PREMIÈRE PARTIE
La lutte.
Ces1 un de ces gentils ménages féminins, — mère
et Hlk-, — comme il s'en niche tant >■[ tant, sous les toits îles grandes villes. »>t (jui. dans leur cadre un
peu étroit, renferment do monda d'intimité paisible, de bonheur discret.
L'apnariemenl n'a que trois pièces, et des plus exî» #u&s encore, l'espace coûte ohe isl Mais le so-
leil i pénètn .1 Sots el semble se jouer avec complaisance sur les parquets briltoats, les meubles srranavec proùi. les bibelots sans valent qui donsenl I ce « home » en miniature un air de confort, de bon Mil dont on se sent réjoui dés l'entrée.
Ah î c'est que la maman, — M"" Nicollô, — b'j mi.-M.l commo pas une dans les boîds d ieui !
Vive, alerte, conservant, malgré ses cinquante ans passés, tout l'entrain de la jeunesse, elle va et vient, descend et remonte les cinq étages, fait son marché, déploie les qualités d'un cordon bleu émérite, frotte, astique, brosse, sans vouloir prendre un instant de repos.
Une fois son menace terminé, croyez-vous qu'elle va rester in active?
Point ! Elle a vite fait d'échanger ses vêtements d'usage contre la belle robe noire, garnie de jais, qui lui dure depuis des années ; elle s'installe dans l'embrasure d'une fenêtre, les pieds sur un tabouret, une vaste corbeille à ouvrage près d'elle.
C'est fantastique de voir le nombre de bas qu'elle trouve à raccommoder, de serviettes, de mouchoirs, de draps qui ont absolument besoin d'une pièce ou d'une reprise !
Pendant ce temps, sa fille s'est assise près de la table, devant une pile de livres et de cahiers.
Le grincement de sa plume, le bruit léger des feuillets qu'elle tourne un à un se mêle à la chanson argentine de l'aiguille, au tic-tac régulier de la pendule, au gazouillis intermittent des canaris familiers qui s'ébattent dans leur cage.
Quelquefois, la tôle grise ou la tête brune se redresse; les yeux des deux femmes se cherchent; on échange une réflexion, un sourire.... Puis, la mère se replonge bien vite dans sa couture, la fille dans sa leçon à préparer pour le lendemain.
Pendant qu'elle est penchée sur sa grammaire ou
son précis d'arithmétique, examinons une minute ce visage au teint mat, où le sourire facile de la Française contraste avec le regard sérieux des filles de la libre Hclvétie.
Dans les veines de Léontine Nicollc se mêle, en effet, le sang- de deux races.
Issue d'une bonne famille bourgeoise originaire du canton de Vaud, elle est née à Paris, le 22 octobre i8:>.2, — il y a de cela vingt-sept ans, au moment où commence cette histoire.
Son caractère, comme sa figure, se ressent de cette double hérédité.
Ferme et résolue, accoutumée à marcher droit au but, quel qu'il soit, dès qu'elle a reconnu que son devoir l'y appelle, elle n'en est pas moins une vraie Parisienne, sachant se parer avec un rien et aimant d'instinct toutes les délicatesses, toutes les élégances.
La beauté, dans quelque domaine que ce soit, — charme physique ou splendeur morale, — lui inspire un enthousiasme qui, pour être contenu, n'en pénètre que plus profondément dans son âme.
C'est une grande admiratrice de la nature. L'été, avec sa mère, elle passe d'habitude quelques semaines de vacances à Brévannes, un ravissant pays enfoui dans la verdure, à une heure de Paris; elle en rapporte des esquisses qui témoignent d'un joli talent artistique.
Elle est bonne musicienne et, en ce domaine, cherche encore à se perfectionner.
Elle a d'ailleurs reçu une solide instruction ; il le
i.ili.ni bien, puisqu'é là suite de rêvera de Portone elle a dO oootribner pour la plus large pari .'»<i bi
i H.- fois ses diplômes supérieurs ea mains, ell i ben bé ck - àlèves, et, chaleureusement recommandée pai le directrice du pensionnai où elle .1 passé plusieurs années, elle bu a trouvé sans peine.
Ce sont tontes des enfanta riches, filles de b quiers, d'officiers, d'avocats, qui rétribuent largement les leçons du jeune professeur.
Quelques-unes de ces fillettes sont, sans doute, dif- Qciles à dirigei Mais M" Ni<nll<' est mV «'ilii.nin,-.- . 'est un vrai don du ciel, — tout comme le génie! — et, ce talent précieux, elle a travaillé sans cesse à le cultiver, aussi rcmporte-t-elle souvent des vu r inespérée! sur des natures paresseuses ou n-belles.
Parmi ses élèves, oelle qu'elle préfère à tous les égards esl certainement la petite Olga Troékou une mignonne Russe do sept ans, dont le porc est diplomate, et qui habite avec sa famille un mervetlliùtel plein d'objets de prix, de richesses inestimables.
Ruse ci blonde, ave< de belles boui loi eu-
cadraol ^ Frimousse mutine, la fillette est toujours vêtue de blanc, des pieds à la tète, et porte iuvaria.>
■ni un rollJiT de [•crics Meurs, moins Meurs que
eux.
Elle Ml si si amusante dans son
iemorane. uchaute dans son d pprendroj
BUe ne disait pas deux mots de Français lorsque,
pour la première fois, Léonline l'a installée dans un cabinet garni ;i profusion de livres, d'images, de Beats, arrangé pour elles en salle (Fétndes, au premier étage de l'hôtel Proés iuvov.
A présent elle lit couramment, bal ceurjoie,
récite <i» fab un sentiment délicieux ■
4 Baie, D'ambitionné qu'Une récompense: c'est dé grimper sur les genoux de son institutrice, ses bras potelés auteur de sou cou ei d'implorei sa voix aux inflexions caressantes :
— nii ! Zi'tlr, racontes encore à Olga l'histoire do pauvre méehuut pel.it lapin, dites?
Tandis que les mésaventures do Jeannol le désobéiss.ini se déronlenl passionnantes, — al eboejue jour revui —il arrive parfois que la por-
tière se souleva-, livrant passage ï mi' femme jaune
■ ■<■<•., à la silliouetic élégante, rassemblant â trait, pour trait. Sa mère, la comtesse Troékour» Kl le vient juyer des progrès île l'enfant s'acooude un inatanl à la cheminée, pais, avec • un peu
condescendante de grande dame, elle adresse • Léon* tinc quelques mots aimable el ilans un bruissement BOVeus I I longl
laiasaol après alla un parfum subtil
Pour l'institutrice, i e dé mille
détails de luxe sonl un plaisi de • i ; ilu .
elle les sdmire, elle an jouit franchement el a
porte ni un regret . ni mu niiu-
fjii it-elle en-. iei , quand i - lit nid,
son ciHur, se fait si accueillant
là-Bas, où '•
i\ée?
Lee canaris la saluent de leurs plus brillâmes roulades; Carabas, le gro i de son coussin ri vicni en ronronnant se frotter sa jupe; la maman sort do la cuisine, sa figure «'■panouie, dans i b iup de Feu det dei ai) i - préparatifs :
— Ali! le voilà, petite! Arrive \ii<-, mois allait brûler. Ki. in sais, c'aurait été dommage, il v a une surprise
l 'ii s'installe en tète B Léte devant les deus coui disposés sur une r ette blanche; on savoure « la rise » en se racontant mille incidents d'un mprémâ intérêt; les oiseaux gazouillent éperdAna et Carabas, assis sur sa queue, feignant un délai ment complet des choses de ce monde, guet) yens mi-clos les reliefs qu'on ne manquera pas de lui servir....
ii ; ., un infini de bonheur dans ci mces
si humbles, cachées aux regards de tous I
L'amour, ce magicien incomparable, en Lraneforme las moindres devoirs, ensoleille les heures las plus grises, détruit toi barrières que la diffé-
rence d'éducation, de culture intellectuelle faire naître entre les deui femmes.
D'ailleurs, Léonline n'est pas de ces enfants, comme il y en s malheureusement trop, qui m irteraeot ou dans le secret de leur cœur, dédaignent les qui ont mis tout en œuvre pour aplanir devant eux la route de la vie. Elit m que, si elle est plus
instruite, plus raffinée que sa mén mère
>uée qu'elle le doit EU- conserve une reconnais-
pendâQt t;uil d'année »oi 'ii i- de g
sa vocation. A son tour, elle est heureuse de lui
remlre mi peu ilu bien :it[inses j
à elle.
La vailliini. fille se aenl utile, indispensable meme, dans le modeste intériear. Cette |> • en
sa prime jeunesse recueillie et studieuse ces envol vers le pays des rêves, d'où l'on revient le front cmpourpré, le sein palpitant. ..
