INTRODUCTION XXVII
A. Diversité du régime industriel. — En premier lieu, le régime industriel du xv® et du xvi® siècle a été infiniment plus divers et plus instable que ne le prétendent amis et ennemis des anciennes communautés. Les socialistes chrétiens qui rêvent de rétablir Torganisation des jurandes, les économistes orthodoxes qui n'en prononcent le nom qu'avec horreur, tous sont d'accord pour voir dans ce régime un bloc qu'il faut admirer ou rejeter en entier. Mais ce bloc n'a jamais existé. La belle ordoiinance des corporations, avec leurs statuts, leur gouvernement intérieur, ont frappé les imaginations au point de faire croire que, dans la France entière, le travail était organisé sur la base corporative et que toutes les communautés étaient régies par des législations à peu près semblables. Or, cela n'est pas. L'une des principales causes de l'illusion que ce livre a la prétention de dissiper, c'est qu'on étudie trop exclusivement l'histoire des corporations parisiennes. Ouvrez nos histoires des corps de métier, sans en excepter la dernière en date, celle de M. Martin Saint-Léon, qu'y trouvezvous? Un exposé assez complet, pour chaque période, de l'organisation des communautés de Paris; puis, à la fin du chapitre, une revue rapide des institutions similaires de la « province » : comme si cette expression, « la province », avait une valeur autre que négative; comme si elle n'embrassait pas, en somme, la France entière, Paris seul excepté. On note bien, dans ces annexes au chapitre principal, quelques-unes des différences caractéristiques entre l'organisation de tel métier à Paris et l'organisation
dti même ioQétîer à Rouen ou à Toulouse ; niais Tidée qui reste dans Tesprit du lecteur, c'est que ces différences sont insignifiantes et que tout le travail français est organisé sur le modèle parisien.
Paris se trouve posséder sur ces sujets une maôse énorme de documents, facilement accessibles aux ehercheups, aux Archives nationales, à celles de la Jxféfecture de police, à la Bibliothèque ; un très grand nombre d'entre eux sont même publiés dans Y Histoire généralede Paris. Cette masse en impose, et fait illusion. Ces documents, émanés plus ou moins directement du pouvoir royal, se caractérisent par uûe clarté, un esprit d'ordre et de méthode qu'on trouve /arement dans les statuts provinciaux,et qui séduisent l'érudit. Ajoutez que les industriels parisiens de ce temps-là, étant d'un tempérament peu aventureux, cherchaient plutôt à resserrer qu'à relâcher les liens dont on les enlaçait ; la liberté du travail était leur ennemie, leur idéal était un règlement de tout repos. Aussi la législation industrielle parisienne est-elle très riche et très minutieuse.
. Doit-on en conclure qu'il en était ainsi par toute la France ? Ce serait oublier la situation spéciale où se trouvait Paris : la royauté y était toujours présente, au moins par sa justice ; la municipalité n'y possédait, depuis la fin du xiv® siècle, aucune espèce d'autonomie; malgré son vain titre de prévôt des marchands^ le chef de cette municipalité n'est pas le véritable chef des corps de métier, et ce n'est pas dans les actes du bureau de ville qu'il faut chercher l'histoire des communautés parisiennes. Pour leurs