I..i foi, d'abord et avant huiles choses.... D'aussi
loin que remontaient ses souvenirs, Lamartine • rappeler un seul jour où il n'eût \< i
gardé, protégé, enveloppé par la préseï Dieu,
on il n'eût pas rail monter vers lui u prière ingènui M-s petites mains jointes avei I • reur dans I mains de se mère.-..
Lorsqu'ils se promenaient ensemble, Alix faisai observer s son Sis les merveilles de puissance ed souveraine boni/ déployées par le Créateur clai i:liai|ii. Il ■in. cliaipii: lu in d'herbe; elle lui app que l'alouette s'cnvcdant des blés, li- [i.i pillon lniliiiiini. dans la prairie, l'insecte éphémère caché 'Uni* la mousse « avaient, ainsi que lui, leur Pér** dans le cicux, » et, par un enchaînement facile, de t'amotu de Dieu elle l'amenait à une admiration sans I pour la nature.
\ côté des splendeurs de la création, elle ne iriiiiit cependant pas de lui montrer le doulouret contraste des souffrances et des misères huma Elle ouvrait son jeune cœur aux effluves bien fais de la pitié, l'habituanl ii parler gentiment aux mal* heureux qu'ils rencontraient, à se rendre tout seul au hameau pour porter aux malades, aux affligés quel* [lies ilniiiMriirs ilniil i-lli' avait rempli une légère cor- 1 .fille.
Le garçonnet, d'un caractère li'ndre et impressionnable, se laissait docilement g-uider par lu mère bien- BÎmôc à laquelle ses heureuses dispositions causaient joie sur joie.
M "io ( ] e Lamartine poursuivait sans effort sou ins-
tructioa ea même temps que celle des petites sœurs, Quand il fut plus bon
vieillard paternel et indulgent, vint lui enseigner les premières notions du btttn et des mathématiques. Les
os si' donnaient, l'hiver, dans le parloir bien auprès du fou brillant vif ri clair dans Pâtre; l'été, mu travaillait an fond du jardin, sous la charmille, taudis que les abeilles au corselet don'- bourdonnaient dans la lumière et que le suave parfum les Ivs i jasmins flottait dans l'air....
) Pourquoi faut-il qu a ces impressions de bonheur intime succède si vite, pour les garçon--. Il redouta? ipmive de l'internat ¥ L'hante déchirante sonna trop tel pour le petit Alphonse. Accoutumé, comme if l'était, s une- entière liberté au Beia de la nature umie, habitué surtout aux icmliT-s iniliieiices féminines dont il avait été enveloppé jnsqoe-ia, il ne pot supporter la froide
atmosphère du Ijcés où on l'avait mis.
11 s'échappa, entraînant dans sa fuite doux petits al ne fut rattrapé qu'à de Lyon.
Oïl M figure les jiruri'isses qu usu à
M""" de Lamartine !
Elle obtint à grand'peine de eon mari l'autorisation de chercher pour leur fila une maison d'éducation
plus douce et plus familiale, et, surmontant la douleur qu'elle ''-prouvait a cette nouvelle léporation, elle le conduisit elle-même chez les jésuites de Bclley. sur las frontières de 5m i
La -.!'• qu'il y mena jusqu'au p.nr où, son éduca-
peu' is, ses pi ! ; joui
il<- vacances dans !> cher Milly où ses
L'accui oie et do caress
— a vons tou ■ deux >n\
qui ont puisé I- nr inspiration à la même s i se complètent, s'harmonisent l'un l'autre
ii impossiblo de séparer : les Conjîdena Lamartine ut le Manuscrit de ma mère, i jo inli I' \lis.
La jeune femme nvail pris l'habitude • chaque toit le resumé de sa journée dans le Imt faire plus régulièrement son examen «le couse d'apprendre h réffler sn sir, ri .in.--.-i de chara i it> de solitude intellectuelle. Bile o son premiei 1 cahier en 1801 ; elle ferma le dern • 1829, sur une pag douloureuse, pathétique coi un testament,
Durant .'ni'; longue période, c'est toute son e de femme et do mère qui passe devant 1 1 avec ses rayons «le soleil et ses grandes ombres
Elle se doutait peu, en l'enregistrant ainsi, qu'un jour la gloire de son fils rejaillirait sur elle, et qu'uu intérêt |).'il|iitinil s'attacherait aux moindres incident», aux plus menus épisodes concernant la mère de Lame !
Elle croyait n'avoir jamais d'autres lecteurs que ses enfants.... D'une main pieuse, son fils a supprimé les passages trop intimes, modifié, complété, coorilonné, au besoin ; puis il nousa livré celte œuvre pai-
sible rt ù les « liseurs d'âmes, * — I
employer te moi profond de Carmen S\l\.i, — qui derrière le stylé eberehenl la pensée, sauront puisera longs traits < dont M i: " de l.amar-
tiue nous a laissé un si bel exemple : confiance, soumission, résiç-nation !
