L'ARCHITECTE J
j'ai à vous remettre de sa part cette traite de cinq cent soixante-sept mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf francs." S Saperlipopette I Voilà qui valait mieux qu'une commande ! Et si l'empereur de la Chine en personne, accompagné de tous ses mandarins, était venu prier M. Henri Burtal de
10 lui construire une pagode d*une quarantaine d'étages dans le goût de la tour Eiffel, le sympathique visage de l'artiste n'eût pas exprimé plus de surprise et de joie.
15 Et, quand il se fut assuré de sa chance inespérée, quand il eut bien examiné le papier prestigieux et fait répéter à l'abbé Moulin sa déclaration :
20 "Quel bonheur!" s'écrîa-t-il, les yeux irradiés ; " c'est trop beau, cela.
. • Ah ! monsieur l'abbé, nous n'a-
pondit le prêtre avec embarras et cherchant ses expressions, " qui vivait selon les erreurs du si^le . . .
qui s'adonnait au plaisir . . .
— Comme un viveur, tranchons le s mot," reprit Henri Burtal. " C'est la pure vérité, et j'aime mieux vous l'avouer tout de suite. . . Voulezvous mon histoire ? A vingt-trois ans, j'étais riche, libre, pas vilain gars, et lo j'avais dans les veines un diable de sang 1 ... Je fis un voyage en Italie, soi-disant pour me perfectionner dans mon art, et quand j'en revins, j'étais en état peut-être de construire des 15 arènes tout à fait confortables pour livrer des chrétiens aux bêtes féroces, mais j'étais bien capable aussi, dans le cas oli l'on m'aurait donné à bâtir une maison de cinq étages, d'oublier 20 la cage de l'escalier et les éviers pour les cuisines. • • Par le fait, je m'étais
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occupé là-bas bien moins du Colisée et de Saint-Pierre de Rome que des jolies yf^rtfi* qui rôdent, le soir, devant les cafés, et vous offrent de petits 5 bouquets. Et, de retour à Paris, je continuai ce genre d'études. . . Mais je ne vous offense pas, monsieur ? . . .
— Allez toujours," répondit le bonhomme. " J'en entends bien d'autres
lo au confessionnal.
— Dans la maison oîi je demeurais alors, ici tout près, rue de Vaugirard, j'avais pour voisines Cécile et sa mère. Seulement j'habitais, au se-
i5Cond, une jolie garçonnière, tandis que ces dames logeaient là-haut sous les toits. Très pauvres, ces dames.
La maman, veuve d'un employé du ministère, grignotait une petite pen-
2osion, et la fille, qui était élève télégraphiste, partait tous les matins, son petit carton sous le bras, pour aller
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piocher, rue de Grenelle, son alphabet Morse. Je la trouvai tout à fait charmante, et il me sembla, après quelques regards échangés, que je ne lui déplaisais pas. Cela commença 5 par des coups de chapeau dans Tescalier, par des bouts de conversation de voisine à voisin. . . L'épouser ?
Je le pouvais, et j'y songeais quelque peu. Mais j'étais si léger, alors . . . lo Quelques jours après, un littérateur de mes amis, de qui Ton jouait une comédie au Gymnase, me présenta à la jeune première. Je me ferai suffi.samment comprendre en vous disant iS que, pendant une année environ, ce fut moi qui enrichis de diamants la cassette, et encombrai de fleurs la loge de Tactrice. . . A ce jeu, un assez gros morceau de mon patri- 20 moine, que j'avais entièrement confié à Renaudel, était déjà dissipé, lorsque