Maintenant) ce serait bien tard ! Se vie .» pria une direction tonte différente. L'affection de sa mère rem*
j)lit son eirur. Son travail, ses livres suffisent ans I». - uns de son imagination <-t de son esprit.
Souvent, le soir, elle s'attarde long ueiui-nt à lire.
soûle éveillée dans le petit logie gai, dès le tombée de la brume, est verrouillé comme une citadelle. Cola, mi.' manie inoffensh a de M 1 Ni< ille . elle a une peoi affi • ambrioleurs I
InelJnee ilans la lumière POSe de l':il)iil-j<nii-. profil pensif se . leS9 niant plus nel sur le fond d'ombre
qui l'environne, la jeune Bile oublie lonl eu in. nul'-. s'oublie elle-même dans la .ion de ses au 1 ;
Dis Im'uics. dis heures el demie, onze bu s'éjrrènenl 8 la peu Iule .mis pouvoir t'arrachei lecture.
elle sa 1' q i : in d'an tçestc souple,
pooi !'<• * rni'i les contrer* d Mais, Une fois le croisée ouverte, elle >-orc
un j lier .1 la barre d'appui, rafraîchissant
fun \ isage nu souffle de la brise nocturne, contam-
I Km! te >ingulier tableau qui sYtaire SOUS ses yeux.
Des toii -ii-inyoladcde toit -.de c.he-
mânées et de girouettes, découpant à remporta-pièce leurs arêtes aiguës, montant à l'assaut les uns îles autres el prenant dans la nuit îles formes fantastiques.
Ça .-i la, trouanl las masses sombres, un point rouge (jn! clignote faiblement, — reflets lointains de
■ i u\ témoins
tètes, lampes de prières, lampes de souffrance, lampes d'études, lampes d'amour....
Au ciel passent, rapides, de lourdes nuées qui masquent et dévoilent tour a tour lo champ infini «les étoiles. La lune apparat! par instants, son rayon lisse dans l'espace el illumine, d'une clarté de légende, le décor des toits pressés.
Un ouage noir.... Tout retoud bras.
Alors M 1 ii Nicolle, sortant de sa méditation, pou un grand soupir qui dilate sa poitrine, tire les volets, les assujettit et rentre dans .sa chambrette tranquille, sans avoir entendu cel autre soupir remplissant la nuit : une rumeur confuse faite d'échos de fête rires, de sanglots, de cris de désespoir ou de révolte ; nu gémissement immense qui s'exhale du pavé de Paris, monte • I s'en vient mourir, comme un Ilot écumeux, au pied de sa tour d'ivoire....
Miln'cniciii, — c'était pendant l'hiver de i ■ — <lans ce train •!<• vie paisib.
coup dont il .'-tait impossible, sur le moment, d'voir les dramatiques conséquences.
A lu suit'- d'un refroidissement, M"" Nicolls lo mal.'nli
Bile si vive, si remuante, fa complète inaction.
Alors qu'elle ne poui ni lenir cinq pince, elle dut rester pendant de longue* heure», des journées interminables étendue immobile dans son lit, les mains désoeuvrées, l'espril lévori d'impatience •• d'ennui.... Quel rappli
Pas assez cultivée pour Irouver ses pensé ■-, mi inU rét et m ib la lec-
ture, ell<- w ••■•- mangeait loi sangs, «selon ion expression, deae voir ainsi réduite i ; impuissance.
Appelé par Léonti. ■ in du quartier, le
|K IVrcrusson, vint la voir pi laJeun
C'était un homme d'un certain Age, sec 'i llegtnat i 1 1 ii <- . Son visage aux tons de eu drédi la
grisonnant--, ses lèvres minces, que '><■ détontlail
mais un sourire, les lunettes scs M-iix noirs singulieremeal lit lui
ut l'air d'un magistral dani IV»
Il déclara, dt'-s .-a prenti- | ollfl
te, dont sa robuste constinpherail sus peine. Le danger lui semblait être plutôt d Stal d'agitation, nifiii qui hr-ii lait l.i malade (l'une lièvre ardi Lussi recon manda-t-il par-dessus toul de l'enta •l'un grand calme, physique et nu rai, el de incessants.
D< ts soins ' Ali ! ca n'était pas cela qui manquait à la ch&re femme! Jamais garde improvisés ne se montra pins patiente, plus dévoué* que Léondne.
Elle trouvai!. «Lui.-- son .irt'ec.tiiui pour sa mi mille ressources ingénieuses pour alléger sa pénible i âduakui
.lin- poni ses leçons, elle veillait à ce qu'an bon Fen brillai vif el clair dans sa cbem i elle plaçait à portée de sa main les médicaments pn -crits, lui laissait un journal illustré, installait Carabes lui le couvre-lit pour lui tenir compagnie.
Km rentrant, elle avait toujours, cachée dans >,t
fourrure, quelque surprise nouvelle, bouquet de vio- . ion 0e de put, de houx, voire même quel
luxe pour cas humbles! — uu piquet de fleura ds> iles, un brin de mimosa dont la m exquise a rail vite lait de transformel l'ati
phère alourdie de la rhambre de la malade.
La nuit, lu jeune fille .se relevait deux fois, I fois, dix fois pour répondre aux appels impati qui lui parvenaient de l'autre côté de la cloison. Car, il r.iui ii Sicolle, si f.t ,'u'elle se
portait Lien, avait perdu, avec sa santé, tout-
— sas -
bonne humeur. Bile ne cessai! de se plaindre, de ré- ■ iiuirKT. rend lit toi I pénible le rninis
<|ui' sa Bile remplissait près d'elle avec tant «.I amour.
— Pauvre, maman ! se disait Lcontine. c'est qu' n'a pas l'habitude de soulliir. Quand elle ira inieu\, «oui (■'•]. i B'efiacera comme un mauvais i
El elle vivait dans l'eapoii de > iraeni qui
rendrail .-i se mère sa sérénité* habituelle.
La convalescence tant attendoe aonna ei I hélas I elle ne devait pas ramener ):■ d d'aul
Le caractère de M"* Nicolle s'était décidément aigri, f-i moindre contrariété la mettait en Furattl la plongeait dans un abattement dont .sa jeune COBD pagne avait tontes les peines du monde à la tirer.
Les minutes heureuses d'expansion, île l'auserii's à ouverl se Faisajecl de plus en plus rares.
i tontine l'él iloa, si dur que cela lui sem-
tlât, à taire les difficultés qu'elle rencontrait
srdesru d mi»
quottdîennes qu'oc b : ; "'is en
fit.
Elle ne racontait à sa mère que ee nui pouvait la
■il -ii iu l* jaye ess nul de l'entraîner, pai
•npporler bravement les contrariétés de l'existence, mais elle dul bientôt reconnaître q
i le mai et effets désastreux.
— Ah! Sicolle, quoi malheur de
.1- ■inctirer dans cette hiirrihli' maisoul Les Voi
sont si grossiers, <-( la concierge !... Ce matin, comme je passais devant h toge, clic s'est détournée exprès
pour nu pas me saluer; je qui m a
de lui dira son fait !
1 la encore :
— < iinis-iu i|in' le crémier m» fait parer sept
ce broc de luit, ouij wp1 sous! El bien
qu'il ne Ec vend que «a à tout le monde, II ne verra plu- souvent la couleur de mon argent, celui-là!
— Voyons, voyons, maman ! intervenait Léontîne se faisant gentiment grondeuse, lu n'es ps
nable! Tu ouUirs onmne M""' Dupuni s'osl innnic' 1 complaisante pendant ta maladir, quand elle pai
près-midi prés de ••» avec sou trient. Elle ne l'aura pus aperçue ce matin, je parie! Quant nu lait, il a pcut-Otio monté de prix ; tout est tellement '-'lier, cet hiver, tu sais bien !
— Commun, toi aussi I interrompait violemm M BS Nicpllo pourpre de colore, les yeux atincelai Tu prends parti contre moi avec ces canailles! AL! j'aurais bien ■ 1 il m'en dooler !
Soudain son emportemenl tombait; elle s'a Sais: devant la laide, éclatait eo sanglots, — de ces j sanglota convulsifs d'enfant dont te cœur se brise.
— Mon Dieu! mon Dieu l qu'est-ce «pie j'ai d fait pour être si malheureuse? Tout le monde eal méchant pour moi, maintenant! Même ma Bile qui me renie! Personne ne m'aime plus, non, personnel
Bouleversée par ce désespoir, Léontîne, les larmes eux, s'agenouillait devant ell< , essayait d'i
ter les pauvres vieux doigta noueux qui se crispaient dans la chevelure grise, ai murmurait :
— Maman, chère maman I Calme-toi, je t'en i Mais la mère, se drossant, la repoussait, farouche :
— Va-t-en ! va-t-in ! Ingrate I hypocrite! tille, dénatnrée] Va. je ne suis pas la dupe -ie (es comédies ! Je sais trop bien ce que lu ïiii.s ol ce que to dis derrière mon «lus !
i scènes affligeantes se renouvelaient constam-
niirir.