Parfois, il est vrai, on souhaiterait trouvai 1 plus de largeur dans ses vues, il imlépei Jatu ■ ■ lans 884 i MaiB il suffit, pour la comprendre, de noua reporter
cent trente ans en arrière, de noua rai location, le milieu où elle a vécu.
Nous la retrouvons d'ailleurs, telle que les Conji*
(/rirrrs de son lils nous l'avaient dépeinte, dans i Inique ligne de sou journal.
• •m. il I.- .'i,i;i Lonnel lionne avec tous : avec les petites chéries qu'elle rassemblait tendrement son aile, donl alla était, dont elle resta toujours
t *«'•(! il . ■ . 1 1 : : i ■• , la confidente, le nilde j bonne BVeC les
serviteurs qui, dans et heureux temps, formaient en
|ii>'l'| ie de la famille; bonne avec les
infirmes, les vieillards, les fenu enCanta
venu de dix villages à la ronde, rem it le
matin le vestibule de sa demeti
Elle se mêlait à eux, souriante, cordiale, affable, écoutait I inces, sug-g^rail un conseil, rli
discrètement dans une main hésitante la « pari pain i ! chaque jour sui le modeste bui
«lu m les miséi
Les malades surtout n'avaient
plus fidèle. A cette époque, k médecin était inconnu
dans de* M « do Lamartine.
upptéer a cette lacuoe, étudia I mentaires do la médecine rurale, et fit ample pi
.!<• recettes contre 1rs indispositin i ci les petits accidenta m pagne.
le metiuit ses coiiii.iissa pratique avec un
dévouement absolu, faisant taire lea répti qu'elle ressentait un certains cas, appliquant, n vêlant «le* pansements sur des platée purulen passant des jours cl des nuits au chevet des mourants, veillant au lii des morts et allant, lorsqu'il le fol jusqu'à .1 i. I i ii n drap dans son armoire pour coudre elle-même un indigent dans son linceul.
I Mir de traits touchants, pleins de délicatesse, révélait cette bienfaisance inépuisable! Au cour.< promenade, la jeune femme suggérait à ses fi' l'idée de remplir de friandises emportées poux leof coûter les sabots «pic des petits patres avaient quittes au 1 ii n-il île la route. A une protégée s'attristai 1,'inl recevoir d'elle sans rien pouvoir lui d
nage, elle disait : •■• P ies pour mes enfants . encore moi qui vous devrai le plus. »
E quel chagrin, quels remords éprouvait Alix lorsqu'elle avait laissé passer sans le faire !»■ qui l'iaii ! Elle pleurait de n'a Voir j ;
nte pour assister un pauvre vieillard solitaire a ses dernières heures; elle faisaii 'plan il. m étable à la clièvre qu'elle avait trou maître mort....
Tu astre jour, silo écrit dans bou journal : « Hier,
d'une femme «lu village qui manquait île paiû el qui avait pltiaîèare enfants i nom
J'allai tOttt (la suite pour la voir, mais il v avaîl
- d'elle. I lels m'intim et. par une mauvaise honte, je n'osai rien lui donner. Je pensai que je (ni enverrais de la maison. Quand je fus à i.i maiaoD,|a trouvai qu'il était trop tard, je n'osai pas non plus envoyer si loin, dans la soirée. 1rs domestiques, Bref, In pauvre Femme passa peut-
Tirr la miil MOS uourriture, ainsi que ses en fan i
me le suis cruellement ci justement reproché. Ce
n, — de grand matin, — j'ai couru lui porter tout ce que j'ai pu. niais ce D 'était pas la même chi Pourquoi a-t-on honte quelquefois de faire du bien
I autant que si l'on faisait du mal? C'est une faibli il.nis laquelle je prends la résolution de oe pin tomber. »
Ce Ira-rni 11! il. mue une idée de la charité que M 1 "" de Lamartine montrait à Unis el. ;"i iluiciui. et de • que, par contre, elle avait pour elle-même. Nulle part dans son journal on ne trouve une médisance, une critique, mi blâme. Ella a toujours du 8 'lin- da '-"iix qui l'entourent. Si son jugement doit être défavorable, elle se tait. Mais Comme elle j'examine scrupuleusement, avec une prof.uide bumilité et une soif ardente de perfectionnement 1 l'Jle .1 aie une pauvre tille; elle s'en repenl et lui deinderu patdoo : allas répété une calomnie dont elle l'avait pas mesuré la pru' se-t-ellc ne plus
KKI -
jamais commettra 1a miW faute 1 Elle s'eei ti
pour son plaisir i une dépense inutile; .1 l'avenir. avant dfi erdi-r à sa fantaisi--, elle songera â laut il.malheureux manquant de pain....
