres, lions, panthères représentés par ifoea et les glanda qui gonflaient leurs carniers au retour. Les lillettes se chargeaient d'acconun des rotû succulents dans leur petit ménage en poi hune peinte. Il n'était pas rare que douze ou quinae poupées Fussent Invitées an f<«stin I

D'auiivs jouis, on avait un convive encore i petit père, qui quittait sa chambre et ses manuscrits pour descendro jouer sous les grands arbres. Combien de fois un éditeur, venu jusqu'aux Rc pour relancer Victor Hugo, le trouva gravement sous un berceau de chèvrefeuille, faisant la dfnelte avec ses enfants, une petite assiette à Heurs cl un minuscule rouvert dV-taiti en équilibra sur un genou!

De gracieuses jeunes femmes, parentes ou amies des Berlin, se mêlaient fréquemment, elles aussi, aux rondes et aux ébats joyeux des quatre camarades, entre autres la fille de la maison, cette M ,,e Louise que le génie avait effleurée de son aile de flamme. Supérieurement instruite, poète, musicienne, capable de discuter avec Victor Hugo les questions tes plus vertigineuses de la destinée humaine, elle n'en conservait pas moins tout l'entrain, toute la gatté di beaux vingt ans ; les bambins adoraient leur « Grande amie, >» qui était pour eux une jeune tante, presque

m. II fallait lfl : mu pi's autour

d'elle, écoutant de toutes leurs oreilles les histoires passionnantes qu'elle Unir racontait et qu'ils essayaient de redire h leur mère, quand celle-ci les déshabillai!

pour les mettre an lit!

M 11 -- Bertif) avait — comme tous ceux qui pénétraient dans l'intimité de lu famille, — un faillie pour la douce et tendre petite Léopoldinc. Souvent, bien souvent, l'enfant, lasse de ses jeux, s'endormit dans les bras, sur le cœur de la jeune Kilo, bercée par les mélodies que oel!e-ci lui fredonnait tout bas.

Il vint ;i l'esprit île Grande .unir >l 'enseigner a lu mignonne les éléments de la musique. Léopoldine, merveilleusement douée, iil sous sa direction des progrès surprenants. Elle n'eut bientôt pas de plus grand bonheur que d'apprendre en cachette, chaque année, des sonates inédites pour la fête de son père. Aux soirs d'été, il lui fallait faire preuve de son talent. Les hôtes ries l'mi-lies ,■ •■ cmpaieri! mit la terrasse, écoulant, par les portes- fenêtres ouvertes, les accords mélodieux qui leur arrivaient do salon..».

Ah! que «le souvenus devaient s'éveiller dans la mémoire du poète, alors qu'il demandait à M !u '

Louise .

me prof kl vous la Mis t ! <

Voua KMmeat-fl dei tenpi d'extAMt et de dflir*i

El d«?g jeux iriomphaotc, Ki du soir qui tom1»« de* ooUtiw* prochtli I Vous jtomieni.il ,■■ ( ou KMFfiMl4] da chCnesl

Et dei petiU eiifnnU?

I.<s petits enfaotsl... Peu à peu, comme les I tons de rose s'épanouissent au soleil, ils m développaient, devenaient 'les personnalités, chacun avec ses qualités et ses défauts, chacun avec son rlinrme.

Chariot, l'aîné des garçons, était un robuste gamin plein de vivacité et de pétulance, aux gros pm toujours prêts à cogner à tort cl à travers. François- Victor, son cadet, semblait le mentor de la bande, tant sa nature était réfléchie; que de beaux n •nir le père échafaudait sur cette tète blonde, le Dt « si petit, si grave et si pensif I »

Quant à Didiuc et Dédé, les inséparables, elles possédaient, a écrit leur cousin Alfred Asseline, « la ■, le battement d'ailes des oiselets qu'un rien effarouche. » L'aînée, « pale, et pourtant rose, petite, avec de grands cheveux, » avait un visage A l'ovale allongé, aux traits d'une exquise délicatesse ; ses magnifiques yeux bleus, frangés de longs cils noirs qui les rendaient plus profonds, s'ouvraient a la vie . une expression candide qui attirait Ions les cœurs; en vérité, « le ciel mettait dans sa prunelle ce regard qui jamais ne mont!» A côté de sa fine grandisœur, Dédé, blonde comme les blés, fraîche cm une examine, était toute en rondeurs et en fos-

Mme Huço ne se lassait pas de crayonner ses enfants, ses filles surtout, dans toutes les prises imaginable. Ses portraits, qu'admiraient en connaissance de cause les artistes habitués des Roches, figurent

aujounllmi parmi les souvenirs d'un prix inestimable rassemblés dans ta Maison de Victor Hucro.

Qui pourrai! contempler sans émotion ces ftft- Cteusea esquisses, tout ce qui reste ici-bas de tant ÛB beauté enfantine, de tendresse maternelle, de jeunes vies effacées comme un pas sur le sable, ilV-.spnirs i in', dises?

Léopoldine, songeuse déjà par moments, au tan l qu'une petite femme, s'occupait de Dédé avec un sérieux attendrissant. Elle avait une façon de lui dire : « Sois bien sage ! » qui arrêtait net les colères naissantes, les espiègleries de la mutine. C'est elle, après sa mère, qui lui apprit à lire. Le soir, penchées toutes deux sur la Bible de famille, elles suivaient de leurs doigta menus le texte sacré, Adèle épelant, Léopoldine expliquant, et puisant, l'une et l'autre, dans le livre de Dieu des impressions ineffaçables.

Chaque matin, taudis que les garçons et Dédé s'ébattaient parmi les roses, Léopoldine montait faire visite à son père dans sa chambre. Elle lui disait en entrant, avec une petite mine grave el pénéti-

— J'ai laissé les enfants en bas.

Elle :-c posait sur le bord de son lit, sur le coin de bureau, jasait, riait, prenait sa plume, ouvrait ses livres, traçait une arabesque sur une page commencée, puis soudain s'envolait légère.... Et, d'avoir eu près de lui un moment sa joyeuse alouette, le poète se sentait du courage pour jusqu'au soir !

Que de fois, sur la feuille blanche qu'elle avait insoucieuse, son nom revenait s'inscrire!

