CAUSES DES RACES
ses produits de tout poil soyeux, et n'avait plus que des moutons à laine pur^ .
Voilà, certes, de beaux résultats et qui assurent à la mémoire de Daubenton la reconnaissance de la science et de son pays«
Les variations, qui font les races, sont, je Fai dit, superficielles, fugitives ; et ce qui le prouve bien, c'est qu'à la première occasion donnée, eues s'effacent ; la race disparaît, et ce qui renaît, c'est Yespèce» Lors de la conquête du nouveau monde, les Espagnols n'y trouvèrent aucun animal de l'ancien continent. Ils y portèrent nos animaux domestiques. On les y lâcha. Rendus à la liberté, ces animaux redevim*ent sauvages au bout d'un certain temps, et reprireat leur type primitif. Le cochon redevint le sanglier, le mouton redevint le mouflon.
£n fait de variations , les plus profondes se voient dans le chien, celui de tous nos animaux domestiques sur lequel, dit Buffon, la main de r homme a le plus appuyé; et me voilà amené à vous parler de la domesticité des animaux, cette autre cause provocatrice de la race.
Buffon disait, en termes généraux : c< La domesticité des animaux est due à la puissance de l'homme ; » proposition vague et qui tféclaîrcit
rien. Pourquoi donc la puissance de l*homme n'a-l-elle agi que sur certains animaux ?
Avant Frédéric Cuvier, personne n'avait sérieusement pensé sur cette question. Personne même ne se Tétait véritablement posée. Cet excellent observateur nous a appris que la cause primitive de la domesticité des animaux est la sociabilité^ : tous les animaux qui vivent en troupes peuvent être rendus domestiques ; aucun animal, vivant solitaire, n'est jamais devenu domestique.
Toutes nos espèces domestiques sont primitivement sociables. Nos chevaux portés dans le nouveau monde, et redevenus sauvages, y vivent en troupes, en société. Gmelin et Pallas ont vu, en Tartarie, des troupes de plusieurs milliers de chevaux sauvages : ces chevaux se donnent un chef, qui est toujours un vieux mâle. Les chiens sauvages, en Amérique, sont également sociables; ils s'associent pour chasser, pour se creuser des terriers. L'àne primitif, que l'on trouve encore dans le centre de l'Asie, y vit en troupes nombreuses. II en est de même du mouflon, type
{ . Voyez mon livre intitule : De Vinstinct et de VinteUigence des animatix.
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du mouton; de même encore du tdureau sauyage. Tous ces animaux ont Tinstinct de la sociabilité, instinct que Thomme a su faire tourner à son profit.
La mission première de Thomme a été la domination du globe : pour y arriver, il lui a fallu d'abord disputer l'empire aux éléments, à la nature inorganique ; puis il a fait la guerre aux êtres animés. Le point le plus important, pour lui, a été de ^e créer un parti parmi les animaux. II s'est associé le chien, et il l'a si bien gagné que le chien est devenu l'ami, l'auxiliaire de l'homme, qu'il a pris le parti de l'homme contre les autres chiens. Après cette conquête, l'homme a fait celle du cheval. Avec ces deux auxiliaires, il lui a été facile de se rendre maître de tous les autres animaux.
On me fera peut-être cette objection. Nous avons fait un animal domestique du chat, qui cependant n'est pas, naturellement, un animal sociable.
Je réponds qu'il faut essentiellement distinguer
l'animal apprivoisé de l'animal domestique. Un
animal apprivoisé est un animal assoupli, adouci.
On peut apprivoiser l'ours, dont l'espèce, comme
on sait, n'est pas du tout sociable, et, jusqu'à un
certalD point, le loup, la panthère. Pline nous parle de chars traînés par des panthères chez les Romains. Nous avons vu, à Paris, jusqu'où peut aller Tue* tion des dompteurs de bètes féroces sur le lion, sur le tigre. L'apprivoisement dont ces animaux sont susceptibles est tout individuel.
Le chat n'est pas devenu domestique : il n'est qu'apprivoisé. Il se sert de nous, de notre maison, de la proie qui s'y cache. Il est l'ami de l'habitation, non de l'habitant. On ne peut établir aucune analogie entre le chat, qui, dans la fréquentation de l'homme, recherche uniquement son propre avantage, et le cheval, qui partage les travaux de l'homme, ou le chien, qui partage jusqu'à ses douleurs.