Su conscience était délicate jusqu'en: scrupule La
are formait A peu près sa seule distraction pays perdu de Milly. K I le parle souvent di . Sa finesse d'analyse si révèle dans les réfloxioos qu'ils lui suggèrent. « Quelle h mpa«
gaie on se Fait ave< I ■■■ auteurs de -sa préferenc tlle. Sa favorite esl M"" de Séviené, qui elle s plus d'un point de ressemblance par l'esprit, — mais non p r le cœur! L'a jour cependant, elle reconnaître un penchant dangereux pour tes; lectures Frivoles. Elle y réfléchit sérii non sans lutte, se décide â les mettre tout à fait >l<- Quelle femme, quelle jeune fille ferait aujour- I li ni ce sacrifice a sa propre digntfl
C'est dans sa foi profond»- que M""- de Lamartine trouvait sa noblesse dp senti ni cul s et puisait la force
d'accomplir sa tâche quotidiens)
Fervente catholique, elle se rendait chaque matin, avant le jour, à la mo pauvres et des servan-
ts. Le soir, au soleil couchant, tandis que ses fants s'abattaient joyeusement au jardin, aile aimait s'en aller à pas lents, du us la grande allée ombrei bruissant ■ de feuillages, pour y méditer en pais ... rtaioes pages de sou manuscrit sont de véritables hymnes d'adoration ; toutes reflètent sa piété inl Dans la douleur ei dans la joie, aux moments de
trouble ou d'accablement, uieu
ttinct, comme une 11' ni \< ,- l.i l'iu la mort, les souffrances d'ici-bas, les m;.
l'au-delà, poui elle tout, • mande et dans
l'autre, trouvait a ion explication en lui.
Soumise, dès sa prime jeune ibédii no
couvent, elle semble avoir complètement ignoré les tâtonnements, les rechereb.es qui sont plutôt râpai
de hi liberté de conscience. Eu tout -n'usions
religieuses sont toujours réconfortantes et erei
luttes, BÎ elle a jamais eu à en livrer, sont restées entre elle et son Dieu. El cette pudeoi telle,
malheureusement trop rare chez tes Femme tiennes, n'est pas, s notre avis, un des moins fa traits 'lu caractère d'Alix de Lamartine.
Lu lui qui remplissait son ftme bo retrouve — plus vague, plus Qottante peut-être, — dans L'Ami Bis ou elle l'a infiltrée goutte fi goutte. Remarquons comme leurs pansées, s tous deux, glissent insensiblement en prières] Il est tel credo silencieux de la
• du ciel étoile on ••" bord d'une so i murmurante, que l'enfant a semblé exhaler mot pour moi sn «les strophes immortelle
Lesentimenl delà petitesse, de La fragilité delà crée turc mise sans ces gaxd avec la puissance et la
majesté de sot ir, la sensation, parfois angois-
sée, de si vite pa BSt sur la terre sans pouvoir fixer la miriM > ose qui s'envoli et ne reviendra plus, —
ina - ions ont n des fois sous la
i • l'une avant «le vibrer sur la lyre de l'autre.
- i'r: - Lauiai H ii ilit vrai. Ce i|u'il ;i de meilleur,
il le iirni .h- u i- ndre ég le La charité* oépuiaable, la bonU àk c Bor qui revi ni des formes
d'ans si touchante délicatesse lui vit sa mère.
Son ^éme mena I allé qui le h tiré.
« < ' mon plaisii . i il.'. de m'égarer •
dans la riimjiaifiie. J'aiini! le temps (l'a Bt les
promenades sans autre entretien qu'avec mes pan elles sonl grandes comme l'horizon cl pleines de Dieu.
Lu nature mo l'ait monter au txeur mille réflexions et une espèce de mélancolie qui me plaît; je m que c'est, ûaoo une consonnance secrète de notre amc infinie avec l'inânî des œuvres du Seigneur! *
lu parfum, un chant d'oiseau, un souffle d brise ondoyant à travers les collines évoillaienl pas* siiiiiiu'iniMit en ''Ile !e tourment suprême des* soupirs rjui ne se peuvent exprimer, s»
Elle eût voulu traduire toutes les émotions qu'elle ressentait devant les merveilles de notre monde. * mais, constatait-elle, je suis muette quand j<- .
1rs dire, menus à Dieu, » et, sans avouer à pars
cette soif d'idéal qui causait à la fuis sa souffrance ot sa joie, elle no taisait, impuissa eau aux
trop faibles pour s'envoler....