L'amour de son pèn se transformait avec elle. Ai

joies qu'il éprouvait jadis à ce

souri n -.s, ses premiers gazouillemi ut succéda de sages Bvertisaeineola donl il IV lit, sembla ni d'avance vouloir la | i

danger invisible : « Veille sur toi Garde ton

cœur!... Méfie-toi des enivrements du monde!...

i ' ma fille I Ame heureuse,

H' -ii od i rieu '•• creuse

l'n nid plus ahrilr I »

Puis, c'étaient des conseils dictés par l'expérie et la tendresse : « Sois humble! Sois pure! S douce ! Sois lionne, siirloul !.. » Uli ! la boj

h de la lui montrer comme l'idéal à atteindre. le bul suprême, ta vertu qui «t contient la choses, >» celle qui rachète 1rs pires errements, qui explique les plus troublants mystères —

La bonté ! Mais elle était mieux que l'œuvre, mie

que la vie — l'essence même, l'esprit et l'Ame de Victor Hug-o. N'a-t-il pas écrit :

J'aime l'araignée et j'aime l'or ; Parce qu'on tes hait,

N'a-t-il pas dévoilé des infinis de compassion po4 tout ce qu'on repousse ou qu'on martyrise, l'âne, i i.qiiud, les pauvres êtres disgraciés dont personm avant lui, n'avait su traduire la plainte? El ce n'est pa4 seulement dans ses livres qu'il a pris la défense des

LTtJ

Triboulei, des Ouasimodo, des Gwynpl'aine, qu'il a prêché le relèvement des Famine, plaidé 1 <* causa de*

Claude Gueux, des Jean Valjeau. Apôtre, infuliirnble de toutes les pitiés, champion passionné de toutes 1rs JQStlCâS, il n'a pas, au cours île sa longue Cflmi reooontré HO seul déshérité sans lui venir en aidi

Piaul opprimé sans loi tendre la main.

Aussi quelle dooceui il éprouvait en voyant les mêmes sentiments croître dans le COBUT de Ni petite bien-aimée et rapporter déjà une riche moisson 1 Vàopoldine, sensible au poin! de fondre en leu vant un oiseau blessé, empêchait toujours ses I

iln mal aux nVurs el aux bètes. Dans ses promenades, elle cherchait sans cesse des pauvres a qui elle courait remettre une aumône avec uu radieux sourire. Sa mère se plaisait a raconter comment, pendant les émeute* de 1HM0, alors que les Parisiens bloqués entrevoyaient toutes les horreurs de la famine, la fillette, alors Agée de six ans, avait jeté par la fenêtre an énorme morceau de pain a on insurgé dont la mme bave el défaite l'avait ''mue de pitié I

Ainsi, le poète sentait m refléter en sa tille le meilleur de lui-même. Déjà leurs âmes se comprenaient, se répondaient, se complétaient au point de n'en plus former qu'une à elle-s deux.

L'amour «lu père poux l'eufani s'exprimait souvent par des idées louchantes au possible.

A dix nus, Léopoldine portait un petit costume rouifi- k poifl noirs pointillés de jaune qui lui allait a ravir; elle grandit; la robe devint trop courte et il

fallut s'en séparer ; mais Victor Huço ne nul • réaiiînci .1 hi perdra (oui entière. (I en demanda an échantillon, le mit dans un cadre et le conserva précii ment, après avoir écrîl >us : Robe <tt> Did

ifi.J^. ["n jour, il devait ajouter ces deux vers, — ce sani;l<it déchirant d'un cœur qui se brisi

dli l |a :nlif ].< i île robe

onViii- jivnii, im.iis rappeles-voua?

Fourqueux, t836 1 Une gronde étape, une date

inciii/ir.ii.lc dam la vie de Léopoldioe '

I lette année-là, Victor Hugo loua, de mai à octobre, une modeste maison de campagne dans le pittoresque village situé à la lisière des bois do Marly et de Saint-Germain. Tonte la Famille s'y réunit, j pris le grand'pêre, qui se transforma en maître d'école pour qne s«'s petite-enfants ne perdissent pas trop !<■ bénéfice de Leurs leçons de Paris.

On travailla beaucoup, on se promena davantage. On avait découvert une petite calèche d'enfant qu'on louait, attelée, d'un âne; on y plaçait les trois benjamins; les grandes personnes, Léopoldine comprise, avaient chacune Jour monture à longues oreilles. Et en route pour la forêt !

On emportait parfois de quoi déjeuner sur la mousse. Le cousin Alfred et des amis, Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Auguste de Châtillon, prenaient part à ces joyeux pique-nique. Châtillon. un peintre de talent, tout jeune encore, d'une çafté

débordante, taquinait les petites filles, luisait des niches aux garçons, retrouvait un semblant de gre> \ilé pour peindre ttn porlniil de Victdi- [lu 'm Imam son fils cadet entre ses genoux, qui obtint au Salon une médaille d'or.

Léopohline, elle, élail pensive, même au mili.ii des plus Tulles parties. C'est qu'un grand jour approchait pour elle, celui il<- sa premii-n- commun

M"« Hugo., très pieuse, avait voulu que ses enfants h élevés dans la religion catholique. Son mari .-va il. mis aucune opposition, car. bien qu'il ne se rattachât ù aucune confession établie,)! n'en était pas moins un *. libre-croyant » ardent, plein de ferveur et d'enthousiasme. Son œuvra entière est un miroir, miroir humain, sans doute, et, comme tout ce qui est rlt-.s hommes, entaché de plus d'une ombre, l où se reflets ei rayonne la ç-loire de Dieu. Quel sentiment il 'adoration lui inspirent les merveilles de la nature ! Quelle Foi haute, pure, sereine que la sienne, et comme il a bien su i-iimprvwh-e ces trois nuits soi lesquels toute la religion chrétienne sir fondo el s'appuie : « Dieu est amourl »

C'est peu! être, là encore, les doux anges que le ciel lui avail envoyés <|ui l'ont rapproché du Père.... Pendaol le séjour A Fourqueux, il s'absenta pour aller faire un tour en Brelairue et en Normandie. Il âcrivail è M mi ' Hugo :

« Dis h Diiliue et à Dédé que j'ai pensé aujourd'hui a ailes, dans la chapelle do Notre Dame-de-la- Délivrande. Il » avail de pauvres femmes de marins

qui priaient ù genoux pour leurs maris risquéla mer. J'ai prié aussi, moi, à la vérité sans m agenouiller, sans joindre les mains, av. i bétti de notre temps, mais du plus profond du coeur. J'ai prié pour dm pa petits enfants embarqi

iir que nul de aoUS m' connaît.... »

Ce nafime été, les soin .m il faisait clair de lune, il au menai 1 sa fille atnée s<- promener sur I.

la ligne mu, lui. -use des bois cndoi La lampe éclairant la maison solitaire les suivait à travers les ténèbres d'un long regard ami. Tout n recueillait dans la nuit: des parfums d'herbes fauchées pas>.iiri i |.ar bouffées enivrantes; quelque an rossignol, perdu .tans 1rs sombres ramures, en-

tOBtoaît son hymne éblouissauL

Dans des moments semblables, lu lerre devenait, aux yevx de Victor Hugo, une immense cathédrale

qui avait pour piliers les arbres, pour chantre l'oiseau invisible, pour encens les fenaisons, pour voûte le ciel cribl es, puni hostie le globe pâle mon-

tiuit lentement à Phorizon.r..