Malveillante, agressive, la rétive semblait se plaire à faire naître des querelles aussi mesquines qne iiibles, ù vivre sur un pied de guerre perpétuel.
A tout, instant sortaient de ses lèvres d'injustes calomnies, des mots gi ■■■ i . jamais prononcés naguère, ei qui Froissaient se Bile dans sa di'-li.-.iir. .:• innée, comme dans son affection el son respect filial.
Profondément attristée, Léofttinc boit peu
è peu du paradis de jadis, devenu un enfer. Au risque d'être accueillie par des bordées de reproches, elle s'attardait exprès au dehors, faisait de longs détours
Dtranl des leçons auxquelles, malgré sa voloi elle a'apportaîl plus [e itrain qui I«-n rendaient
si intéressantes.
— Gomme Mademoiselle s changé! constataient •
Et les quelles les rwnfwmf plen-
vaiei une moue de lassitude :
— Pas amusante, bi in .' la pionne t
i Mi i sa, ces fillettes haut
ail sur le h inetîtuti icc ' Si é\U : pu de\ i
.■;irliait derrière smi sourin- :
; wrquoi, «m milieu d'un
rôp limande, sa voix se brisait loul Seule. Oltra. la tendre petite Olga, semblait ;;■ . | u prescience des peines de M 11 Nioolle Ja- Bkateellene s'était montrée an- ! LA en-
■■ Mie, pour qui ton devait maîtriser ses sentiments. Quand elle tenait i s genoux, qu'elle senlail ee petit cenur limant r. >s i' i u ire s.-i poitrine, quand i'
de lîi mignonne se tendaient, quêtanl un bai me il lui t'allnit lutter pour ne pas céder -'i l'atqni l'envahissait, enfouir son vii dans les belles boucles blondes éparses sur son èpauli . el pleurer, pleurer sans contrainte k ■ I trine* •toufFaientl i ihaque jour, les nus lom-
I • tôle. Elle vivait dans une appréhension oonliouelle, craignant à tout moment qu'on i oup de
'uséme i sui elle et se rap
clii'i le la destinée..,.
l'n matin. I rentrant de », enten-
dit en paseanl dans le couloir prononcer le nom d mère. Elle subissait, h son insu, I influci i uj-
çons morbides, de la méfiance toujours en éveil de
• celle-ci. Il n'en fallut pas davantage pour faire naître
son inquiétude. Elle ralentit le pas, tendit l'oreille :
— C'est comme je vous le dis, madame IJonncau, susurrait une voix de femme. M ino Nicollc m'a agonisée de sottises, parce que, soi-disant, j'avais secoué mon tapis sur sa fenêtre. Quelle mégère !
— Quelle vieille folle! C'est honteux! renchérit l'autre commère.
Comme un soufflet, ces paroles triviales avaient fait jaillir le rouge aux joues de Léontine. Mais qu'aurait-cllc pu répondre à ces griefs trop justifié*? Plus lasse, plus triste qu'à l'habitude, elle gravit lentement les cinq étages, s arrêtant A chaque palier pour respirer, se demandant angoissée, à mesure qu'elle approchait du but : « Qu'est-ce qui m'attend encore aujourd'hui? »
A son grand soulagement, sa mère ne semblait pas conserver d'impression fâcheuse de l'altercation qui avait diî se produire. Kl le avait, nu contraire, un petit air malin, mystérieusement, satisfait, qui rat»* pela à la nouvelle arrivante les « surprises » i\n temps passé et lui fit espérer, en un éclair, que le pli des anciennes habitudes allait, reprendre....
Pourtant le couvert n'était pas mis, aucun fumet, appétissant ne parvenait «le la cuisine.
La jeune fille enleva son manteau, son chapeau, ses gants, attendit les explications qui n'arrivaient pas, jeta un coup d\eil furlif vers la pendule, se décida enfin à demander :
En !•• déjeuner, maman? Sera-t-ij bieniol prêt? rde, il est midi et demie ! Vaux-tu que je t'aide !
— Ni. us DU déjeunons pas aujon ril"li n i T répondît
IW""- Nicolle simplement.
LéoiUioi crul qu'elle plaisantait, leva lia sourire intri|
— Ta ne sais pas? ajouta la mère d'un ton de confidence, j'aj bien employé ma matinée! Je suis allée chez le préfet de police, qui ■ aimable; il
m'.i promis ilt- l'aire "iiillolincr tous les voisins ipii
n'étaient pas convenables avec moi. En revenant, m trouvé deux cambrioleurs ici. Je te l'avais toujours dil i|u'on en voulait à nos petites épargnes! Mais je me sni- Mou vengée, va I J'ai enfermé l'un dans l'armoire à place, l'autre est en train -l<- rôtir dans la cuisinière, c'est pour cela qu i T ai pas préparé le déjeuner....
Le jeuoe Bile avnii l'ait un pus en arrière, comme une morte, les paupières élargies démesurée
menti elle fixait, éperdue, le visaye reposé i-t souriant
de sa mère, fouillail sou regard sans parvenir à i contrer une i> osée qui répondit à sa pensée, une Ame qui répondit & son âme. Cette femme qu'elle vi là, elle ne la reconnaissait plus !
Subitement, une phrase entendue tout à II vint à son esprit bouleversé: «Quelle vieille follet...» \ii' Dieu!... Elle étouffa un cri d'épouvantable torture, eut encore la force de se raidit . de balbutie! :
— Bien, maman, je > contente I ou quelque chose d'approchant.
l'ui-, | ■ l m . Bill
Fuit dans <a chambre, lonna un lonr de clef et il.i sur .son lit. comme une pas Jamais etle ne lut combien de temps elle é tée ainsi. De longs frissons La secouaient des pieds é l,i tête ; le sang beltail k i lui sembla il
produire a a brtril rormidable. I rdail les bi
ssaii : « Oh! Boa! non) non! » comme si elle pu, '-ii repoussant le ma!beur, le forcer h :
1er!
Elle Bvail enKn compris I L'épuisement cérébral produit par la maladie de .M " Nicolle, les brusquée - banaremeats d'humeur, I- ac es in tisonnés de i
1ère '|ni préparaient la catastrophe depuis des semaines, sans qu'elle s'en doutai !
Quel i tTondrement, el dans quel abtmel Kilo en .-iviiu te vertige. Sa propre pensée, a i i m l'aiguill d'une boussole qui ■< perdu sa direction, tourbillonnait dans mu ronde effrénée. Tanl de bonheur dé»
tniit (l'un seul COUO ! « ' Dieu ! Ai i iv.-t-il % i ;■ i mi-ii i
choses pareille ■■■ ainsi que les mères quittent
enfants? Al: . i >l ai roulemenl subit
dotant de Force, d'activité, de bonne humeur allé il donc pour celé qne se mère était devenue >i
méchant) nY'lnit pus s;i l.-uitr ' I Mi !
maman, pauvre maman Ui tête enfouie dans son oreiller. Léontine pteurail
i I ,1 m lurrriil m r.'si-ilildc,
emportaient tout
cœurs ara laisaanl plus qu'une hnn
aum i
■ ■; . qui la subra mit.... Mère
chérie, mère bien-ti kh! comme il all.iii ralloir
VCJUCT
elle! Subitement, ta jeune femme se découvrait u i puissance de tendresse, d'énergie, do rorua m<
[u'ici. Pendant p Dgtrhuit
I e petite fille obéissante et soumise sa t«
de ni.-iii roelloi elle :iv:iii laissé aa coi peu-
iii h n .. :.iirir pour deux, vouloir pour deux....
rôles ae pi i mi perdarl son point
d'appui, son soutien, son guida; étourdie • lu coup,
elle Hvail chancelé un instant; mais déjà elli
aisiasait, •■ allante, se sentant devenue à son tour le
s/uido el l'iippui de su mère.... i ae tâche immense
ni ,"i elle. Ei m. nie ell ■ elle
entière. Désormais elle s ji consacrerait
ri A esprit et pensée. Et, peut-être^ — quel
espoir au milieu de ce - peut-être,
a For^o d'amour, triompherait-elle du mal, rend] elle é la malade l'intelligence, la raison perde
Elle fournil convulsivement les mains, se laissa
g-lissi i a m pied de son lit rmura ce mot,
le seule prière que nous puisse
moments semblables : « Mon Dieul » puis se I résojue.
l'n courage surhumain lui semblait courir, un Suide merveilleux, tiens ses nerfs tendus rompre.