Elle reçut en son fils ce qui lui avait manqué. I était la poésie, il Tut le poète. Humble feu caché' sons la cendre, elle alluma, j son contact, le foyer v;> riant qui brillera à jamais, dans l'ombre des temps et la nuit des hommi
inliirii .le soucis Alix devait éprouver ai
ijiic l'adolescent eiït 1 r> ni ver sa rOÎel QuC d'incertitudes, d'hésitations pénibles vinrent troubler la jeu* I cesse de Lamartine, succédant, inquiète B( Béfl I à soi] l'iil 'ledléel
Au moment où il tennitia ses études, son père avait, du produit de ses récoltas, acheté m un modeste
hôtel où la famille passait l'hivei ; L'été, elle habitait tantôt le i li.ïl'-an île Saint-Point, loul voisin de Milly, qui lui était échu pai héritage, tantôt la citera vieille maison, Ja résidence préférée de tous.
Quand on se trouvai! en ville, Alix, surmontant
IgoiU personnel pour la retraite et le recueillement, se mêlait un peu à la société alin de produire ses h'iles, arrivées à tout l'épanouissement de leur jeunesse et do leur beauté.
Toutes les cinq avaient les qualités docteur et d'esprit que leur mère avait su faire naître et développe*
chez elles, Aussi était-ce avec une douce et légitime fierté ci surtout une profonde reconoeJesance que
M"" de Lamartine voy&ît s'empresser à ses cuirs i elle
gracieuse théorie déjeunes lil les.
A la campagne, elles jouissaient complètement de compagnie les unes .les autres, menant ensemble
une vie mime, sagement réglée, pleine de joies Fi
li îles dans sa monotonie.
devoirs de la piété et de la charité y tenaient,
comme jmlis. I.i plus grande place. De retoui rie
lise, nu allait visiter les chaumî ou des isolée. Pois, «Uns ce parloir où M n,r de Lai tin. était seule autrefois pour ivres,
loi charmantes adolescentes l'aidaient de leur mieux œuvre de compassion.
Elles avaient, elles aussi, gagné tous les cœurs des malheureux de la vallée ; dés qu'ils 1rs ■■. ■ u. pa-
raître, les petits enfants coiiiaieui à elles; les labos-
Lrrétaicnl dans leur travail et tes suivi tl "11 ii .M.'- n ;,ni| attendri ; 1rs vieillards, les o rants posait m »ur leurs têtes Inclinées des main
tu tes Elles recueillaient, en gerbes Fécor
la moisson d'amo par leu lis ai
longtemps I
Les soins du ménage, la musique, l'élude, le turc en particulier ou îi liante voix, 1rs travaux i iruille. d'utilité ou d'agrément, remplissaienl au les journées des jeunes Kilos. Mais quelle pnii i ces occupations pouvail se r^servei vingt ans'.'
Une fois rentré au louis, leur frère tomba dans un désœuvrement aussi dangereux au moral qu'au physique. De longues chevauchées en cou
do ses lévriers favoris, des courses à pied par les iv par Les bois, des visites aux hobereaux
du voisinage, des entretiens familiers avec les pnj qui adoraient « M. Alphonse. >» d'intenninal
quelques vers écrits sans suite, sans effort, sans application prolongée, et qu'il mettait n<
srcmmcnt de côté, rien de tout cela ne suffis! combler 1ô vida de cette jeune vie pleine de sève rdente, bouillonnante de déaâi s bob Malheureusement, l'Ame tout d'une pièce, et do peu rigide dans u droiture, do pén de famille, n'aurail su comprendra les nulle impressions changeantes ni - dans celle de son liis. M. de Lamar-
tine ;nait même à l'idée que l'ado-
lescent pût rôver outre chose que son honnête exisnce campagnarde, De plus, Il pauvreté du chevalier le faisait dépendre de ses frères et sœurs, [si aines de la famille. Ceux-ci, entichés des préj
i'ii régime, refusèrent, catégoriquement leur : matériel pour procurer a leur neveu le poi arge quelconque qu'il ambitionnait. Un Lamartaie- travailler 1 li doncl s'imagine-t-oo pareille déhéann
Ainsi le pauvre garçon, rebuté d'un coté, rejeté de l'autre, dut, bien malgré lui. se résoudre ù une inacioo qui lui était insupportable, et qui, mauvaise ■. h |Mins.,i à plusieurs reprises à des l'u .-li il. les.
'•li,, pins sensée que ses beaux-frères et bellessteurs, s'efforça en vain de fléchir leur opposition. A cette époque, la voix d'une IVrninc, fût-elle la mère, iptait pour si peu dan.s les conseils de famille-! Bile seule comprenait, pai 1rs aspirationa de
Bis; elle souffrait avec lui des imitation nun>
: elle cherchai! dans son eœu> nèdes à lui
opposer, et, bonne et tendre jusqu'au bout, ellw vendit
en cachette le peu de bijow qu'elle possédait poi
p les dettes de jeacon tractées par le jeune boi ou pour lui permettre de luire un séjour en Italie.