Il cheminait, lecceur débordant d'idéal, tenant dans sa main paisible la petite main <1<> sa Hlle, parlant elle des splendeurs de l'au-deU'i. Lui montrant tes mondes scintillant par un riades au-dessus Je !• tètes, il lui répétait, dans un langage enfantin, bien portée, la leçon .sublime qu'il s'efforçait avant Nulles choses, de jrraver dans son coeur, et que, pendant son absence, il lui avait rappelée en ces termes, en lui écrivant de Boulogne :

« Toute la journée, j'ai visité des églises el des musées, te soir j'ai regardé te de!, si j'ai pensé une

fois ilr plus A toi eu iwnvanl i-ette maiçnilique constellation, le Chariot de Dieu, que je t'ai appris à disi inguei parmi tes étoiles.

>» Vois, mon enfant, combien Dieu est grand, el tbien nous sommes petits! Où nous rnettoo pointa d'encre, il met iirs .-,n|.-ils; te sont les l>. qu'il écrit ; 1«- ciel osl son livre, lu bénirai Dieu si tu es toujours capable de le lire, el j'espère que tu le pourras. »

Ainsi, r.miiri- passa pour LéopoIdixM dans une atmosphère de Ferveur religieuse qui devait laisser .m elle une empreinte profonde.

Lors de la fête du saint sacrement, - jolie

coutume de la vieille France, — elle suivit la pr

svec ■■■•' petite sœur, toutes dens vêtues de Uane, ceintoréesde bleu el portunl une corbeille remplie de fleurs qu'elles effeuillaient sur ta route>

Le jour do I issomptioo, elle tint l'orgue de I église

du village pendant toute la durée du service, et Ht

L'admiration générale par son talent si sur et la sentiment qu'elle mettait dans sou jeu.

Enfin, co septembre, eut lieu la cérémonie loncruemeol préparée.

Pauvre ubèro petite communiante! qu'elle était adorable <\r m-uciUi-menl el de grAce louchante

revenant de l'autel ! Son p vaut

les yeux, lorsqu'il évoqua me de la

Prier ■■ C'était un Front de \i- rg -•• les mains

d'enfant.... » Auguste de Chatillon fît son portrait dans tes longs voiles de mousseline qu'elle portait ce jour-là ; ■ b taMeau m quitta jamais le chevet du lit

île si» mère

Au retour de l'église. Lénpnldiiie s'accouda à la barrière du jardin. Sun regard, plein de rêve b1 d'extase, sembla suivre longtemps nue vision merveilleuse, par delà les Frondaisons de la foret qu'elle \ei rail désoi mais si peu, r>h ! si peu de fois, se dorer m soleil déclinant de ce Fatal mois de septembre!

Si\ minées do plus,... six années qui mil fui rapides, insaisissables, comme le Ilot qui passe et ne reviendra pas !

Depuis i832, la famille de Victor Hugo habit ville, un appartement au second étage de la maison portant le N° (î de lu [«lace Royale, — aujourd'hui place des Vus

Rien de plus curieux que ce recoin de In capital* Avec ses maisons de pierres el de briques, ses toits d'ardoises inclinés, el surtout les arcades vodtées du n •/. -ole-cliausséc unissant tous les loiris par un proi noir couvert, ou dirait, une vieille estampe du dixseptième siècle oubliée dans un coin du Paris mo deme.

Si pittnresipin par le curacléie arebaïquo de construction, cette place est encore plus intéressa ni. par les souvenirs qui s'v rattachent. CVlail jadis I.

rendez-vous do tous les Grand* seùfoeurs «t de les beaux esprits. M°« de Sévigné v naquit dînai de Richelieu l'habita. Drapés de loni*s manteaux que retroussait leur rapière conquérante, coiffés de feutres empanachés, Efohaa, Guéan Turenne l'arpentèrent maintes :

i aies au mémoires ont pâli, toutes ces figures semblent M fomlre. impr. : nv<. dans les lointains du passé. Un seul nom s'évoque à la peoaée de qui traverse la place dM Vosges : celui de Victor H

i '. st que. dans le vieil et romanesque hôtel Guéménée, que le poète habita seize mis. et où ses fnrvpnts admirateurs ont rassembla ses reliques*, il

la période de son • a - tenec la plus glori

peut-être, la plus heurt-us»! n coup sur. Lis détracteurs d'autrefois s'étaient effacés dans son ombiv ennentis que la politique lui valut plus tard n'av* pas encore fait leur apparition. Reconnu, salué, non ment comme le premier poète de France, mais ie comme un des trois ou quatre poètes de inanité, il t'était placé au niveau «l'Homère, «le Dante, de Sli;ilu -| i :m\ Cet homme, qui n'atteignait pus ru-

.,.ii- quarante ans, avait éeril l«"s Orientales, les

1 La • ::i:u-.u:i d ! \ ÏCtOf Hugtl • 00 IStîtaH un ]|ia£iiiti.|iji- nitl-

s«?e offert ;i l;i rilfc de pctitMalaala di

par KW r à l'amabilité du 004

vatfur actuel, M. Louii K> In

If, riupeeteur des beau»

le* [>hotoKra|>hir> de* portralu al tableaux qol acoompaj tudi .

ne. le* Chants du crépuscule, les Voix intérieures, les Hayons et lr tre-

Dam&de-Pari* ; il avait fait jouer Hrrnani, Le Itoi s'amuse, Lucrèce Borgia, Marie Tudor.

. f(tty Ulas.

Glorifié par loua, il votait se réunir chez lui dm I'. turllï-. Les plus pi. lus illuv-

.< honneur île lui être présent''-* Cbl Nodier, Alfred de V'îgnv, Alexandre Dumas, Lamartine, Saintc-Hcuve, Prosper Mérimée, Balzac. David d'Angers, Théophile Gautier comptaient parmi intimes. Des centaines, des milliers d'amis, connus iiconiiu.s, lui étaient dévoués jusqu'à la mort. La jeunesse romantique de l'époque l'acclamait pour son chef, son héros, son demi-dieu. Et, comme pnur rendra sa gloire plus relatante par \u\ délicieux asle. un frais bouton de rose blanc l'ou-

vrait parmi ses lauriers; il avait prés de lui une lijrure toute de çràcc, de candeur, de pureté an; que : sa Klle !

