‹ On se bat sur merChapitre 11 sur 62 · XII. — La fourragère · texte numérisé non relu

XII. — La fourragère

Par T. S. F., la Foudre a prévenu l'armée navale.

En ce matin radieux du 11 novembre 1915, le grand port de Malte attend le Nord-Caper. Le long des murs de La Valette, au pied des remparts de Floriana, les navires sont, ce jour-là, nombreux. Fran-

çais venus de Toulon et de Bizerte. Anglais descendus de Moudros. Équipages massés sur les passavants, officiers sur les plages arrière, gardes alignées, musiques prêtes.

Le voici. Entre la ligne des dreadnoughts et celle des croiseurs de bataille, il s'avance, rafiot minuscule, peinture rongée par la mer, cheminée encroûtée de sel, dunette encombrée de butin mis en tas, matelots aux postes de manœuvre, haillonneux.

Couvert de gloire.

Des hourrahs sans fin. La Marche Lorraine etla Marseillaise que jouent les Anglais. Tous les bâtiments crient leur admiration à cette poignée d'hommes à défroque râpée, qui amène prisonnière et alignée entre la cheminée et le mât de misaine, la troupe magnifique des beaux gaillards flambant neufs qui, eux, sont les vaincus... Élégants officiers en grands manteaux clairs, en bottes vernies... mais dont les sabres sont dans la cabine de Lacombe, avec le pavillon rouge à croissant et étoile blancs, le pavillon de la goélette sans nom. Sous-officiers, soldats superbes, hauts de six pieds, faces d'ébène ou de bronze patiné, vêtus de khakis tout neufs, impeccables... surveillés par deux ou trois petits gars de chez nous et par Kristoulakis, arsenal vivant.

Oui. Trente hommes, dont vingt étaient sans armes, trente marins commandés par un fameux chef, avec leurs poings, avec leur furie française, et sans verser une goutte de sang, ont capturé quarante-trois soldats d'éUte, turcs, bédouins, arabes, armés jusqu'aux dents.

Le chalutier stoppe, l'ancre tombe. Vers le Nord- Caper, des yoles se hâtent, arborant des marques d'amiraux.

Et, sans attendre, le commandant en chef de l'armée navale française fait, des vareuses élimées de nos matelots, le plus bel uniforme du monde, en y accrochant la fourragère glorieuse, qu'aucun bâtiment de surface de la flotte française n'a encore obtenue.

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