Elle li--s;i gea n on
u effacer les ti de son agi-
ii.nl la porlc et pénétra dans la >;ill<- à
ÎIMI1
\l iiif ' Nicolle ôtail assises sa placé habituelle, p do la fenêtre, oooapée .1 déchiqueter â coupa de ciseaux un bas terminé la voiDe.
Elle était calme, mais l'altération de ses traits prouvait l'épuisement t|u'ell«' devail éproui ces longues heures déjeune volontaire.
— Maman, dit Léontîne d'une voix qu'elle s'effbr- -,iit de fendra naturelle, j'ai Rsnd'faim, in saisi Viens, nous allons bien vite préparera nous dons le déjeuner....
— Non ! Son ! inteirompil lu pauvre démente, obstinée dans son idée Rxo. Je te U- défends] Pas de
aujourd'hui I Léontîne restaU perplexe, se demaodanl avec anse comment plier cette volonté sans la briser — Une subite intuition l'illumina. Son amour filial lui inspirait, du premier coup, la seule ligne de conduite puisse être efficace. Elle approu 1
— Comme lu voudras, cela m'est éa uni : "M - pas, mai lions dîner !
M 1 » 1 '' Nicolle lava la tête, la regarda curieusement, cherchant .1 surprendre une arriére-pensée ; le v< grave r\ convaincue, elle se rassura, eut un sourire de satiafaelîop puérile, répondil :
— 1 >ui , je veux b
&Iors, dans un élan indicible, Léontîne loi ouvrit les bras; elle enlaça cette forme indiff
de «le tout ce qu'aile avait chéri jadis
•m g ..iil. ,1 une mill* de sa in
ieol,
fol un da ces dramee béroYquofl et i i i nia chaque jour loîa du bruit, loin
de la roule, loin des approbations amies qui sou
ii -ni. ; eut.
Pou» restai la plus possible auprès de M Nîcolle, la jeune institutrice renonça à la plupart Je ses élèves, ulement lei leçons d'Olga, une ou doua autres encore, iu<u !••>» plus lyréables, mais les mietu Força d'économies, cela suffirait....
Surmontant la peu de goût qu'elle avait pou ménage al las soins de l'intérieur, elle continu
m l'apprentissage commencé pendant. I« maladie mare, int de plus en plus celle-ci dos
occupations qu'elle était devenue incapable de mener à bien.
Non seulement -.1 rompa^ue ne lui apportait aucune aille, mais souvent elle était une gène, une entrave pénible à la jeune ménagère.
Plus d'une fois. In pauvre Léon li ne trouva le eon- I. la botte à épingles éparpillé «Ions la chambre qu'elle venait de balayer, ou celui du pot dans le potage prêt à être servi....
Jamais nu mouvement d'impatience, de colère ne lui échappa. Par un prodige d'énergie, aile arrivait à rester tranquille et sereine, se prétait complaisant-
ment aux lubies inoffensives de la malheureuse femme, la détournait, par la persuasion, des fantaisies ipii auraient pu devenir dangereuses.
Somme tonte, M"* Nicolte subit d'abord d'à bonne grâce la protection, la surveillance eoast de sa fille. Bile consentit & faire, appuyée sur son
bras, quelques promenades qui semblèrent • I-' r. in 1 r.-
i i |. j son esprit fiévreux. Des lueurs de lucidité' reparurent par intervalles; aile eut pour Léantioe des petites phrases câlines, des caresses même, qui Krenl palpiter de joie et d'espoir la poitrine de la jeune fille.
M 11 '' Nicolle avait demandé an docteur FergUSSOU, apppûlâ le soir de la catnstrup!
— N'est-ce pas, ce n'etl qu'une crise passagère? J'en aurai bien vite raison. Vous voyez comme je l'ai calmée, ee matin ! Depuis, elle a fait tout ce que j'ai voulu. Maintenant queje«ir*,je t'amènerai à nn'écou*
ans qu'elle s'en aperçoive — Dites-moi que je la guérirai, je vous en prie !
•\ travers ses lunettes d'or, le praticien regarda ce jeune visage, ■ mpreiul d'une ferveur d'enthousias qui se levait vers lui. anxieux el suppliant. Si habitué qu'il fût aux dévouements suis phrases qu'il rencon-
traït i chaque pas dans sa carrière, il sentit passée an loi le souffle d'une émotion fugitive. tarés tout, la foi accomplit des miracles! E n pua la
force de détromper ce généreux optimisme, presque
gagné par tant de confiance, il murmura :
— Peut- - ii
C'est sur ce « peut-être I » que la jeune lille vivail
su -
depuis des semaines, se le répétant tout Lis, y puisant, bu lui- el A d i besoin - sas inspira nouvel les, entraînée en avant par n ne le soldat fatigué de la route l'est par une note «le ; ron....
Mais, bientôt, I- mal parut s'aggraver. L'esprit ie fourvoyait ili- plus on plus. Les peu devenaient ira ficelle s'obstinait dans
des caprices insensés. Il faltail & Léootioe uns vol' peu commuas pour dominer encore cette imagination laquelle, — elle s'en aperçut avec é|
de, — son empira ails l i affaiblissant,
Ce rut nue nouvelle étape de soo eh. -min de croix.
En partant pour ses leçons, elle cachait les allumettes, 1rs couteaux, faisait U sa mère mille recommandations minutieuses, lui fixait une tâche de turc pour l'occuper jusqu'à son retour.
Pendant tout le temps que durait son ah»
vie était suspendue.
Tandis qu'elle expliquait ;'■ ses fillettes l'emploi du subjonctif ou l'accord du participe, cette pensée là poursuivait, lancinante, entrant danssonco*ur comme une pointe signe - : « Mon Dieu ! si elle allait par I !»
Libre entia, elle rentrait en courant presque, haletante &t lassée, oe reconnaissant plus la silhoo amaigrie qui se profilait sur son glaces «les magasins. D'un g-est lai, elle
cbaîl d'avance dans la poche de sa robe la clef qui lui ïervî & mettre s;i malade en sflreté, et que sa
main, tâtonnante I angoî œe, pa h peine & Paire
jouer laça la
Leur entourage avait commencé par admirer hanl cette courageuse Bile. <juï se consacraii .
avec un si complet oubli d'eUe-méme. Tant que son abnégation ne gêna persoane, on n*j vit piea à
redirr. Mais la démeiile ■ 111 îles éveils sauvai-;." de su
uni iiro déchaînée. Ua j '. elle parvînt è échapper é
la \ igilance «le sa gardienne, descendît menacer quel* que ancienne ennemie qui avait semblé mettre en doute que sa Bile donnai dis leçons « chez une vraie comtesse ! » Lé intine dut la ramener de Force, tandis •qu'elle se débattait, écornante, 6 . el que, der-
rièreeUes, les femmes riaient dans la cour .-Une autre fois, un on tend il dans I.- logement un fracas de meulilrs renversés, de vitres volant en éclats. Des cris de fauve troublaient la maison et effrayaient les enfants., qui Uotissaient leurs visages apeuré-s dans les ji de leurs mères. Lea voisins perdirent patiena
Uo après-midi, Léon ti ne r.orrijî-eail <\r< rabiers. : .
perdre de vue M™ Nicolle, quand elle entendit la sonnette vibrer à leur porte. Surprise, car déjà lea rares amis d'autrefois avàienl oublié le chemin de leur logis, elle ail» ouvrir. - et resta saisie à l'apparition de la maigre silhouette et du visage ascétique du D 1 Pergusson.
Elle ne l'avait pas fait demander. Tout prea-
, elle l'entendit vaguement expliquer que passant dans tes environs, il était venu prendre des nouvelles de sa malade,
t.ï-tait bien simple, mais la jeune fille ni l.i <cititttde douloureuse qu'il taisait une partie dp 1;
Elle l'introduisit près de sa mère. Celle-ci, par hasard, était d'une humant charmante : elle lit très bol
accueil au médecin cl le prit pour conlident de ses. ■ ! plus récents avec un photographe fabrirnnl ih' liomhes du boulevard Montmartre.
Après dix minutes d'entretien, M. Fergusson se leva, prit congé, reconduit par Léontini IC fois
dans rentrée, il se retourna vers la jeune tille. Il ne lui dit rien ; il n'avait besoin de rien dire ! .Son regard • et ferme n'étail que trop '-loquent! M" Nicolle y lut l'arrêt terrible qui hantait ses jours et ses nuits. l'-ll B eut un sursaut de révolte :
— Oh l QOTJj docteur ! Pas rein ! Pas cela !
