L ORGANISATION DU TRAVAIL
(art. 44) : « Que tous les ouvriers de martel» seront tenus de faire entièrement leur pîarde, chacun jour... Et seront tous assemblés ensemble un peu avant Theure de leurdite piarde devant les entrées des montagnes où ils prendront ensemble leurs chandelles, et entreront tous à une fois par ordre dedans lesdites montagnes » . Tant pis pour les retardataires : « Et si aucun y en avait qui ne fût à cette heure avec eux et venait après, pour peu qu'il demeurât [de si peu qu'il fût en retard], n'aura point de chandelle et n'entrera point dedans la montagne ledit lour; ainsi perdra sa piarde, qui lui sera rabattue de son salaire. »
Il importe aussi d'assurer la succession ininterrompue des équipes (art. 43) : « Quand lesdits ouvriers seront dedans ladite montagne, seront tenus d'attendre l'autre piarde qui doit venir après eux, et ne bougeront de leurs chambres jusques à ce que l'autre piarde soit venue et entrée en ladite montagne, sur peine de perdre leur piarde. » Non seulement il ne faut pas qu'il y ait d'interruption collective dans le travail, mais il ne faut pas non plus d'interruption individuelle (art. 46) : « Si aucun desdits ouvriers, par malice ou autrement, saillait avant que sa piarde saillît ensemble ou que l'autre prochaine ne fût venue », il perdra le salaire d'une journée ; en cas de récidive, le salaire de deux journées ; à la troisième fois il paiera dix sols d'amende. A l'amende s'ajoutent des dommages-intérêts dans le cas où il aurait débauché des camarades. S'il a une raison légitime pour sortir, maladie ou accident, il devra en avertir ses compagnons d'équipe et le gardien des chandelles. Il ne doit ni empêcher ses camarades de travailler, ni leur prendre
(1) C'est-à-dire qui travaillent avec le marteau, les mineurs proprement dits
leurs outils, ni perdre le marteau et les coins qui lui sont confiés par Tadministration.
A ces prescriptions d'ordre purement industriel s'ajoutent des règles morales et disciplinaires : « Les maîtres de montagne, ouvriers, manœuvres et autres, besognants èsdites mines, ont le temps passé vécu sans règle et sans crainte de justice, par quoi ils ont fait et commis plusieurs fautes. » Dorénavant les blasphémateurs de Dieu et de la Vierge seront punis d'amende ; ces amendes seront doublées à chaque récidive, et à la quatrième infraction le coupable sera exclu des mines. Le port d'armes est interdit, « sinon tant seulement petils couteaux pour couper pain et viande ». Défense de s Injurier entre eux, de se livrer à des voies de fait*, de s'absenter du périmètre des mines sans congé du maître de montagne , « de mettre ni tenir femmes amoureuses dedans la maison oîi se fera la dépense et habitation ».
Le gouverneur des mines prononcera les peines, jugera les contestations entre maîtres et ouvriers. Mais le roi n'a pas voulu faire de ce gouverneur un despote : « S'il faisait aucuns griefs ou extorsions auxdits maîtres, ouvriers, manœuvres et serviteurs », ceux-ci pourraient faire appel au bailli de Mâcon ou au sénéchal de Lyon. Dans l'ensemble, ce règlement est donc inspiré par une réelle sagesse, par le désir d'assurer à la fois la bonne exécution du travail, le bien-être et la moralité des travailleurs.
Comment les règlements d'atelier étai, nt-ils portés à la
(1) Ajoutez la curieuse défense « de faire ordure n i soi vider [sic] dedans ladite montagne •, sous peine de perdre une semaine de salaire, « attendu que par la puantise et infection de telles ordures surviennent plusieurs inconvénients aux ouvriers, manœuvres et autres ». C'est Tune des premières apparitions de l'hygiène dans un règlement industriel.
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connaissance des ouvriers? Dans un métier au moins nous voyons déjà apparaître Tusage moderne qui consiste à afficher le règlement dans Tatelier même. Une sentence rendue par le Châtelet (10 janvier 1601) contre les compagnons cordonniers, rappelle les règlements qui interdisent le travail clandestin, « et enjoint à tous les maîtres d'en avoir un imprimé en leur boutique ». Ce règlement sera également affiché dans les carrefours, où les compagnons se réunissaient pour se faire embaucher.