‹ On demande un tyranChapitre 19 sur 23 · CLITANDRE · texte numérisé non relu

CLITANDRE

D'un fort beau caractère on voit là le modèle*

Et vous savez comment cela s'appelle.

Il suffit — nous allons l'un et l'autre, etc.

alceste :

..... Je vous refuse, et ce sensible outrage De vos indignes fers pour jamais me dégage.

C'est-à-dire que le ministère Thiers est renversé, — et que M. Thiers retourne à l'opposition, fourbit s^s vieilles armes, réclame les libertés nécessaires et remonte à l'assaut du pouvoir.

C'est ce que M. Thiers appelle s'appuyer sur le pays entier et l'Assemblée entière.

« L'esprit révolutionnaire, a dit M. Thiers, se compose de passion pour le but et de haine pour ce qui fait obstacle. »

Louis-Philippe renversé, M. Thiers a énormément contribué à l'avènement de Louis-Napoléon Bonaparte.

N'est-ce pas lui qui a imposé au Constitutionnel, et à quelques autres journaux la candidature du prince Louis-Napoléon? N'a-t-il pas voulu lire, avant l'impression, les articles qui recommandaient cette candidature? n'a-t-il pas ajouté de nouveaux arguments, à ces articles ?

On pourrait dire encore qu'en 1849, — dans sa maison de la place Saint-Georges et avec le général Changarnier et le comte de Morny, M. Thiers a tenu un conciliabule où il fut question de dissoudre l'Assemblée par la force. — Il l'a nié, — et un de ses familiers qui avait raconté la chose, n'ayant pas accepté le démenti, a fait appel aux souvenirs de M. de Morny, qui a affirmé par écrit que cette

entrevue avait eu lieu. — Je donne les deux versions.

Donc, tandis qu'on peut encore discuter M. Thiers — disons : il faut maintenir à M. Thiers la présidence de la république pour un temps déterminé, mais court, — avec une définition exacte et inexorable de l'étendue de ses pouvoirs.

Il faut proclamer la république — et mettre un terme à cette plaisanterie dangereuse qui a trop longtemps duré d'avoir un président d'une république qui n'existe pas, — comme qui dirait un roi de la lune ou un empereur de la Grande Ourse.

Et quand on voit le gouvernement et l'Assemblée ne pas oser entrer à Paris, on pense à certains évê ques créés par le pape ; — je dois cependant constater une différence, c'est que chacun des membres de cette Assemblée qui ne veut pas rentrer à Paris y dîne, y soupe, y couche et s'y amuse ;

Tandis que des évéques in partibus infidelium, — au pouvoir des infidèles, — plusieurs, s'ils mettaient le pied dans leurs évêchés,y seraient inévitablement rôtis et mangés par leurs ouailles.

Le gouvernement de Paris in partibus doit finir.

Il faut nommer un vice-président de l'Assemblée. Il faut renouveler l'Assemblée par fractions et faire cesser cette autre facétie périlleuse, d'une Assemblée qui doit durer autant que M. Thiers, tandis que M. Thiers doit durer autant que l'Assemblée, — ce qui contient deux dangers :

D'abord la perpétuité de ce qui est, — ce qui veut dire sa chute prochaine;

Ensuite une phase d'anarchie, où nous verrons la France jouée aux dés lorsque ces deux pouvoirs expireront ensemble; — on pipe déjà les dés.

Cela fait, — on aura à s'occuper de modifier et de régulariser le suffrage :

De faire de sérieuses économies dont les fonctionnaires donneront l'exemple — par une grande réduction de leur traitement et la suppression de la piaffe du pouvoir ;

D'examiner sérieusement si l'impôt sur le revenu, — c'est-à-dire un nombre égal de journées de travail de gain ou de revenu, —

N'est pas le seul vrai, le seul juste, le seul égal, le seul honnête,— le seul qui ne soit pas absorbé en grande partie par les frais de perception.