El indignée, éperdue, songeant pourtant a étouffer ses éclats de voix pour qu'ils ne parvinssent pas de l'autre côté de la cloison :
— .Ah! .le pensais Lien qu'on vous avait pi • Mais vous n'allez pas l'emmener ! Personne n'en a le droit d'abord ! Qu'on essaie seulement, on verra ! Qui doue pourrait l'aimer autant que je l'aime, la soigner comme je le fais? .Je vous assure qu'il y s des jours où elle est très raisonnable I Si les gens se Mènent, nous partirons. Nous nous cacherons dans un coin perdu ; j'irais en la portant dans mes bras jusqu'au bout du monde! Elle mourrait sans moi, et m>>: mourrais sans elle. Je ne me plains pas, je ne demande rien, nous sommes ensemble ' Je ne veux pas qu'on me la prenue ! Je ne veux pas !
Très calme, le médecin avait la de paroles. Quand la jeune fille se tut, à bout de souffle, il la regarde bien bd Face, et, le ton bref, t'aû plue que jamais d'un justicier, interrogea :
— Pouvez- vous encore la garder?
Lèentine tressaillit devant cette question nette et tranchante comme le coupant d'un glaive, fixa son interlocuteur avec dos yeux effarée.... Et, subitement,
toute son exaltation l'abandonna. Son imputas
sa faibleese, l'inutilité de tant d'efforts lui apparurent; un immense découragement s'empara d'elle; la tension morale ei physique ijui la soutenait depuis des mois se rompît tout à coup, la laissant pantelante
et brieéei 5ee genoux fléchirent; elle dul s'adosseï au mur pour ne pas tomber. La tête basse, d'une voi\ à |).'ioc |i>oci-|itible, elle avoua :
— Non, je ne peux plus !
étranglait dans si •■■■ Le docteur
vit qu'il l'avait amenée an point voulu. Alors, quittant sa raideur «le commande, il posa la main sur l'épaule de I;' jeune fille, d'un (reste paternel,
— Je vous ai fait mal? • 1 i i— î 1 'l'une voix radoucie.
Ne m'en veuille/: pas. C'est une des dure
de notre métier, vovez-voufl : blesser pool guérir....
Vous (Mes une vaillante ; c'est parce une je vous ai
appréciée à votre juste valeur que je vous ai I:
jusqu'ici votre malade Vbnaaves fait pour elle plus que vous ne dévie/, et — vous le constatez voue»
M, — plus que vous ne ponvioc. Soyez courait devant ce nouv.au sacrifice ! M m * Nicolle est atteinte
lied- la |n-iNt'i iili.in. Si dos soin -ents
av.ii-nl pu la ffuérJr, ollû serait ilcja rrinisr; niais. au
contraire, son état s'est beaucoup aggravé depuis ma dernière trîaito 3 rotre mèra constitue nu danger pour
louf li' monde, pour voua, pour elle-même; el le nul
ira toujours en empirant, si ("on in- L'arrête DUS tout
de mite. La meilleure preuve d'amour ijue vous siez lui donner maintenant, c'est de la placer — pendant quelque temps du moins, — dan* un asile spécial, a Salpétrière, par exemple. Un irakameni méthodique, une atmosphère ouatée de calme, de silence, voilà la seule chance d'amélioration qui lui reste.....
Lniniiiif avait écouté, les main tes, aban
nées le long de sa jupe. Kilo n'avait pas fait un n
ni, mais de grosses larmes. lentes ci Lourdos, roulaient une à une sm ses joues pâlû veux
dilatés entrevoyaient vaguement les chromos, les images en couleurs qui bariolaient le mur du > bule, où elle 1rs avait disposés quelques mois auparavant avec sa mère.... t'ii! il > avait si longtemps ! si longtemps ! Bile se sentait épuisée, lasse a mourir ; cependant, aux derniers mots de M. Fi elle
eut un nouvel élan de tout son être :
— l'u asile! Vous voulez dire la maison des f" l mil le monde sail bien ce qui s\ pai Ma pauvre aimée livrée a des gardes indifférent brutales, qui la rudoieront, In frapperont peut-êt Ni- plus la voir! Ne [dus l'entendre ' Savoir qu'elle crie, • débat, m'appelle entre les murs .le sa prison! Ali ' plutôt m'\ enfermer aussi avec elle!
Et, saisie d'une ici • subite
— Oh 1 "ui. docteur I Puisqu'il faut la pren* prenez-nous ensemble ! Kll»* aura besoin d'une infirmière. Eh bien, cette infirmière, pourquoi oa serait-ce jkis moi? Je veux fetre là] ii son Bôié, pouvoir lai parler, lui sourire, lui chanter inifi bas ces airs nui apai>
-;«'s plus grandes crises ' Je supporterai louli I BCCcplerai tout pour rester avec elle ! le suis jeune, je suis forte. Voua avea dil (rue j'étais intelligente, que je sa bien m'y prendre pour la soigner;
pensez donc eouuna je pou raii h - '
Et puis, il y a des gardie ••• des servantes fa
ferai les plus gros ouvrages, cens qui répugnent h tout le monde, je laverai le linge, je nettoierai les chambres, je travaillerai tanl qu'on voudra, s toul ce qu'on voudra, je ne réclamerai jamais, je serai près d'elle ! ( ' docteur! au nom <!-• votre mn-e à vous. <[<■ Ja maman de quand vous étiez petit, ayea pitié de moi ' Usez de votre influencer Vous, un médecin,
VOUS Bave/ nimmcnl on foire les portos, 1rs m-ius ;'i
s'ouvrir. Vous direz : « C'esl une pauvre fille ipii ne vcul pas qu'on lo> prenne si mère, ri qui déchirerai!
les murs avec ses i ou l'empêchait d'entrer! »
M. I ni passait al repassait les doigts dans
ses Favoris gris, d'un geste qui, pour ses intimes, au rail ir.ilii l'émotion qu'il s'efforçait de dissimuler.
— J'ai vu souvint dea mères qui davenaienl des lionnes pour protégci leurs enfants, dit-il, mai n'ai jamais rencontré d'enfants qui mettent votre indomptable volonté pour défendre leur mère.... I
comptez sur moi, Je connais parraiteinoal le <li-
<:<■ la Salpêtrifi Un parler de vou*. Il
faut que la ni ml. m. lis je
mettrai tout en couvre pour que vous paissiez bientôt
l.i i !•(■ il mil c. à quelque titre que 06 SOÎI !
— Vrai? Bien vrai? bégaye Léontiee, sentent
milieu de son immense douleur, une lueur de joue navrée, s'infiltrer en elle. Que vous êtes Et, s'accrocaanl de toutes ses Forces à cette pen me un naufragé & sa planche de salut :
— Vont réussirez, n'est-ce pas? Après tout, il a là-dedans rien d'impossible! On ne vous refu pas, à vous! Gels se fera tool de suite! Maie., vous
édites pas cela pour que je la laisse emmener? Vous me ferez, prendre aussi, bien sur"/ v.uis me le jurez! ''
— Je vous le promets, aftirma-t-il simplement. Dans celle réponse, il mit tant de force, de vé
persuasive que la jeune h'Ile comprit qu'elle pouvait avoir confiance; elle courba la tfite, d'un mouvement lassé qui acceptait l'inévitable, et, vaincu* inloiina.
Lee jours qui suivirenl le départ de M**NicoHe —
qu'une voiture, envoyée spécialement, avail pu emmener sens esclandre, — furenl atroces pour Léonline. Le printemps revenait, apportant avec 1m toutes les douces choses qui le rendent si adorable, m dans les Faubourgs populeux des cm
- SS3 se il nsod • nuages d'une
bJancbeu le. De brusques giboulées tan
rinoient aux fenêtres, bien vite séchées pu l'éclat «le rire jeu nv et radieux du soleil. Au bord des goutineaux afl les battantes et plumes
eut, i maient leurs bruyants conciliabules branches de lîlaa, tl<- giroflées apparaissaient dans les voiturettas ou !>•< panû fleuristes ambulaa
leurs parfums grisants flottaient dans l'air Une brise
légère soufflait jwr bouffées ttant des roses aux
des jeunes filles, emplissant toutes les poito d'un renouveau d'entrain, de vaillanoei d'espoir, de bonbeui
Pour la première luis. M"* Nicolle passait, indifférente, .m milieu da ta grande Fête nnireroelle. Pair moments môme, toute cette n;u'ié lui Faisait mal, elle contrastait si douloureusement avec le deuil d ■ pensées !
Depuis qu'on lui avait enlevé sa malade, il avait plus, dans sou existent s désemparée, qu'un but. une i«!''"' i .-■
Presque chaque soiri sa demie le «d mini l'omnibus, elle se faisait conduire *1 u côté de I :* SalpèMrière.