Quelle adolescence privilégiée que celle de Léopoldine ! Nul don de l'esprit ou du cœur no lui avaient

Mignonne comme une statuette de S bonne autant que jolie, intelligente, fêtée par une phalanir»- d'artistes et de penseurs qui l'avaient prandir, dont elle était un peu la tille, elle n'en con- M-rvaii pas moins la modestie qui Formait, sans attelle s'en doutât, sa plus belle parure. « rents et ses proches avaient pour enchantai

[xuir fête, son sourire ; elle était comme une

fleur dç joie épanouie dans la maison. Depuis le ceau toutes les tendresses l'environnaient. Elle avait

grandi heureuse, et, recevant du bonheur, elle «mi

ionnait ; aimée, elle aiinnil. '.... »

Au retour des cours ou la jeune fille se rendait

i Dédé, les quatre enfanta tvaient sur le

irçe balcon en fer forgé — disparu depuis, — qui courait tout le Ion? de la façade. Là, ils faisaient d'interminables parties, ils lisaient, étudiaient, et le soir, an vrais petits Pansions, s'anui.saiciil. ;'i compter

Lumières de la place n'allumant une a une. Derrière eux, dans le grand salon à la haute chemin^ . ;in\ chaises e1 aux fauteuils Louis XV, les habitués commençaient à se grouper. Bientôt on réclamait fea frères et sœurs, puis on faisait appel aux talents de (éopoidine.

Lyre aux exquises mélodies, l'adolescente donnait ino vie à la musique, une :\me à la poésie. Nul t'interprétait comme elle les chefs-d'œuvre <le son

•re. Les amis qui, autrefois, écoutaient avee aiten-

: ment le bébé naïf récitant la Ballade de» (!■ inl,rr> restaient silencieux et recueillis devant la jeune tille se détachant en ombre blanche sur l'étendard multicolore rapporté «le la rasbah du l'Alger, tan • Ca muraille.

I i voix, le visage, le çestc, le regard île Leopnlline, tout en elle vibrai I et palpitait avee les v

Quand, dans la Fiancée du timbalier, elle était irrivée aux derniers mots, qu'elle avait dit, pale et

1 Vider it'iu".

déf ai liante, les mains étendues : « l-.^s Un étaient piiiéa, » on oubliai! d'applaudir; un frii

glacial avait OOUI 'u -ni , des femmes

agiotaient ; les hommes avaient sans honte Jes larme dans les veux....

C'est ii rit tf époque, — Léopoldine avait dix-huit ans, Adèle en Domptait douce, qu'en séjour h la Ferrasse-, près d'Bnghien, leur père râaola en les contemplant oea dix vers — œuvre d'ari que nul orfévi ne saurai! égaler :

f oharmaul qui tombe, Pareille», l'une nu cygne Cl l'autre à la colombe, Bclli i, ei toute* dot* joyeuses, A douceur] vuviz, lu grands scenr ei ta petite sœor

Boni n-.-.i'-i^ ;m >L'nil f J 11 jimlin, cl sur ellrs

In booquel d'oeillets blancs sua longues tiges : Dam une urne da marbre agité par le vent, Se penche at les regarde, immobile al rivant, Kl IV ma l'ombre, et semble an bot

in vol de papillons arrêté dans l'extase.

Plus que jamais, l'enfant était l'inspiratrice, la mus ne boo père, Mais, de pins, olle était devenue son amie. Ils avaient ensemble de Impurs eonversattOfM OÙ

récrivaio reposait et déi''inl;i it son esprit, tout en formant et élevant celui de sa fille; toujours, il lui préi la bienveillance, l'iiululirence sereine. Il lui di

Quand, pria de roi. quelqu'un picore en s

,m> ni cJlCn.li'T l.i COUBC.

< i esl dottz, pleurer cal boo toc Toute [arme, enfuit,

l.avr qnrli|lir chose !

Dans une de ces heures de tristesse 6l de désillusioa qui traversent les existences les plus belles, il attirail tmdremanl sa fille sur son eœux pour lui murmurer tout bas les mots bénis de résignation, tir

confiance : « mon enfant ! lu vois, je me soumets... »

ii pour l'emmener faire, une fois de plus, « le tour

ilis misères du monde » :

Voir. : cli- Iriir miiI, (mis l<-s iiunnu'-s -.< • 1 1 1 ta. 1 »;

Pooi I ;:>. rt IfiUS — destin mOPOiC I —

Toul n manqua: Unit, ,■'< sUàxtirt, liclas!

Peu de rliose.

Après lui avoir dévoilé la souffrance universelle, il lui montrait le seul talisman qui puisse en diminuer la charge écrasante : l'universelle pitié. Il trouvait poui Vy exhorter ces paroles sublimes — écho fidèle, qu'il y songeât ou non, de la voix divine entendue il y s vin^i siècles sur les rives de la mer de Tibériade :

Celle loi saillie, il faiil s'y conformer,

Et In voici, lontc âme y peut Atteindre :

Ne rien hafr, mon enfant ; toul nimer, Ou tout plaindre !

(} les doux entretiens où s'épanchaient ainsi leurs deux Cœurs! (les causeries intimes, sous ht lampe. auprès des manuscrits épais, faisaient le bonheur du poète. Il éprouvait une joie ineffable à sentir qu'il était tout pour sa Hllc, comme elle était toul pour lui....

Tout? Pauvre père ! Le moment approche déjà où,

côté de l'amour Blial, un autre sentiment, plus radieux encore, vu se grimer en Léopoldine

Un jour, un adolescent de dix-eepl en», kng\ Vacquerie. qui faisait .«es études au collège Charle-

■ ii". votera de la place Royale, se pi l'hôtel de I iii.-in -m. '. '. Reçu avec cette bonne l; afiable et souriante que Victor Hur-o témoignait à tous ses vititeors, il amena, bientôt après, uu camarude de son Age, Paul Mcurice, dont l'amitié et le dévouement pour le maîtie n'ont pris fin qu*avec sa vir. il v a quelques mois. Il lit plus -. il voulut que nouveaux amis connussent sa Famille.

Les Vaequerie, gfens aimables et distingués, (.1 naires de cette Normandie où les Hugo avaient ville*

:i i plus d'une Fois, babitaienl en hiver Le Ha en été une campagne de plaisance située au bon la Seine, dont le nom, ignoré jusque-là, est devenu depuis tristement célèbre : Villequier

On se visita de part et d'autre. Léopoldine fit In

du frèreatné "lu collégien, un charmant

jeune homme de vingt-six ans, Charles Vaequerie —

Depuis cette première rencontre, la jeune fille, rêel palpitante, a de subites rougeurs, des sourires inexpliqués, des éclats de joie sans cause suivis de longs abattements tout aussi mystérieux. Le soir, lorsque les invités commencent à affluer dans le graud sulon Louis XV, elle est distraite, ipée ;

chaque fois que la porte s'ouvre, clic tressaille, se tourne, anxieuse, vers les nouveaux venus.... Quand, enfin, «Ile l'a vu entrer, fui, le seul, l'unique, celui

auquel son cceur ja donné sans retout, an

rayon céleste illumine son visage; ses jeux, ses lèvres, son front candide, tout en elle trahit sud bonheur.... l'eu .1 peu, ils trouvent moyen de se rapprochai . île s'isoler, même ;m milieu de tout C-e

naondej en éehaageanl an regard ai leurs deux âmes

ont communié

Le père nimo lr<q» bien son enfant pour vouloir L'aimer seul. Lui qui s .hante tant de fraîches idylles entre des êtres jeunes et beaux, il assiste, sondeur, à l'éclosion adorable et tremblante de celle qui se à rode fout près de lui....

