Mémoires du docteur Véron
par cette terrible démangeaison qu'un d'eux, M. Guizot dit l'austère, a appelée Yacarus du pouvoir, — ont, chaque fois qu'ils ont été renversés, donné de nouvelles forces à l'opposition systématique, et ont chaque fois laissé ce pouvoir diminué et par leur opiniâtreté et par leurs palinodies.
Mais nous n'avons à parler aujourd'hui que de M. Thiers : c'est sans contredit M. Guizot (l'austère) qui a précipité la ruine de Louis Philippe et lui a porté les derniers coups. — Mais, il y a été puissamment aidé par M. Thiers, qui, dans la coulisse, dirigeait l'opposition et l'excitait au point de ne plus pouvoir l'arrêter ensuite-, pompier impuissant contre l'incendie qu'il avait allumé.
C'est à M. Thiers surtout que Louis-Philippe attribuait sa ruine.
Peu de temps avant sa mort, il dit à Halévy, l'auteur de la Juive, qui était allé lui présenter ses respects à Claremont :
« Avec cette doctrine : Le roi règne et ne gouverne pas, on m'avait rendu impossible; je n'étais plus aux yeux de la France qu'un vieil avare plaçant des millions à l'étranger et faisant des coupes sombres dans les forets de l'État. »
Et M. Thiers, il y a quelques jours, se vantait d'être l'auteur de cette maxime constitutionnelle,que, — dans les anciennes Guêpes en 1839, — je tra-
duisais ainsi : « Le roi règne comme une corniche
autour d'un plafond ' ».
N'est-ce pas aussi M. Thiers, — le grand inventeur des formules d'opposition, — qu;, pour enchérir sur M. Guizot, qui avait inventé « l'amoindrissement de la France », — imagina « l'aplatissement » ? de la même. — N'est-ce pas lui qui faisait supprimer devant le nom du roi les deux lettres S. M. — tout le temps qu'il était dans l'opposition, et les faisait rétablir le jour même où le roi le faisait appeler?
N'est-ce pas chez lui, dans les cercles présidés par sa belle-mère, madame Dosne, — femme d'État à laquelle me semble un peu succéder mademoiselle Félicie, — qu'on appelait le roi papa d'Oliban ?
N'est-ce pas M. Thiers qui, en 1837, organisa la coalition, cette conspiration immorale, déshonnête, qui forme une seule armée sauvage de tous les partis et de* tous les hommes qui ne sont pas au pouvoir, contre celui et ceux qui occupent le pouvoir, — manœuvre criminelle et insensée qui rend à jamais tout pouvoir impossible et menace la France d'une ruine complète;
1. Le fou du roi Jacques s'assit un jour sur le trône de son maître, « Que fais-tu là? » lui demanda un courtisan. Il répondit : « Je règne ». x .
Cette coalition qui a placé la monarchie de Juillet sur une pente qui la conduisait inévitablement à sa perte et nous entraîna avec elle?
Une fois au pouvoir, M. Thiers, qui a joué ses alliés de l'opposition, essaie encore quelque temps des prodiges d'équilibre; — il continue, malgré leur défiance, à promettre à droite, à gauche ou au centre, — jusqu'au cinquième acte où Acaste et Clitandre, qui se sont expliqués, viennent dire à la Célimène en lunettes :
alceste :
Cette lettre par vous est écrite à Clitandre.