Elle n'avait pu encore • i toétrer, car le région Formel, les aliénée ne doivent recevoir aucune visite durant les premiers jours do leur internement, un un aimant irrésistible l'attirait vers ces hauts
l'aspect de < itadelle, qui. 1 1 ta sous Louis XIII, m mal pero
jilusiciii's siècles avant de recevoir leur nouvelle et iaelioa.
Etlerâdail !
uoe criminelle, épiant anxieusement les bruits de iroix, l«*s échos qui lui arrivaient par intervalles, suivant tes allées el venues des gens deservice qu'elle apercevait de loin s'engouffranl sous le porche, lea veux ci le fn'iir rivés sur ces mu r.iilli s impassibles ipii l.'i séparaient do sa mère
Parfois, daos une effusion soudaine de loute sa tendresse, de toul son désespoir, elle tendait les l»ras vers la sinistre Forteresse, gémissant te nom béni qui sa pose sur nos pires meurtrissures comme un baume ïnofl'it ! >i> • : sûhl maman... maman I... »
Elle aurait voulu rester là unit ol jour, pour dormir sur le pavé, ne jai >ai rentrer dan logement on chaque meuble, chaque recoin lui pai [ail de l'absente, mais pour lui Faire sentir plus cruellement la ville qu'elle avait laissé.
Le double supplice de ta solitude et du silence j pesait in aile d'un poids écrasant, La vue d'une robe de su mère, suspendue & .s;t place habituelle au p< manteau, et conservant encore la Forme Familière, la
uvrrtc il un petit mi\ rn^-r il';ii» uillr ijn.- s:i compagne avait laissé inachevé, ramenaient des floti souvenirs avec des torrents de larmes. Les miaukments plaintifs dont Carabes accueillait son retour, lui reprochanl •< --;i manière le vide et l'abandon de l'appartement désert, Faisa agioter la pauvre
fille. La nuit, eu entendant le craquement di
semblant crier sous pu pas Dicn connu, '-ne se -'•ait en sursaut, l'oreille tendi folle attente *)>-• bonheur qui ire nu peu tin
Irêve, et sur lequel passe aussitôt le souffle gla< ia! et mi de la réalité.. ..
KM»- né- dormait plus; elle De se sentait plus te coude préparer et de prendre ses repas solitai elle, si éprise de choses élégantes et jolies, a'avail te plus lu force de • parecj d'arborer les toilettes pria tanières qui le mois de mai, en s'a . ren-
dait indispensables....
i oe seule pensée l.-i portait, ia soutenait, lui reniii les journées possibles : la promesse du I)' Pet ismhi. Elle j croyait ardemment : elle voulait à croire, parée qu'elle sentait bien Que, si cei espoir l'abandonnait, il n\ aurait plus rien pour
tee monde que le désert et la onil Il lui avait
lit, qu'il lui ferait rot mère Elle
pas : elle attendait
ail le jour de la leçon d I Uga. M 1 '* Nicoli<-. arrivée ;'' l'hôtel Troékourov, allait dans la salle d'études, lorsqu'un velel de chamb rvançani fi se rencontre, l'aborchi ea lui
«lisant que « M" 1 ' la comtesse • désirait lui pari ni de bien vroul -■ son boudoi
ne porte dissimulée |> de tapissi rer.
Ls pièce où «-Il t. tonte il la minée pa
iris du snleil prinliiiiici , était COquell
s de cristal posés un peu partout el ; ni de longues liges fi files de mai ■ bei s minaudant a r«bri d'uoa vitrî
e&us desquels la II bi i-
ics. haut métier A brodei protég le de mousseline,
qui laissait transparaître, en les al
uanoes rq leau — Tout, jus'! ubtil parfum d'iris ijui im-
i;ni l'almospbère, révélait 1rs g-odts raffiné lu " de tnaiso
Celli ne d'un déshabillé de si an-
frelttchi t de côté le roman qi
lisait, ii i le la nouvelle venue, el leva eut elk
; eemcnl ou> a ls, un peu dépou d'expression, i omme ions ceux de
— \h ! mademoiselle Nieolle, fit-elle de « vois de Slavi presque chantante. Je vous attendais. Veuil
D'un p . main Bne, trop charg* de ba-
Bfues, elle indiquait à la jeune fille une pissei i Ster aux prélimi-
— J'ai i •-. madem tîselle
Ou plutôt le avec un bienveillant sourire.
«m servi* e à i nander. \ oilà de quoi il •- i
- 2Ô7 — M. Troékonrov vient d'obtenir mi poste diplomatique,
à Rome, ou, pour de Eamille, nous désirions
depuis longtemps nous fixer. C'est tops dire que n tua allons quitter la France, mais attendez.... Je serais désolée que ma fil !•■ abandonnât ses éludes de fran- . vous avez sa les lui rendre si intéressantes qu'elle tes aime beaucoup.... F.t elle oîme encore i son professeur! Alors, j'^ii pensé à un.' chose.... V ou lez-vi iik nous accompagner?
Et. comme Léouline restait stupéfaite devant c question inattendue :
— Je devine ce que vous aile/ dire. msdemoi>- lk. avez d'autres leçons que celle d'Olga.... Mais, si
vous consente à venir ivec mous en Italie, j
de vous dédommager du ce que vous perdes. Vous
fixerez vous-même vos conditions, tenez; ce sera plus
simple.... Il est bien entendu que vous série/ seulement l'institutrice, la compagne de ma fille; sou .unie aussi, j'espère.... Non-, emmenons sa bonne allemande, i|ni se inel Irait il votre disposition [unir son Service, ainsi vous jouiriez île la |)lus grands fil possible....
Léouline avait enfin compris! Mais cette proposition lui ouvrait des borizonssi nouveaux, si in. vus qu'elle n'arrivait pas » formuler on <■ tonse. Bile balbutia :
— Je vous remercie, madame. Votre offre m'ho . me touche beaucoup. , mais., [i
puis accepter.... Ma mère....
De l'étal de M""' Nicolle, des affres subies depuis
OMIIHI» 17
ùver dernier, eJle n'avait jamais parlé IU dehors, étirai de ces Ames Hères qui s'enveloppent d'instinct
dans leur pudeur, et qui souffrent d'une profanation
lorsque de* regards indifférents affleurent leurs sentiments les plus intimes....
M» Trnékimrov leva ses sourcils délia
] illlirs.
— Votre mire? Ah! oui, je sais, vous vivez avec
• lie — Mil bien, Iniics-lui comprendre les ,:• que vous auriez toutes les deux à accepter cette o binaison. Il s'agil d'une affaire de quelques ann Une Fois l'éducation <]<■ votre élève terminée, vous
n'auriez .-.mus ilmiti- pi is besoin devons préoccuper de liivrnir.... L'Italie n'est pas le iioul «lu monde, au
contraire! A voire Age, vous trouvères certainement
uutuul de prolit que de plaisir à v faire un séjour. Vous disposerez de vacances pour visiter vos parents
et amis.... Ne brusque/, pas votre déciai chère
mademoiselle. Causez de tout cela avec voire mère ei revanes dans deira ou trois jours me donner votre réponse. Si c'est oui, je vuus demanderais d'en lier eu li iin lions If mois prochain. Nous ne devons étl Romequ'en octobre, mais nous projetons de prendre le chemin des écoliers et de visiter eu passunt la Stti "i nous chercherons une villa au bord du Léman pour rester une partie de l'été, puis nous 'nous à V*ea Vérone, l'arme, (iëncs, Florence, Livoume — Dans le silence moelleux de l'apparlemcnl capitonné, ces mots magiques s'e ai comme un ruissellement de lumière. . ..
Voyant que la jeune fille se taisait. M 111 ' - Troékourov se leva, et, d'un geste attable, lui tendant la main :
— Je vous ronds I votre élève, mademoiselle; cil»; doit vous attendre avec grande impatience. Aile/ donc, mais laissez-moi vous dire encore quel bonheur, quel repos ce sérail pour moi de vous confier ma petite Olga....
Maintenant, Léontiue se retrouvait dans la salle d'études où la fillette, surexcitée à l'annonce du prochain voyage qu'on lui avait appris le matin, ne pouvait tenir en place et entremêlait la récitation de sa fable des commentairea les plus imprévus, « Uni> dèi leur» jaunes ans.
