TROISIÈME LEÇON
L'espèce est permanente. — Elle est fixe. — Question de fixité ou de mutabilité de l'espèce : historique. — Maillet. — Robinet. — Lamarck. — Théorie des arrêts de développement. — La fixité de l'espèce prouvée par les faits.
Nous l'avons vu dans ma dernière leçon : la fécondité continue donne le caractère de l'espèce ; la fécondité bornée donne le caractère du genre.
Lorsque, dans la classification, on s'arrête aux caractères de similitude, on reste dans le vague, dans l'arbitraire. Il faut un caractère certain : ce caractère certain, nous le trouvons dans la fécondité continue pour Vespèce^ et dans la fécondité bornée pour le genre.
Passé ces deux groupes (espèce et genre),
toute parenté finit. 11 n'y a plus consanguinité \
Tous les autres groupes ne sont plus, comme je Tai dit^ que de simples collections.
Venons au second caractère de V espèce : le premier est la fécondité continue, le second est la fixité.
Nulle espèce ne finit d'elle-même.
Depuis la première apparition de la vie sur le globe, ce globe a été soumis à un grand nombre de révolutions. Ce qu'il a péri d'animaux, à chaque révolution, est innombrable.
Mais ces espèces ont disparu par suite d'une violence extérieure. Sans cela, elles se serai.ent perpétuées.
11 est vrai encore que les types primitifs de beaucoup d'animaux, du chien, du bœuf, etc., ont disparu. Mais cette disparition est due à l'influence de l'homme.
L'espèce est de soi impérissable, éternelle.
Et puisqu'elle est éternelle, elle est fixe. Buffon
1 . Dans V espèce^ il y a consanguinité au sens absolu : tous les individus sont de môme sang^ ils sont tous venus, ou ont pu venir les uns des autres. Dans le genre, il n'y a que consanguinité relative : les individus ne sont plus du même sang, mais ils sont d'un sang qui peut se mêler. Ils peuvent produire ensemble.
FIXITÉ De L'espèce. 19
Ta dit en termes magnifiques : a L'empreinte de « chaque être est un type dont les principaux m traits sont gravés en caractères ineffaçables et tt permanents à jamais ^ . »
Oui, l'espèce est fixe. Comment pourrionsnous trouver le caractère certain d'une chose qui changerait?
La question de la fixité ou de la mutabilité des espèces a été le grand champ de bataille des naturalistes philosophes.
Les partisans de la mutabilité ont précédé les partisans de la fixité, et il en est toujours ainsi dans les sujets très-compliqués : les idées saines, les idées justes, les idées démêlées n'arrivent que les dernières.
A considérer la chose superficiellement, nous serions porté à croire que les espèces peuvent changer. Prenons le cheval : il n'y en a pas deux d'absolument semblables, pas plus qu'il n'y a, sur un arbre, deux feuilles qui se ressemblent parfaitement. Parmi les hommes, de même. Voyez deux frères : il y a bien un fond de ressemblance, mais aussi que de différences! dans la taiile, dans la physionomie, dans la coloration des
i. Be la nature. »— Seconde vue, t. III, p. 418.
cheveux, etc. Et si nous venons à comparer les différentes races entre elles, combien les différences seront-elles plus sensibles encore !
Toutefois , lorsqu'on examine les choses de près, on voit que l'empreinte fondamentale, le type, ne change pas.
Dans l'historique des idées que l'on s'est faites sur la mutabilité des êtres, je ne remonterai pas plus haut que le milieu du dix -huitième siècle.
Je commence par les idées de Maillet.
Maillet était consul de France en Egypte. Sa position lui donnait du loisir : il l'employa à observer, à penser. C'était d'ailleurs un homme d'esprit et capable.
Il tira de ses observations cette conclusion, que la terre, à une certaine époque, avait dû être couverte d'eau sur toute sa surface. En cela il avait raison. Donc, disait-il, tous les animaux ont dû commencer par être des animaux aquatiques, par être des poissons.
Les eaux se retirant, ils ont éprouvé des métamorphoses. Les poissons qui rampaient au fond de la mer sont devenus des reptiles. Les poissons qui s'élevaient au-dessus des eaux, les poissons volants^ sont devenus des oiseaux : leurs na-