Le l5 février [843, une foule amie emplissait. ['église! Saiiit-Puul, ornée ù profusion de Heurs et de piaule-, vei les. nnsselurile de lumières, où élail célébré le mariage de Charles Vacquerie et de LOopoldine

lugo.

Mère heureuse et émue, yr.ind'père cherchant en '.'in à cacher sa joyeuse fierté, petits rVèi ■uretto

élevés à la dignité de g-arçons et de demoiselle d'hon-

leur, Grande amie entourée des babitants des Huches, illustre familiers de la place RoyaJi izeeeaim

des compagnes de cours, tous ceux que le jeune Bue

avait connus et aimés assistaient à la consécraii le

son beau rêve. Son père enveloppait d'un reçard de iendres.se infinie la silhouette ênnuaifée de mousseline, agenouilles sur sou prie-Dieu de retours; et,

tondis qu'une vois désola s'élevait, emplissant d'harmonie la voûte profonde) il crayonnait, rapide,

lii tii>u suprême :

\ î tu i- oahii qui l'a

\ilic-i |

Va, noa enfaol chéri, dNine fntiOc i l'aoire-,

Emporta la bonluiir i-i nui.

i. i ['on Ci i Aient, là-kfc* oo Le ■ !>■-

. fait ion dV DonoMoui an re| donae-leu ni -i«»»r.

Sors avec mu larme ! Entre avcr un sourire!

Sept mois après....

Ils ont passé, ces sept mois, clans L'enchantement d'an sonure.

Mai a paré les pommiers île. Normandie «l'uno profusion cli? bouquets roses • 1 1 Jacquerie détaehait en riant pour en enguirlander la robe «le sa jeune femme- Juin a rempli d'ombre ensoleillée, de chanson de monnures Les souliers sous bois où il faisait si bon s'égarer à deux.

L'été a ramené le vol blanc des mouettes dans l'azur, «'t celui des barques aux voiles légères glissant sur les flots confondus de la Seine et de l'Océan.

Maintenant, tout est l'êtes et allégresse dans h belle province Normande. Le roi Louis-Philippe, entouré de sa cour, s'est rendu au château d'Eu p ■ recevoir une souveraine aux vinçri-quatre ans Heurs, Sa Majesté Victoria d'An

La ville du Havre a organisé, .1 cette occasi m une série de réjouissances qui onl attiré quantil

teure cosmopolites. Les Parisiens, journalistes et lilii'-rateurs, sont légion. Chacun vient à Villcquier saluer. dans sa nouvelle demeure, celle qui ES-1 W pont tons ses amis Léopoldiue Hugo.

i tafta cette élégante villa Vacqueric plane de soleil

Cl île lumière. elle apparail .ruinante, lnuri'iisc, au milieu d'un grand cercle de Famille qui l'entoure d'cçrards et de tendresse : sa belle-mère. M 01, veuve Vacqnerie, et les trois enfants de celle-d : Charles. le nouveau marié, M mt Lefèvre, jeune Femme à peine plus âgée qne Léopoldine, Auguste* le tjcéen de Charlemague ; leui petit cousin Arthur, nu bambin

dé onze ans: leur oncle, le capitaine Pierre Vao querie, un vieux loup de mer qui a navigué pendant cinquante ans bous Unîtes h-s latitude*, et dont les n'i-its mouvementés foui la joie el la terreur des veillées. . . .

Le père voyage en ce moment dans tes P m déni] ! Comment, comment nulle vohi prophétique tu? s'est-elJe élevée, quand il serrait sa fille sut son cœur, | i lui crier de rester, de veillai but elle, de

la couvrir île smi corps, de la BanVBT OU de mourir

t ".' Comment n'a-t-il pas compris que son « au i > était un « adieu » éternel, et que la doue petite main qui agitai! gaimenl nue dentelle flottant allait bientôt --'abandonner, pâle et placée, l'ivoire d'un crucifia ''-..

H eet parti! II esl parti sans nn pressentiment, dél nu i' la lé b Mais |a mère esl ici ! Plus jeune, plus belle que jamais, dans tout l'éclat de ses

-sept an>. elle forme DU raste

avec i Léopoldine

ri dévouée oormne loujoui fille pour lu rendre encore plus j i »1 ï< - ; puis *- 1 1 . laine Faire aux vi les honneurs de sa vflle

i ■ i ■ . 1 ■ ■ . b, m i aiment le Havre a élu la jeune IV rame

ii Elle <:-i de toutes les réceptL de toutes les réjouissances, et semble, tanl oi comble d'honneurs, présider ;< ces fêtes de la beauté, de li poésie el de la jeunee

Le dimanche 3 septembre, — nn magnifique <limanche d'été, qui Bail dans les splendeurs il*- l'automne, — M ,n " Vacquerie recul une lettre de l'absent ; il lui i

« Avant peu, tu auras ton père, h.. no, •.■niitin m. rire el de le bien porter. Rayonm . mon nfant, dans l'âge.... Ecris-moi maintenant à La Rochelle, poste restante, »

Apres avoir lu cette missive, et pour demandi Dieu 'I accorder un heureux retour au voyageur, Léopoldiae, fidèle aux pieuses habitudes prises dans enfance, alla i (ère lans la petite église du

dre la messe è deux genoux. »

L'apres-midi eurent lien ir l'oi es

l'estuaire du fleuve, miroir éblouissant inondé pai IVux du soleil. I.ii I turque dos Vacquerie, lu bai fatiile. que Léopoldine avail p elle-même et

que montaient les jeunes geus de la villa, Baissait, rapide, au milieu de In llotille aux oriflammes muitïi .. qui, dans ce jovet unp-

un —

ronde de ta main la plus tûre. I in n'entendait

les I»!

■le la li

les hourras triomphante îles rameurs. Sur la plage, dans les tribunes déco-

ires, se pressai I la foule de | . M " ,r < .1.

Vacquerie, gracieuse et vétnc .1 ravir, se promenait

escortée .i. . : Lunille. Plusieurs îles hùtt g .lit château il'Eu étaient venus assister aux joutes nautiques, enlre autres la duchesse d'< Irléans et la princesse de Joinville . -1 bien o^a tous s'inclinaient an passage, rendant le môme nommage à la Bile do poète et à la Bile du roi !