D'illlr milllir iV.H.TTIiOlc .... »
— Oh! Zelle, Zelle, que je suis contente! J'ai envie d'aller chercher une mails dans le grenier pour mettre dedans mes poupées, mes robes, mon chocolat, mes oiseaux et partir tout de suite, (ont de suite, aujourd'hui ! V.u mo fait si grand plaisir de demeurer à Rome! Vous verrez comme c'est I"
J'y ai été une fois quand j'étais encore enfant, je me rappelle trè.s bien, il y a tante Yvn et OOCle Gtcvamii, cl mes petites cousines, Mira et K\a, qui sont
des amours; ils demeurent dans une grande belle
100 blanche, avec des jets d'eau et des uraiigers tout pleins d'oronges
— Olga, ma mignonne, von
quand nous aurons fini votre leçon ! Reprenez fable, voyons I
— Oui, je sais :
« D'UBC SB '•'•' ' raii.Tiwllr.
l'n fopin, nnr sarcrllo.... »
— Go n'est DOS joli les sarcelles, j'aime 1 . i i? 1 1 mieux
tes pigeons. Vous verres comme il y en u des masses A Venise I Ils volent, vol. -m m grands cercles, ils ne sont pas du tout farouches, je leur ai donné du grain dans ma main et ils sont venus le manger.... (Test comme en Suisse, les cygnes qui passent sur les lacs, mi 1rs appelle .iu Itord eu leur jetant du pain et ils arrivent en battant des ailes, vous verrez —
— Mur- l il ■-. interrompit M 11, Nicolle arrêtant le petits Russe i son dixième « vous verrez, » tranquille et. convaincu., je ne verrai peut-être rien de tout cela, j'en ai beaucoup de peine, mais je ne crois pas que je puisse aller avec vous....
Tout étonnée, — car c'était sans doute la première fois de sa vie que l'idée qu'on pût lui refuser quelque chose se présentait à son esprit. — l'enfant leva sur l'Ile ses grands veux incrédules. Par cette merveilleuse prescience qu'ont quelquefois les petits. vît-elle se refléter sur le visage 'le son institutrice les sentiments qui lxmleversaieut sou être? Toujours estil que, quittant sa place d'un l»nnd, d'une de ces impulsions dont elle était emiluinière, elle viril se perûhet sur U)8 genoux île la jeune Bile,
— Okl Zelle, méchante Zelle qui fait du chagrina I M^a ! disait-elle en secouant la tète d'un mOUVOmenl de reproche tellement énergique que ses belles bou< I. s
blondes s'enroulaient aux perles bleues de son collier. VOUS aile/, venir, dites V Je vous en prie! Je serai
sage, sage, sage, et je vous obéirai 1res bien, e1 prendrai mes verbes par cœur tous les jours ponrqnue vous soyez contents !
Côliiiein--iil. elle entourait de ses lu-us nus le cou
de M ,le Nicolle, posait sa joue fraîche comme une fleur contre la joue émanée de l'institutrice,
— Si vous ne voulez pas. tout mon plaisir parti, je pleurerai, je crierai, je trépignerai, j
voudrai plus me promener iveC l'iaiilêin. je ne dirai plus jamais un mot de français, ••• et peut-être bien mus je mourrai, vous savez, njouta-t-elle d'un Nui •■< lug-ubre que Léontine ne put s'empocher de lui n pondre d'un baiser et d'un sourire où Iremlilaienl îles larmes. Je veux que vous veniez! D'abord, pourquoi est-ce que vous ne viendriez pas?...
Oui, pourquoi pas?
Rentrée dans le petit loL'euient, aussi moitié qu'une cliambrc mortuaire, la jeune iille, assise sur UIM l I basse, les mains croisées autour di veux fixés droit devant elle, smis lieu voir, entendait
ces paroles ingénues la poursuivre oomme une liautise :
« Pourquoi pas?... »
A b ! n'était-ce pas la vraie question 1 La saule
puisse l'aidera sortir du chaos de pensées, d'un; siims contraires où l'avait jetée la proposition de M""' Troékourov?
Hier, iv- matin encore, la vie lui -. ,i I I I |
sihlr. Ions les ressorts de son énergie s'étaient lu d ii n seul coup e désemparée, entraînée par un
couraut contre lequel la lulte eût été vaine et I" révolte inutile, elle subissait, passive, l'épreuve imposée, sentant bien confusément que c'était là un tempe de transition, d'attente pénible qui ne pouvait durer toujours....
Et soudain. hors de 04 sombre tunnel OÙ elle se
trouvait plongée, quelle lueur venait d'apparaître! Quelle éclatante lumière! I ne position s'offrait à elle, une position inespérée, facile, agréable, brillante, mieux que cela : un luit, une raison de vi Pour s'en saisir, elle n'avait qu'à tendre la main....
Oui, mais sa mère?
Si mère?... Hélas! Qu'j pouvait-elle?.., Les illoi des première jours étaient tombées; la vague promesse du D r Ferfçusson elle-même s'effaçait, d liait une de ces phrases banales que tous les médecins sont an droit «le |>ronoin-er rimii les scènes île désespoir.
En ce moment, l'impossibilité de rien l'aire, de i i tenter pour la malade apparaissait nettement a la jeune fille : vision décevante, et si vraie, oh ! si vraie! d'une si poignante réalité !
La semaine précédente, pour la première fois, on lui avait permis de faire à M ro " Nicolle une visite de quelques minutes, sous la surveillance d'une infirmière. A cette entrevue, où elle se rendait palpitante, éperdue, prête à sangloter d'amour, sa mère i arrivée en riant, très amusée par la vue d'une mouche
nui voletait dans le parloir, et .suivant obstinément 1rs ébat» il i • | inseeU) oaiU prêter la moindre attention
aux choses tendres que lui murmurait su fille... La pauvre d.'n enta partie, la carde avait dit à Léon ii ne qui, tout eu l'écoutant, pleurait sous sa voilette, que M me Nicolle paraissait s'habituer; elle était assez calme, elle ne la demandait jamais; on espérait de I s résultats de la < lire, mais il faudrait longtemps
pi.m amener une amélioration....
.Mais alors, pourquoi ne pas accepter cette offre
qu'on lui Faisait?*.. Qu'impartial ;'■ 1 ; t malade qu'elle
reçût désormais à l'nris ou ailleurs? Aux vacances, elle pourrait toujours revenir prendre de ses nouvelles. Sa mère, sans doute, ne s'apercevrait même pas de son absence. . . Et ce sciait encore travailler pour elle! Ce serait gagner de l'argent, beaucoup d'argent pour lui procurer plus de liion-etre, de con- Inri. pour la l'aire soigner comme une reine; ce serait lui laisser le temps de jçuérir, et plus lard, l'éducation d'Olga terminée, leur avenir à toutes detU !■'. peut-être voudrait-on la lui nmlir, leur per-
refaireua bonheor lans le foyer détruit,
reconstruit pierre pur pierre !
Ûli ! pourquoi pas?... Pourquoi pas?...
Sans que la jeune fille BO eût conscience, le désir
l'envahissait, la prenait tout entière, — le désir passionné de l'oiseau captif qui voit s'enlr'ouvrir la porte qui s'aperçoit qu'il a des ailes....
Partit ! S'evadet bon de toutes ces laideurs, de toutes ces misères! Jouir de sa jeunesse, penser un
mu à .llc-môme enfin ' Vïvie dans le milieu de luxe, di beaolé qui l'avait toujours •■ les
pures jouissances intellectuelles, s'en aller vers les
merveilleux que, tant de fois, elle avait souhi connaître !
Cette iiuii-li'i, elle m tourna et se retourna cent fois sur sa couche brûlante, appelant an vain une minute de sommeil et d'oubli. Quoi qu'elle, fft pour les chassei . des visions féeriques se présentaient A elle; souvenirs de lectures, de tableau* entrevus, images êvo- • par le babil d'Ol^ti se poussaient, se pres-
i nt, l'une surpassant l'autre, pareilles à ces châteaux dans les airs qui s'édifient parmi les nuaçes....
La Suisse!... Cette patrie lointaine, à laquelle tant d'attachée, tant île tendances héréditaires reliai esprit ri son Ame! La Suisse avec ses montaj grandioses, ses neiges éternelles surplombait îles vallées ''ii ll«'ii!'s! La Suisse et ses lacs d'azur sillonnée de voiles blanches, ses obalets nichés dans la verdure
DÛ il devait Faire si doux reposer!...
L'Italie! Les bois d'olhri isants de cigales,
laissant, par des trouées lumineuses, scintiller les échappées bleues de la mer; les dômes, les coupoles, les clochers de basiliques par milliers, les terrasses de marbre blanc <>ù lirnissail le murmure cristallin
îles fontaines] L'Italie el ses « chemins qui marchent, » ses lagunes, ses palais, ses musées, ses trésors, les noms illustres évoqués ,'i chaque pas! IV la Ville éternel le. et I - arts, le berceau du
christianisme et le berceau de la H e naissance ! I 1 .
et ses cent vin^t ses villas pim-incs aux
parcs immenses, Saint-Pierre, Je Vatican, le Cnpi-
I fuie, les Catacombes, le Colisèe! Rome el les balustrades fleuries du Piucio, les jardins (FEdeo de la villa llorçbrse ! ..