C'en 'lurant ce vovage qu'il coi I Bt l Sraziella, son I>i -ii.itM amour, la petite pêcheuse de corail de la baie
de Vaples. iloul l«» souvenir pathétique II iliariiiaiit
devait l<- hanter sa vie entière.
Il 08 le «Imitait [mis. tandis qu'il se berç toutes 1rs lagunes, rêvait sur toutes les gré\ thousiasmait devant tous les horizons, qu'un de» grands chagrins de sa mère était de ne poiol connaître l'océan, ('-tant trop pauvre [tour s'accorder
ûs cette joie I Il rentre en France au moment où s'ouvr des pages 1rs plus terribles de mitre histoire : l'abdication, les I ent-Jours, la Restauration, des ■■
continuelles qui mettaient à feu et à sang-jnsqo
paisibles vallons du Maçonnais.
Le jeun homme s'engagea dans les gardes-ducorps, lit son devoir en brave, galopa liés galamment à la portière de Louis XVIII qu'il escorta sur Ih ; de l'exil, puis, prétextant le retour de l'empe donna brusquement sa démission, revint à sa solitude, ses livres fit sa mélancolie.
Le rude métier des armes, si cher à son père, ne pouvait lui offrir aucun attrait. D'ailleurs, il était trop fier, trop délicat pour se plaire aux futilité la société parisienne et il éprouvait une aversion destinée à toujours s'uccroitre pour la cour h la royi
Déjà, sa mère pressentait en lui le futur tribun de
48, le héros des journées du drapeau rouge, le généreux idéaliste qui verrait dans la république le plus sûr refuge contre la révolution.
Ces idées l'affligeaient. L'ancienne petite compagne d'études et de jeux de Louis-Philippe était restée attachée aux fleurs de lys, très naïvement, très fidèlement, bien que les Bourbons remontés sur le trône eussent oublié M 1 ' 6 des Roys, aussi bien que le capitaine de Lamartine.
Alix sollicitait en vain pour son fils un emploi diplomatique qui le sauverait de sa périlleuse inaction, et confiait à son journal ses déceptions, ses craintes, ses angoisses maternelles :
« Alphonse m'inquiète toujours beaucoup dans cette malheureuse oisiveté où la famille le laisse, écrivait-elle. C'est bien pour lui à présent que j'ai besoin des secours de Dieu ! Ses passions commencent à se développer ; je crains que sa jeunesse et sa vie ne soient bien orageuses ; il ne sait ce qu'il désire. Ah ! s'il pouvait connaître le seul bien capable de le contenter ! »
Elle reprenait plus tard :
« Mon fils se lasse et s'impatiente de ne pouvoir obtenir une occupation active de sa vie ; ses chagrins
retombent sur moi et me désolent Mon Dieu ! que
c'est donc difficile de faire un homme !... »
lin
Soudain, l'horizon oka i une pur on c
|ue.
I ii éditeur ■ !< provini i lanec en hésitant un | recueil de poésies anonyme : Les Méditations (iï
Les Méditations!... I n chef-d'œuvre, et, temps, une révélation, rnieu* que cela, une révolution littéraire! ^nrèa la poésie classique, sèche, froide et correcte, dont on était saturé, voici venir la ] romantique, l.i musii|ur> «lu eauir !
Plus de longues tirades déclams l'alexan-
drin* puni mais des vers harmonieux ijiii chan-
tent, pleurent, frémissent et sourient tour a looi ;
Une muse émue, attendrir, répondant intimement niiv
aspirations les meilleures de l'âme humaine, s'éle
efforts, en longs coups d'ailes, vers les pures
mis de l'inlini....
Sitôt paru, ce volume est daus toutes les mai toutes les lèvres murmurent ses pièces les [dus belles: L'isolement, — Le soir, — Le lac, — L'eut ton — Le vallon ....
Mais quel était-il, l'auteur que Unis aimaient sans le counaflrc? A qui devait-on l'enthousiasme dont on était transporté? Quel nom fallait-il écrire, aujourd'hui sur ces pages blanches, demain au livre d'or de l'immortalité 1
On cherche, on s'agite.... On finit par découvrir le invsici iiMi\ -énie : Alphonse de Lamartine 1
Oui, Lamartine, qui, plus que jamais incertain de
en
bée, s'est décidé brusquement, sur tes insistances de quelques amie, è réunit! el publier le» p
•a amateur » — ce mot est de lui. — « la vingtième el la trentième année ; Lamartine, i la réserve, toujours un peu désenchantée. U lissipe un moment et l'illumine d'un rayon de joie d>\ aoD v plosionsde reconnaissance, d'admiration el d'amour
gui montent ver» lui !
IEIi quoi, on l*«v.iil ignoré jusque-là, le merveilleux poète?
Tout lui vient a In fais : gloire, boanecro, fortune, succès mondain-., poste Lu^-temps refuse' des d'ambassade.