« Voyez cependant^ » raconte Jules Jaain, « la prescience des mèreal Ce soir-la — le dernier soir — poussée par un instinct merveilleux, M""' Victor HugOi voyant sa fille h la douce claii I une lampe A demi voilée, et la trouvant si belle, en ce moment, sa robe blanche, prit ses crevons, et, d'une main habile, traça le portrait de cette enfant qu'elle ne devait plus revoir! »

I* lendemain, f\ septembre. i8/|3, — peut-on écrire «•elle date autrement qu'en frémissant ? — le capitaine

avait projeté d'aller avec son petit garçon, Faire

1 le déjeuner une promenade en barque, A I debec, situé en amont de la Seine, à quatre kilomètres >le là.

«iharle.s V.icquerie voulut accompagner son nu

ttldme désirait reposer encore! et laissa son s'éloigner ; puis, comme elle l'aimait de toutes les forces de son cœur, le voyant attristé de son refus,

elle le rappela .11 lui clismil :

- 10» — le i in fflds une minute !

Us ur la berge.. .. Le jour nais,

colore l'orienl de toutes lea gammes des roses. Sur l'azur profond Bottent de Igars

comme des voiles do fraze, dont chacun berce ue clarté. Le jardin l'éveille, plein de gazouillement

île branchas palpitantes; des perles dfc rosée scintillent sur les (leurs untr 'ouvertes ; une toi plus, le ciel, qui vanité de tontes cfo

liaiyiie l'aurore de ses pleura !

« ta part, laissant derrière soi la villa end aux persien nés closes.... i ne brise h itche ride légèrement ta surface «lu fleuve, vaste à cet «mlioil .ml.inl (|ii'iiii lae ; elle confie lu voile île l'embarcation. VÎhre dans les Cordages, i-arcssn le front île la 1

femme assise à la puupe. Des goélands, qui descenileni vers |.- Uivjtq, passent en long-s coups d'ailes; sur les rives lointaines, les plaines déroulent à perte de '.h.' leurs étendues ondulenses; haut, bien haut,

mi entend le chant triomphal des alouettes planer dans les limpidités init m' uses de l'étlier....

On arrive; on fait a Caudebec un séjour l'une ; le capitaine, voyant des boulets ronds cnj| sur le quai, a l'idée d'en prendre quelques-uns pour lester son canot ; Charles Vacquerie rencontre un ami, jeune clerc de notaire, qu'il invite à déjeun la villa, et qui s'embarqne avei eux pour retourner à Villequier....

Mu repart.... Mais on a beau voguer sans heurt,

sans secousse sur l'onde moirée, le nouveau passager

Me soucieux ; il ne prend aucune pari :• ta cott-

vcrsatiun vive cl alerta du jeune muple. laisse sans

réponse les questions du petit Arthur, ne relève point les boutades de Pierre Vacquerie; si bien que celui-ci finit par s'apercevoir de sa préoccupation.

— .Morbleu ! mon garçon, fait-il jovialement, quelle mine lugubre! Qu'avez-vous dono qui vous : hiffonne î

— Mais... i ■ii-ii. capitaine, balbutie le jeune homme

li i oncerté.

Puis, comme mil par une impulsion irrésistible :

— Ou plutôt si.... Je vous l'avoue, je ne suis truère habitue à voyager sur l'eau.... Cette barque •

t légère ! Croyez- vous que uoiis y sovons en sùi > Le capitaine part d'un éclat de rire formidable. — Imi suivie î Ali! ah! ahl Mon cher, c'est à moi que vous demandez chose pareille? En sûreté? Hein, qu'en dites-vous, les petite? Mais nous ne courons

>pas plus de risques qu'un enfant dans les bras de sa mère! Que voiilc.-vuiis.|u il nous arrive par un temps pareil? Je connais le bâtiment, allez 1 J'en réponds : me de n»a vie! El puis, d'ailleurs, on cas de naufrage, je suis encore capable de vous sauver tous, r j'imagine I Vous entendes, les autres? Vous êtes témoins. Si on chavire, n'ayez pas peur, je vous pepi en deux temps, trois mouvements, sans que vous ayez eu seulement le temps de dire oui !

— Bien, mon oncle, réplique Charles Vacquerie

en riant, tandis que Léopoldine tourne vers le vieux

in son visage radieux pour répondre :

— Oh ! capitaine, nous

l. n'ai jamais peur avec loi, papa, ajouta le petil Avtliur.

Cette unanimité ne tranquillisa point le jeune

homme; il s'excusa de son mieux, mais demanda à

débarqua on plus vite, il tallui le* contenter; on

atterrit pour lui laisser mettre pied à terre, ;« quoi l«" capitaine donne un coup de bai gi<jn

t- Terrien ! marntolta-t-il cm mie, BV8C un

coup d'oeil de dédain suprême vers In silhouette qui s'éloignait rapidement BUT la berge. Un clerc Je notaire, peu h ! Ça n'a pas le coeur marin, et ça |>arle de dangers pour ne pas avoir l'air d'une femmelette ? Des dangers ici, allons doue! Avec on vieux pilote rumine VOtve servit. -ur Pierre-I'rosper Vacqueriel

Tenez] .le me rappelle cette tornade, aux Uitiiles, où, sans me vanter...

Léopoldine souriait, vaguement heureuse, entendant comme dans un rêve le récit extraordinaire raconté i.nil île luis. Son ombrelle ouverte au soleil

auréolail sa tète charmante; svelte dans sa simple robe de toile rose, un bouquet de Heurs au corsage, elle semblait l'image môme du printemps. Elle s'était penchée légèrement, un peu pour se mirer dans l'eau, un peu pour y tremper ses doigts et s'amuser à fendre le courant d'un long sillage Son mari la dait, le cœur en fétc. Plus un soufïl.\ plus un bruit ; mie impression de paix infinie, d'ineGEoble itode s'emparait des promeneurs....

Ali ! B écria lout à coup le petit garçon, voilà la maison î Et quelqu'un à la fenêtre !

i i.i sn-iii, cii.irlts. dit L.'opoldine en abri-

tant ses yeux de sa main pour inieuv voir.

En effet, c'était M mr Lefèviv qui, ivroiiiiaiss.in' arrivants, leur adressait un Signe île bienvenue

Soudain, elle roste pétrifiée d'épouvante; un d'horreur lui échappe, se confond avec les quatre cris d'agonie qui ont retenti au loin....

Venu du vallon, un coup de vent s'est abattu subitement sur la voile,... la barque penche,..* les boulets. embarqués ■ Ceudebec roulent tous du même cote* —

en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, tout.

sombre, tout s'abîme si (ont meurt !