Au milieu de ces évocations magiques. M" Nicollc s'arrêtait brusquement.; une douleur inouïe saisissait son cœur, le tordait dans sa poitrine ; elle cachait dans son oreiller sou visage empourpré, gémissait : I«Mère! mère!... » Elle avail honte d'elle, honte de penser à vivre encore, à jouir de la lumière et du bruit du inonde, à être heureuse, lundis que sa iiieuaimée était jetée dans In solitude et les ténèbres! Du boiiheiit •! Pouvait-il y en avoir pour elle sans sa mère?... Mais que faire, que Faire, mon Dieu?... Kiilin, l'aube impatiemment attendue découpa s,i fenêtre en carre blafard) Si surgir un à un île l'ombre les meubles de sa chambre. Elle se leva, sourde aux rumeurs joyeuses du matin, insensible .iu.\ premiers
I rayons roses de soleil qui se jouaient dans l'appartement, absorbée par une idée unique. I.e jour même, die n.ni voir le D* Fergusaoa. De ce qu'elle allait lui dire, de ce qu'il répondrait, dépendait la décision qu'elle allait prendre.
vu
— Docteur, j'ai besoin de savoir rentière Vous m'avez promis de proposer mes s au
directeur de la Salpêlrière. Qttfl VOUS a-t-il répondu?
Ai- je quelque chance d'être nommé*
Dans te cabinet de M. Feigusson, — pièce austère comme celui qui l'habitait, aux mur* sntâi meut tapissés de livres d'aspect rébarbatif, — !«• vieillard et la jeune fille étaient seuls en présence. Elle, pâlie par tant de souffrances, par le combat oiaSÛDl qu'elle livrait depuis là veille, mai
vois ferme, l'expression résolue, trahissant sa volonté il 'en finir à tout pris avec 'moiemei
agonie de l'attente.... Le médeciu, assis à son bureau. en lace de l.éonline. la regardait de ses yeux scruta- ('•ii r s, habitués .1 percer h- vuile de chair cl à pénétrer jusqu'au fond des âmes, des consciences. Ce qu'il vit sur son visage lui prouva qu'il pouvait parler sans détour, De son air (frave, il répliqua :
— Oui, j'ai l'ait part au directeur de votre désir
d'obtenir un poste d'infirmière pour pouvoir voua
occuper encore de votre mère. Il a été très intén très touché par votre cas. mais, malheureusement, il
craint fort que ce projet soit, irréalisable- D'abord, les innnmations relèvent dus bureaux de l'Assistance publique, et lui-même n'a rien à \ voir; puis, les
cadres sont au grand complet en ce moment, et il nu semble pas qu'il doive se produire de vacance d'ici des années,... Four un seul emploi, il y a d'avance trente, cinouante postulantes inscrites, par rang d'ancienneté, la plupart ayant déjà fait leurs preuve M" e Nicolle ne témoigna point de déception.
— Je m'en doutais, fit-elle simplement. La garde à laquelle j'ai parlé l'autre jour m'a di( à peu près la même chose. Mais il n'y a pas que dos infirmières à
l'asile I Le personnel] est si nombreux! Je pourrais pi-ut-V-m- postuler pour DU autre emploi, un à-côté jii tins difficile i obtenir.... Le directeur ne vous en a pas indiqué?
— Non, répondît M. Perçusson, ou du moine pas
d'acceptable.
L'imperceptible hésitation des dornicra mots lit iillir .M 11, Nicolle.
— D'inacceptable, alors?... Oh I parlez, parlez,
l'-ur, je vous on prie! Cela ne vous engace à rien.
mais il faut que je sache, il le Faut ! Si vous pouviia comprendre....
— Mimi enfant, — si dons $6 mol prononcé pour l.-i première lois, lu voix rigide avait une inflexion
sintruliri rinoiil pénétrante, — ti<- VOUS SXClteZ pi.' i une chose impossible, ;i laquelle mon ami n'aurait jamais iîl su ce que vous êtes....
— Mais iMiliri, ducleur?...
— Kli bien, c'est une place de sous-^urveîlleote à la garderie des petites iill<-s idiotes.
El comme, bien qu'elle se fût préparée à tout entendre, M 11 » Nicolle restait muette et saisie, il poursuivit en l'animant :
— Concevez-vous cela? Une sous-surveillante, c'est
en d'autres te s une gardienne, nue Bile de service]
astreinte i un labeur pénible toujours) souvent n'-pu-
irnant. VOUS RV0Ï vu à la Salpêtrière lu divisiun des Femmes; si triste qu'elle, soit, elle ne manque d'espace, ni même de macrmHccncc ; i s ne
connaissez pas celle des enfants ; c'est pitoyable, Les
réatures, — il y en s cenl cinquante à deux cents, - sont mélangées pêle-mêle dans des salles
humides r! obscures. — épilcplapies, agitées, OU
scientea, hébétées, rachitiques, *lèiz< - toutes
les catégories des erreurs de la nature... Nulle édun possible avec elles; la plupart ne savent même
pas parler; il n'y ni .1 pas la moitié capables de SC
vêtir, «le manger seules,... Il fiaul les servir, tes conlenir. lutter au besoin contre leurs mauvais instincts, exercer sur elles une surveillance de lous les instants, et pour cola, que pensez-vous «pie reçoive une gaiv (tienne? Un traitement annuel de (rois cent soixante
J'rtmcs, les gages d'une servante! On se demande comment ou peut trouver de pauvres femnn abandonnées pour remplir un tel emploi !
Léontine écoutait', accoudée au bureau du docteur,
le menton appuyé dans sa main, immobile....
Lorsque M. Ferguston se tut, elle demanda) la voix un peu voilée :
— Est-ce i|ue je pourrais voir ma mère?
Son interlocuteur .sursauta.
— Si... vous pourriez?... Oui, sans doute — M iiidii enfant] vous ne songez pas à accepter ces fonctions! <;'<■>.! inadmissible, ce serait absurde! Pensez donc ■'■ vos diplômes, aux positions qu'ils vous permettraient d'atteindre ! ESnfouir ainsi vos facultés,
votre intelligence, savex-vous comment j'appelli
cala, moi? I n suicide moral! D'abord, on ne décida
pas tout d'un coup d'une chose aussi grave) Avant
de rien Faire, avanl de rien dire, il faut que roua
.1 de vus mii\ W qu'il en 88$, <|iio VOUS ■
pesé le jimir tri le contrai Attendwi, réfléchisses —
A ce moment, uni' sonorité argentine s'entendit
luns la pièce; A la pendule placée sur la chemisés, l'heure commençait à sonner.
I Ko ! din ! 01» ! celte vibration familière, qui passe inaperçue d'habitude, quelle gpraodeui saisissante, luelle solennité elle prend parfois, quand, marquant une des phases décisives de nos existences, elle jette une a une les secondes dans le gouffre de l'éternité! Din ! din!... Les paupières dfl Lèontine Nicolle s'étaient doses comme pour la prière. Devant les
veux de s<ui l'une passait, iinr ilrriiiri-e fois, un pa\ arcadies, orangers en fleurs, jtrolfe de saphir,
avenues ombreuses OÙ elle cheminait, heureuse, tels tendre petite main d'Olga dans la sienne,
jusant uvrc l'enfant de mille douces choses....
Par rtiniiMsti- avec <•«■ imiIh-uv tahlcau, elle devina ( elle crut voir l;i salle humide si rombreque leD'Ferirusson venait de lui décrire; elle s'imagina l*imlonde grouillement «les idiotes entassées, 'avancé, à ce hideux spectacle, sa nature fine et Ri I soulever «le dégoût....
Mais voici que, devant ces deux images, une troi-
s'interposait ; elle «'Mail le centre de tout, rem
Bsse.il tout, efiaoaii tout; il n'y avait plus nu'elle
seule.... La figure de sa mérel 8s mère insensible,
i!r, détachés d'elle, soit; mais su mèiel«.< Sa
mère qui souffrirai! moins, peutrôtre, si .
là pour l'aider à souffrir î.. . Vivre • mêmes
murs, respirer le même air, la voir, lui parler, la sentir tout près, la soigner, la distraire encore — Ah ! jetés dans la balance, qu'étaient-ce donc ensemble que sa liberté, son printemps, sa joie, sa jeunesse, son avenir?...
De ses ancêtres, les énergiques montagnards de la Suisse, Léontine tenait cette force d'âme, si essentiellement huguenote, qui ne permet ni hésitation, ni compromis en face des ordres de la conscience....
La lutte suprême n'avait duré qu'un instant ; la dernière vibration de la pendule s'éteignait à peine....
M" 8 Nicolle releva son front baissé pour le sacrifice, et, très calme, de ce ton posé dont on prononce l'irrévocable, elle dit :
— C'est tout vu, tout réfléchi, docteur.... J'accepte.