Nul s'éprouve devani cette transformation autant de bonheur que sa mère. La joie que ressent Alix ne lui fait pourtant pas ouhlin la E BU lechoei ■ né< rssaire : \ nus savez, irn)ii Dieu, murmure-t-elle, que je suis bien 8ére de ces accueils inattendus faits à mon enfant; mais vous savez pourtant que je ne vous demande pas pour lui ce que le monde appelle la gloire, mais d'en faire un honnête homme M votre serviteOJ comme .son père. Le teste est vanité el souvent pu
viinil'-.... »
Ht lorsque la jalousie commence a se mêler h l'admiration frénérale, que les attaques méchantes, les perfidies vont leur train, M :nc de Lamartine fiait taire sa propre révolte pour conseiller à son fils d'oublier, le pardonner.
Continuant m mission d'ange gardien, elle lui
lOOtre l'idéal à atteindre :
Ton talent ne sera divin, lui t le fais mnonter » Dieu.
Il «ou' presque !
Kl je ne sais rien de plu- >: que ce
• l'apogée de ses triompL çeant, modifiant ses vers, en supprimant même, <plaire à sa « caèra maman ! »
I '••Lu ras.se des souris qui Tout absorb temps, le jeune homme peut laisser libre cours à sa
filiale. Il prodiçu les prévenances qu'Alix reçoit .r.
louehante : « Ce pauvre enlanl me cou rectiou, dil-ell< C'esl toujours lui rnaiiitr lide dan • diffieu I
. Son l>.iii .M'ii!' me «Kmne (m talions possibles.... Je suis bien heureuse nminl par lui. mais bieu plus de sa Loi mai
renommée; il sait aim I tout ce que
Cependant les succès littéraires de son fils, politique surtout, l'unt arraché à Th uni .le Mi II;.
il u'v fait plus que de lointaines app;
femme, jrlaîse * accompli.
la bienveillant M do Lamartine, et
funls qui l'un et l'autre mourront prématuré] MphoOM .'u berceau, la petite Jnlia. l'idole çranil'mére U qui elle ressemblait trait fn-ur pendant : », eu vue île
terw promise....
Pour Alix, ces visites sont des joies si orrandes [li'elles lui font presque mal.
Elle vieillit, la pa ère, el n vieillesse est
comiiu' le -^uir. Ses iillrs. marii-i-s jui'-si, <int pris
uu .1 une leui volée loin d'elle ' .
Elle »*est rappelé son idylle lointaine; <•!!<• n'a pas juluque ses bien-aird ea aient à passer pu les mêmes épreuves ; elle a, aulanl c| 11 ~i I riait pu son pouvoir, aplani les difficul l» I liacune désunions pro-
jetées; Bile s'est prêtée aux entrevues; clic a été la première a se réjouir et à bénir Dieu, lorsque les Bancaillée sonl devenues officielles; «-llir a souri bravement an vojanl ses eoFants s 'éloigner, heureuses, au l'un époux, mais quel déchirement, tant de fois renouvelé, cachait ce sourire!
Deux séparations plus douloureuses encore sont
Venues broyer son cœur. Césanne, jeune femme
, jeune mère triomphante, a été emportée
par nue cruelle maladie. Et Suzanne, sa préférée
peut-être, « sainte Suzanne, plus semblable à un
irotecteur qu'à une fille des liommee! »
\li ! les preasentimenta de M me de Lamartine ne la
trompaient pus !
h enfant chérie avait épousé un srentilhoinni
' Vold, à litre de curiosité, les BJliaaoea ooiiltsatéee par les tun de Lamartine :
îte, M. tir O.vsin iFr.-iiu'.li.-C.oiiili i|. Kilgrnie, M. CoppOM
ioe, M. de il-, M. ii Montherol (SainuPointf. mtc da Li-
(Mendi • foufe millea
ii'ji |>ils lai
voisinage. Mli. j ii "elle aimait
ni elle était aimée; die venait d'avoir un I tout lin souriait ihiiis le préMfitet dans l'avenir
ht, h son tour, frappée il'un mal implacable, elle a langui de long-s mois, sans que rien, pus môme les soins de sa mère, ait pu l'arracher à la mon s'approcliait. qu'elle sentait venir, qu'elle ne désirait point, maif qu'elle accueillit sans murmure, prête comme elle l'était à se présentai 1 devant Dieu.
— Oh ! que c'est lion, répétait-elle dans son agonie, d'avoir fait tout ce qu'un a pu !
Aujourd'hui, c'est le lils du fils de Suzai M. Cbarles de Montherot, qui possède le château I Saint-Point où le poète se fixa définitivement plus lard et qui a été transformé en musée lamartittien. \h\ portrait de sa mare, doal nous donnons ta repn duction ici, y occupe la place d'honneur. Il est facile de comparer avec le sien ce fin profil de camée, et lia reconnaître (pie leurs visages se ressemblèrent comme leurs âmes 1 .