Seul, (maries Vacquerie '-si revenu à la surfare ; il se débat, il appelle, il plonge, il cherche sa jeune femme, il la retrouve, il veut la sauver, il /lonvnit i s/n/rrr.... Mais, avec la force aveugle îles noyés,

le s'est cramponnée à la barque et rien n'a pu L'en

déta jher. Alors, se voyant impuis-sani. sentant I bei

ïur eus la nuit effroyable, il n'a plus Bougé qu'à la

gardée dans ses lira . '

Quand on est arrivé, les Ilots s'étaient refei mes tui leur proie. On n'a retrouvé qu'un grand silence, une grande misère et quatre cadavrt

Oo découvrit d'abord le capitaine, que la voil«-

avait enroulé, paralysant ses mouvements; pui jeunes gens b lenanl encore enlacés! Etah qu'on deva il revoir Padorable Léopoldini " ( orp

âme, lumière éteinte, enveloppe vide de I qui

avait fait son charme et sa joie ici-bas! «. Gloire, j> unesse, orgueil, biens que la tombe emporte, » qu'une rafale, un concours de circonstances stop

(Ut sufli pour anéantir !

La pauvre enfant I Gamine l'héroïne du Hcocnant.

«a sœur tragique,

Bile i ni tons les bonheurs ope Dieu donne on permet ;

Un l'ai.'nt ti i.i i-i •-(- ;i riiKinim- ijii'i-IIi- .liin.'iil....

Et un soufllr i avait passé De cette jeune vie pleine

de joie, de tendresse, de sève et d'ardente espérance, il ne restait sur terre qu'une forme glacée, qui bientôt allait disparaître à son tour !

Non, DOO, C8 n'était pas possible! Son souvenir devait lui survivre â jamais, et, quand tous les siens seraient partiel la rejoindre, il se trouverait toujours des cieurs pour la chérir, des yeux pour la pleurer !

miracle de l'amour et du génie! La fille de Victor Hugo est restée vivante parmi nous, malgré sa fin prématun'-f. Ici-bas comme- au-delà, en entraul dans la mort, elle allait entrer dans l'immortalité.

Il n'est pas, dans la langue humaine, de mots qui pourraient peindre h désespoir des deux mères, — eellede I éopoldiw , celle de Charles Vacquerie, — en voyant rapporter les corps inanimés de leurs enfants, rigides sous les plis de leurs suaires, et que des pêeheurs, hommes rudes pourtant, habitués à tant de drames, i iposèrenl en pleurant au seuil de la villa.

Au Havre, à Paris, aux Hoches, partout où la jeune Bile avait s-randi. ou In jeune Femme avaitpassé,

la consternation Gansée par la catastrophe de Ville- (|ni( r fui immense. M 110 Merlin en resta inconsolable. Chacun des intimes « 1»- la place Royale crut avoir perdu son enfant !

Et te père, le malheureux père, qui. tel Lamartine quatorze ans plus tôt — étrange et fatale coïncidence ! — revenait joyeux, confiant, tranquille, voyant déjà le sourire lumineux, entendant l'exclamation ravie dont sa hien-aiijn '..■ .illa.it l'accueillit '■

Ainsi qu'il le lui avait écrit, il venait d'arriver h La Rochelle. Comme Nuis les étrang-ers, il alla jeter un coup d'œîl sur l'entrée du port, unique au monde; tes I tois tours de Saint-Nicolas, de la Chaîne et de la Lanterne, sentinelles de granit regardant la mer. étaient déjà revêtues d'ombre; le soleil s'abaissait dans les Bots, ensanglantait le ciel et l'onde, leignail de pourpre les voilures des navires sillonnant la rade; li'i-lms, au-dessus des îles lointaine*, Bottaieni lente*

ment les vapeurs du soir II y avait quelque chose

de menaçant et de terrible dans ce couchant rouge et fumeux !

Oppressé soudain sans savoir pourquoi, étreint d'une tristesse insurmontable, Victor llutro remonta

la ville, demanda un bock à la lerTMM d'un

café, déplia négligemment an journal qui s.- trouvait à sa portée . .

Alors, Ii's consommaii'iirs attablés entendirent un

Cri qui devait les hanter jusqu'à leur dernière hem.'.

Le v oy ag e u r, broyant à pleioes mains la résille oolah • i " ii ii bond, et. bousculant u,i |

le au |ka«*aL"'\ il sVlanrail dehors, enfilai

mi il se pcrdîl dans le andiasanl ommem il venait d'apprendre que sa Kl!

était morte.

Il passa la nuit .1 arpenter la falaise. Lesuibi tut brûlé toutes Ifs étapes, bavard, dé

de douter encore, il arrivait k la villa \ acqoerie.

douleur, douleur, douleur!... Abîme de deuil et de ji

L'infortuné! Pendant de longs jours, il est comme fou ; il ne peut pas, il ne veut pas croire que ce malépouvai i jKisssihle; 1.

dresse terrible, il blasphème a la race

Dieu Ali! Dieu! Cm Dieu d'amour eu lequel il

!ii, à qui il avait amené cette jeun qu'il a pu lui vider sa fille, commettre ce crime nom''. .

Puis, soudain, son emportement s'apaise.... Il ! la tête, un éclair joveux illumine son visage : «Ecoute/. ! ! le l'entends qui 1 it dans sa chamhre ! Tenes, voilà le Imiii de sa main sur la clef! Vous voyez bien qu'elle n*esl pas mortel Mon enfant, ma fille I

viens, viens vile, je t'attends! »

Mais il ii beau ouvrir les bras tout grands, dans

lan désespéré de tendresse.... Le vide, rien que

le ville ! Alors, s'éveillant brusquement, reprenant

conscience des choses, il s'abat, éclate en sanglots déchirants....

Par degrés, il tomba dans une morne torpeur dont ses amis s'effrayèrent ; on l'arracha à Villequier ; on voulut lui faire reprendre intérêt à son travail, à son oeuvre inachevée, à la vie. S'adressant à son généreux altruisme, on lui montra, « en dehors de son propre martyre, » tout ce qui souffrait, pleurait, chancelait dans l'ombre, et qu'il pouvait encore guider de son flambeau....

A cet appel qui monte vers lui, le père en deuil répond par un : « A quoi bon ? » plein de navrante amertume :

Il est temps que je me repose, Je suis terrassé par le sort ; Ne me parlez pas d'autre chose, Que des ténèbres où l'on dort 1

L'humble enfant que Dieu m'a ravie, Rien qu'en m'aimant savait m'aider ; C'était le bonheur de ma vie De voir ses yeux me regarder !

Si ce Dieu n'a pas voulu clore L'œuvre qu'il me fit commencer, S'il vent que je travaille encore.

