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Bien peu d'hommes sont d'une couleur franche, unie, pure, vraie, sans mélange; presque tous sont rayés, quadrillés, mélangés, chinés, bariolés, panachés, jaspés, etc., le plus grand nombre sont nuancés, moirés et couleur gorge de pigeon, c'est-à-dire variant, changeant de ton et de couleur selon 1** jour auquel ils se trouvent exposés.
Il n'y a pas que les rois que Jupiter rend bêtes quand il a décidé leur ruine :
Quos vult perdere Jupiter dementat.
Il est des époques où les nations sont frappées de la même manière : c'est à ce qu'on appelle « esprit » à ces époques qu'on peut mesurer leur bêtise ou leur sottise, tels que certains assemblages d'idées ou de mots, à la mode pendant quelque temps, et ensuite ridicules... jusqu'à ce que... la même mode revienne.
Un philosophe, est-ce un philosophe ou un poëte? prétend que lorsque la Providence abêtit ainsi un peuple et lui ôte la moitié de son intelligence, c'est l'effet d'une bienveillance aneslhésique, pour lui enlever le sentiment de l'asservissement et de l'avilissement; comme de fumer .l'opium pour les Turcs.
C'est un moyen qu'elle emploie pour cacher et rendre moins cruelles, ou une opération douloureuse, l'extraction d'une dent, ou de la liberté ; ou les approches de la mort, comme avec la morphine ou le chloroforme.
C'est un spectacle étrange et bien digne des temps absurdes où nous vivons, de voir s'obstiner « à rester » à Versailles une Assemblée dont presque tous les membres sont à Paris.
Qui empêcherait les Parisiens, s'ils méditaient quelques violences, de s'emparer individuellement de plus des deux tiers des députés qui, tous les jours, viennent diner et coucher dans l'ex-capitale?
Comment expliquer qu'un danger qui menace sept ou huit cents hommes réunis et protégés par des troupes disciplinées et tous les bons citoyens, n'existe pas contre chacun isolé et sans défense?
Je suppose que les Parisiennes sont affligées et attristées de voir ainsi Paris déchu de son ancienne grandeur; Paris, autrefois la capitale du monde, n'être plus même celle de la France; Paris triste, sans plaisir, sans mouvement.
Ah ! si elles s'entendaient pour faire cesser cette déplorable situation !
Il ne faudrait que suivre l'exemple que donnèrent
OiNI DEMANDE UN TYRAN 287
les femmes romaines deux cents ans avant l'ère chrétienne.
On demande sans cesse des droits nouveaux pour les femmes, on réclame l'égalité, dit-on ; nous examinerons quelque jour ce que cette égalité reconnue leur coûterait. Qu'elles commencent donc par user de leur légitime et invincible pouvoir.
Il serait difficile de dire si les dames romaines dont je parlais tout à l'heure avaient lu Aristophane, ou si elles ne firent qu'obéir à leurs instincts naturels et à la conscience de leur pouvoir, lorsque, raconte Plutarque, pour forcer les sénateurs et le peuple romain à abolir la loi Oppia, qui posait des bornes à leur luxe, elles résolurent de se mettre en grève, ce qu'elles traduisirent par ce synonyme convenable : « Nous ne donnerons plus d'enfants à la république, jusqu'à ce que le Sénat ait abrogé la loi Oppia. »
Et la loi Oppia fut abrogée.
Certes, que les objets des empressements légitimes et, si j'ose m'exprimer ainsi, — ut ità dicam, — de l'admiration ultra-légale de tous nos représentants, se mettent résolument en grève, qu'il ne soit plus permis aux députés ni de baiser la main, ni de rien murmurer à l'oreille d'aucune femme, qu'un anathème soit lancé contre eux, qu'ils soient interdits, ^— interdicti, — de l'amour et du foyer, — foco et thalamo, — jusqu'à ce qu'ils aient, par un vote
unanime, décidé le retour à Paris, — ca ne serait pas long.
Faisons ce que je suppose que firent les daines romaines avant de prendre cette terrible et triomphante résolution; parcourons un peu la Lysistrata d'Aristophane.
C'était au temps de la longue et terrible guerre du Péloponèse. Les Athéniennes, entraînées par l'une d'entre elles, Lysistrata (qui termine la guerre), ont résolu de mettre fin à ces calamités.
« Ce sont, dit Lysistrata, les petites robes jaunes, les parfums, le fard, les jolies chaussures, et les tuniques transparentes, qui doivent nous sauver.
» Restons chez nous, sur les terrasses (euîct twv teywv), rehaussons nos charmes par tous les artifices de la parure, et résistons impitoyablement aux prières des hommes, jusqu'à ce qu'ils aient fait la paix avec le Péloponèse. »
Des émissaires fidèles ont fait faire aux Lacédémoniennes, de leur côté, le serment que les Athéniennes font à Vénus Colliade.
Le poète nous fait assister aux chagrins, aux sollicitations, aux colères des hommes: « Ni le feu, ni la panthère, disent-ils, d'après Euripide, ne sont aussi à craindre que la femme » ; — mais les femmes sont inflexibles.
« Ah ! les hommes croient, dit Lampito la Spariate, que nous ne sommes bonnes qu'à une chose,
Et les hommes sont obligés de céder, et, pour faire cesser la grève des femmes, les envoyés des deux nations se réunissent dans un banquet où, dit le chœur, — « le vin rend sages les hommes qui, à jeun, ne font que radoter. »
Si vous, négociant, marchand ou bourgeois, ayant des commis et des secrétaires, appreniez que l'un ou plusieurs d'entre eux ont établi leur logis à l'extrémité opposée du quartier où vous demeurez, vous leur diriez :
— Vous arriverez nécessairement trop tard au bureau, vous arriverez fatigué, vous essaierez de vous en aller trop tôt ; le mauvais temps vous empêchera quelquefois de venir; une foule de ces petits accidents ou incidents qui se multiplient en proportion de la longueur du chemin, vous arrêteront et vous retarderont.
Logez-vous dans mon quartier.
Les députés veulent rester siéger à Versailles. Eh bien! alors, qu'ils demeurent à Versailles.
Qu'on établisse des logements, des baraques comme pour les soldats. Qu'on leur applique avec de nouvelles raisons très-puissantes, ce que j'ai déjà proposé, que la rétribution soit payée en jetons de présence, ou mieux en une carte donnée en entrant, contrôlée en sortant, qu'un certain nombre d'absences, dans le mois, entraîne une assez forte amende, et qu'un nombre d'absences
plus grand et fixé d'avance, soit l'équivalent d'une démission.
En effet, presque tous les députés demeurent à Paris. Je lis dans un journal que le président de la Chambre lui-même y a son domicile et que madame et mademoiselle Grévy ne viennent à Versailles que pour les réceptions officielles.
Voyez que de raisons, de prétextes, assiègent les représentants, pour ne pas venir, pour venir tard, pour partir avant la fin des séances; que de temps perdu sur les chemins, temps qui pourrait être employé à travailler, à étudier les questions, — à entretenir, une correspondance avec les électeurs.
Je le répète, il n'y a pas à tergiverser, si les députés veulent rester à Versailles, qu'ils y restent, mais qu'ils y demeurent, et que l'on mette lin à cette mauvaise plaisanterie d'une assemblée qui reste et siège dans une ville quand tous ceux qui la composent demeurent dans une autre.