Le cabinet de travnil où il écrivit tant de chefsd'œuvre., les meubles, les peintures, les moindres objets lui avant, appartenu, tout est religieusement conservé. Mais le modeste asile qui abrita son enfance, le vieux logis tout peuplé pour lui d'une pr<" , vénérée, esl abandonné comme souvenir, nu 'importe! .Millv existera toujours, indissolublement lié à la mé-
1 Les gravures illustrant relie «in photographies de M. l'abbé Roiseau, curé de Saint-Poinl ••i bien v,,iii.i h Bplorist i I les i
mire de sa mère, là où la ruine ni Ih destruction M sauraient l'atteindre : dans tes livres, où nos COBtm ému» vont chercher le sien !
Depuis 1.- double deuil qui l'a frappée, M m « de Latine s'affaiblit visiblement. Un peu d« sa vif semble s'être éteint ave*' les vies de ses lilles. Souffrante et lassée, elle Mt seule à présent, prés île son mari devenu infirme ; seule pour se promener, le soir, dans l'enclos do pierres brunes où les rires de ses chérubin* fuguent .si joyeux autrefois, et qui, désormais, morne et silencieux, lui semble son « jardin des olives. »
Sa douleur s exhale on pasres trempées de larmes :
« ...Tous ceux que je vois et qui ont ;timé mes filles sont des souvenirs. Je pleurerai maintenant toute ma vie.... »
« ...Celles qui manquent me suivent comme mon ombre au soleil couchant, quand je marche dans l'allée de la méditation. Hélas! ma Césanne, ensevelie loin de nous, derrière cet horizon des Alpes d'où w vois continuellement sortir son souvenir! Hélas! mu Suzanne, cette sainte qui en portait l'auréole avant L'âge autour de son front !... »
« ...Mon Dieu I Prenez-moi aussi ; je ne veux plus •.ivre que pour ce ciel que j'ai montré à mes deux filles, et où elle.s m'appellent, et m'introduiront à 1 «-ii i tonr. ih! les familles sa déchires t Ici, mais ellee ae renouent dans l'éternité pour l'éternité I »
Sii foi s;i certitude absolue du revoir d
un autre monde « qui est la seule explication de celui-ci, » les consolaii'Tis qu'elle trouve de pi i plus dans - m refuge babiUieJ, la prière, soutien M 11 i.c Lamartine dansées derniers pas, «ceux qui
mènenl ail Ciel, H mais presque Ii. «jours .'in II:
de la sombre walléi
tmrnenl ne pas rapprocher ce déclin mélancolique «le celui de son (ils, finissant o tent dans la triste chalet de Passy ? Jusqu'au bout, leurs i amont une destinée pareille I
Mais, pour le moment, il est jeune encore, entouré, aimé, heureux. Ses poésies, dont il ne manque jaa d'envoyer ••• sa mère la première copie, ev priment toujours davantage les sentiments, les impn eelle-ei. Il est su voix; il dit exactement ce qu'elle
Dense, OC qu'elle croit, ee qu'elle espère.... ICIlt
tranquille : elle a atteint le bul si ardemment d pour lui ! Ses s< eu rs ont] bacuneleui cercle de la mille. Dr quelque coté qu'elle regarde, M mr de Lamartine ad compte qu'elle a terminé sa tâche : « gaeur, implorc-t-ellc, laissez maintenant aller votre este en paix ! ■»
Hélas! de même que son fils est entré tragiquement dans la vie, elle doit entrer tragiquement dans la moi
Par uue froide journée Je Kn novembre i8ag, une lettre de Paris est parvenue a Maçon, a l'adr la Lamartine.
le est dn jeune secrétaire d'ambassade. t.e ne que quelques lignes, mois « abordantes de bonnes nouvelles! Il csi élu k l'Académie Frai m \n
l'envoyer comme ministre à Athènes, il veut passer avec ses parents la fin de ses vacances, il arrive, il va arriver!
Quelle joie éprouve la mère A la pensée d'embrasser bientôt le cher visiteur attende !
Vite, elle prépare sa réception, commande, VI vient, s'enlièvre, pense trouver dans un bain réparateur le calme dont elle a besoin....
