FIXITÉ DE L'ESPÈCE
geoires se sont chaDgées en ailes, leurs écailles en plumes, etc., etc. Maillet va jusqu'à dire que les mammifères et l'homme lui-môme ont commencé par être poissons.
Ces idées de Maillet sont exposées dans un livre publié en 1748, après sa mort, et intitulé : Telliamed^ mot qui est l'anagramme de son nom (De Maillet) ^
Voltaire s'est beaucoup moqué de Xhomme-poisson. Il n'eu est pas moins vrai que Maillet a eu le mérite, par ses bizarreries mômes, d'éveiller l'attention sur un sujet au fond très-sérieux.
Robinet vint ensuite. Son livre, publié en 1768, est intitulé : Essais de la nature qui apprend à faire Vhomme.
Robinet, à l'exemple de toute une classe de naturalistes et de philosophes, de Buffon, entre autres, personnifie la Nature.
Suivant lui, la Nature a commencé par créer
1 • Maillet faisait, au reste, bon marché de ses rêveries et en riait le premier. Il dëdie son livre à Cyrano de Bergerac (l'auteur du Voyage dam la Lune et de VEistoire comique des États et Empires du Soleil) ou plutôt à son ombre (cet autre fou était mort en 1655). « C'est à vous, « illustre Cyrano, que j'adresse mon ouvrage, dit Maillet. « Puis-je choisir un plus digne protecteur de toutes les « folies qu'il renferme? »
des vers, puis des insectes, des scarabées. Plus tard, elle a osé davantage et a fait le crustacé. Puis, elle a placé en dedans les plaques extérieures du crustacé et en a fait des vertèbres : de là le serpent. Après le serpent, est venu le lézard. Les pattes de devant du lézard se sont transformées en ailes, et de là l'oiseau. De progrès en progrès, la Nature a formé les quadrupèdes, les quadrumanes et enfin l'homme.
Il serait puéril de s'arrêter à faire sentir le ridicule de ces idées. Mais on est confondu quand on voit, dans notre siècle, des hommes de génie se laisser aller à des idées tout aussi absurdes.
M. de Lamarck, par exemple, tire tous les animaux de la monade. De la monade, il passe au polype. Au moyen des efforts qu'il s'impose et des habitudes qu'il prend, le polype se donne successivement toutes les formes jusqu'aux plus élevées.
L'habitude joue un rôle incroyable dans les rêveries de Lamarck.
Il y a des oiseaux à jambes courtes et des oiseaux à jambes longues. Le martinet les a trèscourtes , c'est parce qu'il s'est plus appliqué à voler qu'à marcher. Au contraire, les oiseaux de