V. — Treize postes ennemis
Parmi les quinze cents kilomètres de côte hostile qui s'étendent de Bab-el-Mandeb au golfe d'Oman, le point le plus exécrable est la baie de Khorya- Morya.
Dès qu'on s'y engage, le coup de vent devient tempête, nul ne sait pourquoi. Il y a une trentaine d'années, les Anglais ont tenté de faire d'une des îles de la baie, un point d'atterrissage du câble Aden-Bombay. Le vent et la mer ont tout démoli. Et personne n'est plus revenu, jamais.
La mer est vide, comme la côte qu'elle baigne. Un désert fait suite à l'autre. La houle calcaire du Djebel Harat aux îlots de granit bleu prolonge la houle de l'Océan. C'est le morne Hadramaout, dont le rivage, brûlé par le sel, nourrit tout juste quelques tamaris, quelques acacias et des genévriers thurifères qui pleurent des larmes d'encens.
A l'intérieur, vivent les Mahra nombreux, hardis, traîtres, rusés, pilleurs d'épaves à l'occasion. Occasion rare. Les navires ne se risquent guère par là. Pendant la mousson de sud-ouest, les boutres arabes eux-mêmes, qui portent à Mascate le sel et le poisson séché, évitent Khorya-Morya.
Cinq îles se dressent dans la baie, cinq morceaux de désert pierreux et chauve. Hallaniya est de granit noir, Kirzouet est de granit rouge. Soda et Kabliya sont de calcaire gris; on ignore de quoi est faite