Que m piissa-t-il dans la cabine d'où on l'empo
expirante? Bans doute, elle fut prise d'une faiblesBt
îte au moment on elle avait ouvert I»' pot
d'eau chaude, •■• ne put le refermer ■'< temps. nuand ou accourut à sea gémissements, l'eau bouillante débordant de la baignoire inondait le plancher. Sous cette douche de feu, la malheureuse femme avait déjà perdu connaissance. La fraîcheur du lii oâ on la transporta lui rendit la faculté de souffrir. S;i pn pensée Fut pour son lils :
— Qu'il aura Je chagrin de n'avoir pas
de moi à cetti heure I murmura*t*oHa l com*
preoanl tout de suite que soc étal était â» i Malgré les tortures qu'elle endurait, son ag lm . i ine. Bile s'oubliait elle-même pour o
SOler n. mi mari abattu, rem
goatent, laissera mus cous qu'elle aiuiaîl un iï el d'espérance. Ses dernières niiiu ne d'an voile, par un rôv<
souriant qui l'emporta -ur ses ai .'entendit
balbutier :
— Oh.1 ijui' je suis heureuse I Obi que je suis heureuse I Mon Dira, vous ne m'avez pas trompée! Je raii beurrasa ! bênretnel...
Ce furent «es denùei I mois.
Mais lui! Le pauvre lils qui se préparait à survenir le cœur c • - mains pleines de cadeaux !
roîfl douloureuse s ouvrait devant lui. quel calvaire I
Prévenu avec ménagements par son ami iotii M. dr \ iiicu, il inconrl, arrive trop lard : sa mère est <leja enfouir bous la terre glacée, dans le cimetière ■ 1<- Mûcon !
Kn apprenant cette nouvelle, son désespoir se double d'une révolte. Eli quoi! l'avoir couchée ici, quand elle a tant de fois exprimé le désir de r i li- plus près possible de lu chère maison de Millv ! Ni. n. ce H-- sera pas ' Gela m' peul pas être ' Et, avee Iji pieuse complicité d'une servante, de quelques me* lavera Kdèles, il exhume de nuit son cercueil.
< )n l'ouvre au miJi«-u des ténèbres ; à la lueur d'un cierge que le vent du nord fait vaciller, on découvre le pale visage empreint par la mort d'une ma splendido. Son lils pose des lèvres tremblantes sur le front marmoréen, sur les paupières baissées, sur le cœur immobile qui ne trcssuille même plus à ce contact.... Enfin, ses compagnons l'arrachent à son étreinte convulsive. Sans bruit, ils chargeut la bière sur leurs épa u lis. l'ai la grande nuit frissonnante et glaciale, le funèbre cortège se met en marche, grossi
; me détour «in chemin par les paysans pleurant
leur (Inmc. ■ las pauvres, les infirmes, les vieillards
[ni ont voulu rendre ce suprême boramags a leur
nenfaitrice. C'est uo long 1 défilé d'ombres noires,
dans la campagne implacablement blanche os In
neige s'amoncelle, mnette, obstinée, méchante.. t.
Dorant des heures, le (ils unique, — seul représentant de la famille dispersée, — suit le convoi, raachiilement, la panade bourdonnante el confuse, <a>mme
l*U avançait 'Lus un cauclieinar. Une fois, deux oiselets transis, chassés par le bise de décembre, vinrent échouer sur le cercueil, s'y débattirent une minute, puis s'envoleront an poussant de petits m-, plaintifs.... Alors Lamartine releva la tête, et, lui qui croyait ne plus trouver de larmes, il éclata en sanglota.
On atteignit enfin Saint-Poiût, niais le jour tardait. a paraître. Avant de se rendre au champ «lu repus, on porta In bière dans le logis où Alix avait tant aimé et tant souffert. Son fils voulut qu'on la posât sur son lit. Il s'enferma, seul avec elle, se coucha à terre, le front appuyé au bois rigide, les bras l'enlaç.mi désespérément.... Qui pénétrera le mystère sacré de
ette veillée suprême? II y a les sommets vers leson n'ose élever le regard, ni môme la pensée. looleur a son Sinaï.
Plus de vittgl nus après, Lamartine Lraçaîl C • lignes émouvantes, qui aooi montrent ce que fol
sonnais sa vie : « Dans tout ce qui m'arrive d'heureux ou «le triste, ma pensée se tourne vers ma mère. Je crois la voir, l'entendre, lui parler. Quelqu'un dont on se souvient tant n'est pas absent »
Sou pèlerinaire fini, il est revenu dormir auprès d'elle. Tous deux reposent dans le petit cimetière de Suint-Point, contre l'église de village où chaque jour M ,u « de Lamartine entrait se recueillir et prier. L'anfçeliis du soir, en s 'égrenant au clocher de pierres crises, se pose sur leur dernière demeure comme une caresse venue d'en haut. Un seul monument les recouvre de son ombre. Au fronton sont erravés ces mois qui pourraient résumer leur existence, à l'un et h l'autre : Spenwit anima mea (mon âme a espéré).
Ainsi vécut et mourut cette femme, qui eut pour /imbit ion et pour gloire de donner au monde un poète chrétien de plus.
Son oeuvre durera autant que celle de son fils, car elle subsistera dans les siècles des siècles. Oui, en vérité ! L '(«livre de l'enfant est une œuvre de génie ; IVuvrc de la mère fut une œuvre d'amour!