Il n'avait qu'à me la laisser 1

Privilège suprême de ceux qu'a touchés la divine étincelle ! Là où le commun des hommes ne trouverait que des gémissements et des larmes, le poète a des chants pour exhaler sa douleur.

La iioin do m iili . • voqué ainsi, rouvre devant lui des perspectives infinies, Désormais, sa lyi. depuis <!<• longs mois, va résonnera nouveau ; et jamais elle n'aura I ré d'accents aussi poignants,

d'harmonies aussi pénétrantes qo ■ tien tis qu'elle ;i uni' corde bris

1 l'est pour son envolée, rien que pour elle, que l pèr< vent écrire. Vivante, elle L'inspirait; morte, elle lui suggère de ces mots, de ces cris où tous les cœurs meurtris retrouveront un écho «le leur propre souffrance.

Souvenirs d'enfance, retours nostalj l'heureux passé évanoui, élans d'amour, de p d'amertume, cris de révolte contre l'aveugle i sible destinée.... Tout cela sorl a Bots de l'ame du . se presse sous sa plume, se transforme en strophes où vibre et pleure I éternelle blessui

Tantôt il s'adresse a ses frert reuve, les pè-

lerins de la voie douloureuse :

Vuiis UmaS i|ni Dieu |iril voln ctli IDCC,

Pères, mères, doal l'âme :• souffert m soi (france, Toul i-.- que j'éproutaUi l'avft-voui i Jr briser le Iront lui le pi >■■....

Tantôt il se reporte aux joies Bans nombre qu'il n'a assez savourées, qu'il n'a bien comprises qu'a] oir perdues :

...Ell» - me consulta il bu/ lool ;< tous moments.

I lli ! que rlo *nirK d'hiver r.-iriiiMi miK.

Pastel I raisonner longue, histoire cl graromeire, Mes quatre Garants groupés sur mes genoux, leur m< Tout près, quelques amis causant nu coio «lu Feu ! J'appelai* eetU nient de peu .'...

Avec une persistance déchirante, la souriante figure des premiers jours, la fillette adorée de jadis, passe et repasse dans sa mémoire :

O souvenirs ! Printemps 1 Aurore !

Doux rayon triste et réchauffant !...

Quand elle était petite encore, Que sa sœur était toute enfant....

Connaissez-vous sur la colline

Qui joint Montlignon à Saint-Leu,

Une terrasse qui s'incline

Entre un bois sombre et le ciel bleu ?

C'est là que nous vivions. — Pénètre, Mon cœur, dans ce passé charmant 1 — Je l'entendais sous ma fenêtre, Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée Sans bruit, de peur de m'éveiller ; Moi, je n'ouvrais pas ma croisée De peur de la faire envoler....

II revit ensuite la visite quotidienne de sa petite

fée:

Elle avait pris ce pli, dans son âge enfantin,

De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;

Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère;

Elle entrait, et disait : — Bonjour, mon petit père!...

II dit comment, « à travers ses songes sans nombre, ■» il écoutait son parler joyeux, ses rires, ses reparties naïves :

Nous jouiions toute la journée;

O jeux charmants 1 chers entretiens !

Voici maintenant le groupe inoubliable des deux petites sœurs inclinées sous l'abat-jour, confondant les tresses brunes avec les boucles blondes :

Li- soir, elle prenait ma Bible, Pour y faire «'-peler sa sœur ; Et, comme une lampe paisible, Elle éclairait ce jeune cœur.

Sur le saint livre que j'admire, Leurs yeux purs venaient se fixer ; Livre où l'une apprenait à lire.

Où l'autre apprenait à penser 1

Sur l'enfant, qui n'eût pas lu seule, Elle penchait son front charmant, Et l'on aurait dit une aïeule, Tant elle parlait doucement 1...

Oh ! sa fille, sa petite fille !... Il ne peut en détourner sa pensée ; il la revoit à toute minute, croit encore tenir sa main, se promener avec elle par les soirs constellés d'étoiles :

Quand la lune claire et sereine Brillait aux cieux, dans ces beaux mois, Comme nous allions dans la plaine 1 Comme nous courions dans les bois !

Puis, vers la lumière isolée, Etoilant le loçis obscur, Nous revenions par la vallée, En tournant le coin du vieux mur;

Nous revenions, cœurs pleins de flamme, En parlant des splendeurs du ciel ; Je composais cette jeune âme Comme l'abeille fait son miel,

rrivaut....

Contmi une U Malt

après nvoir pcinl sa Iticn-iiiin.'f sYbattant, joyeuse, daiM le jardin des Roche*, il en veut aux choses d'être

ratées ÛBmaabtanenl les mêmes, à la brise <lr- souffler .nissi iIoih-o. il s'indigne que les roses puissent refleurir encore, dans une joie* faite de tant d'oubli î »

\'. !■•• vqos bien ti oosar, fl roses I de renaitre, Dana le mine boeqoet, .-.(mis [« rrieaM (esêut .'...

D'autres Gens, c'est la jeune femme, h jeune femme heureuse, rayonnante, an bras de son mari tendrement énamouré, ijiii l'évoqufl pour le malheureux père :

...<> ohers ê '•>■ oa ne vone verra fOae

Marcher nu vrrl pelirlinnt des cntr:iii\ -lirvrhis,

Du us la mois du chansons, des aide ri des h las, Vous n'irez plus MRli -s!

n'irez plus cueillant <lo roses l

\'iiiii|.ini . C ""i' ta

Ife nom en ht : * au i

,1 tu bon, le s. u..- cal bcUc ! •»

u • • ■•- tSrnj chai ■• m d'emmi!

..i iai i . .ut plus : « i 'eal loi ! »

Les u. m - ne dironl pins : * C?eat elle 1 •

tin donc pourrait les lire sans en 6tre remua iusu fond de sou esrc, osa chants do douleur qui,

d'nliord, porleut presque tous le nom, la date du fatal

anniversaire : Villequier, 4 septembre iN'i'i, — Vil- Icrjuier, f\ septembre. r845, — Villequier, 4 septembre i84fi ?

C'est qoe, dès le retour du mois des larmes, Victor Hugo s'évade ; Il quitte tout ce qui le connaît; «seul, Sans voir, sans penser, sans parler, » laissant pleurer à la maison « la mère si le Bceur orphelines, » il tourne Caire le sombre, le douloureux pèlerinage au* prés de son enfant !

L'ég-lise do Villequier, d'un beau style simple et grave du quinzième siècle, veille sur le champ de L'éternel repos; le tombeau de Léopoldine est an centre, d'une grande concession de familli r.om| de |»lusieurs sépultures distinctes. Les vivants a

iqmré. ic que la mort avait, réuni; les jeunes mariés dut été ensevelis duns une seule bière, sous une seule croix. Sur le marbre on lit :

Page 1