Puis, en dehors des intérêts de quelques privilégiés, on aura à examiner le système de protection qui, s'il n'est pas limité quant à sa durée, ne protège pas une industrie, mais certains industriels, et protège en même temps la misère, la faim et la soif du plus grand nombre.

M. Thiers s'est opposé de toutes ses forces à la nomination d'un vice-président.

Il y avait un moyen, cependant, que cette précaution exigée par la plus vulgaire prudence, loin de le diminuer, grandît son caractère en augmentant sa part légitime d'influence.

Supposons M. Thiers commençant par se soumettre à la loi et aux ordres de l'Assemblée, en avertissant le président, par un message, qu'il désire faire personnellement une proposition à l'Assemblée.

Il monte à la tribune et dit :

« Messieurs les représentants, j'ai soixante-quatorze ans, et les deux années qui viennent de s'écouler, peuvent compter doubles comme on compte double, aux soldats, les années de campagne. Je remercie la Providence et pour moi et pour le pays, de

m'avoir accordé, pendant ces deux années, une vigueur et une santé que peu de gens peuvent espérer à mon âge, où l'homme n'a plus droit qu'à des sursis (marques de sympathie).

» Je puis mourir, messieurs, et celui qu'on a appelé quelquefois Mirabeau-Mouche espère mourir comme on l'a dit du grand auteur, en « odeur de patriotisme (applaudissements.)

» Je puis être malade, je puis aussi me trouver, sur une question quelconque, en désaccord complet avec vous, et, comme je ne suis que votre délégué, et qu'à ce titre je ne puis que vous obéir ou me retirer , je puis croire ma dignité obligée à ce dernier parti. (Agitation! Non! non! restez!)

» Il est encore possible que, dans cette situation de doute et d'incertitude dont tout le monde semble fatigué, quelque coquin hardi tente un mauvais coup comme en brumaire ou en décembre (mouvements en sens divers, murmures d'indignation). » On a prétendu quelquefois que j'aimais à. jouer au soldat, mais les facultés militaires, que je me sens moi-même, et c'était peut-être ma vocation véritable, n'ont pas eu assez d'occasions suffisantes de se manifester, pour que j'aie acquis, en ce genre, une suffisante notoriété ; — la nature, d'autre part, semble m'avoir refusé l'aspect qui convient, pour inspirer à la fois et la confiance au soldat et la terreur au crime (rires, —ça, c'est vrai, — Ah! qui sait? — rumeur prolongée).

» Je viens donc vous proposer de nommer, dès aujourd'hui, un vice-président (oui, non, — agltatation), qui soit toujours prêt à me remplacer immédiatement dans le cas de mort, de démission ou de maladie, et à monter à cheval, le cas échéant, pour se mettre à la tète de cette brave armée, qui nous a déjà sauvés une fois (bravo), sans nous dissimuler, messieurs, que, de toutes ces chances, cette dernière est celle dont nous devons le plus demander à la Providence qu'elle nous préserve, — car de tous les dangers que peut courir une nation libre, celui « dont elle doit le plus se défier, c'est d'être sauvée par quelqu'un. — J'ai dit » (bravo — rumeurs en sens divers).

M. Thiers descend de la tribune et est entouré de toutes les fractions de la Chambre qui lui serrent les mains et le félicitent. Après que le silence s'est péniblement rétabli, 31. le président Grévy dit à l'Assemblée :

« Messieurs,

» Après les paroles si pleines de raison et de patriotisme que nous venons d'entendre (bravo), le devoir de votre président est d'être votre organe pour remercier le grand citoyen qui vient de donner un noble exemple, et en faisant des vœux pour qu'aucune des mauvaises chances que son amour pour la patrie et sa haute raison lui ont fait énumérer — ne nous prive d'ici a longtemps de sa haute intelligence. »

ON DEMANDE UN TYRAN 28ô

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