‹ Onvriers du temps passéChapitre 7 sur 36 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

§ 1. — Sujet de ce livre

Le sujet de ce livre est le suivant : Entre le milieu du XV® et les premières années du xvu® siècle, quelle était, en France, la condition des ouvriers d'industrie?

Il est à peine besoin de justifier le choix de ce sujet. Peu de questions peuvent nous intéresser plus vivement, à l'heure actuelle, que celle de savoir comment vivaient autrefois les classes ouvrières, quels rapports existaient entre le capital et le travail. Ceux qui veulent maintenir telle quelle Torganisation actuelle du travail, ceux qui rêvent d'évolution ou de révolution sociale, tous ont un égal intérêt à savoir comment les problèmes qui les passionnent se sont posés et comment on a essayé de les résoudre dans le passé. En fait, conservateurs et réformateurs ne font jamais, dans leurs raisonnements, complètement abstraction du passé ; leur idéal social se réfère ou s'oppose non seulement à la réalité sociale actuellement vivante, mais à la conception qu'ils se font de

la réalité sociale à un moment donné de l'histoire. Parmi les idées-forces qui dirigent Faction de Thumanité, les souvenirs historiques, les résidus des expériences antérieures jouent un rôle au moins égal à celui des concepts formés directement au contact des choses, et à celui des rêves d'avenir. Les rêves d'avenir eux-mêmes sont construits tantôt avec des débris du passé, tantôt avec des négations du passé, ou du moins débris et négations de la conception, vraie ou fausse, que nous nous faisons du passé. En ce sens on peut reprendre la formule célèbre d'Auguste Comte et dire que le cerveau de l'humanité se compose, en tout temps, de plus d'idées mortes que d'idées vivantes.

S'il en est ainsi, il est essentiel que notre conception du passé soit une conception objective, strictement conforme à la réalité historique, et non pas la construction arbitraire, charmante ou repoussante^ de notre imagination. Avant de savoir si tels ou tels éléments du passé peuvent devenir parties intégrantes de l'édifice de l'avenir, il faut d'abord avoir soumis chacun de ces éléments à l'épreuve d'une critique sévère. Tout essai de solution de la question sociale doit être précédé par une histoire de la question sociale. Et cette histoire, il y a tout avantage à ce qu'elle soit écrite, non par un sociologue, mais par un pur historien, par un homme que n'anime aucun intérêt de parti ; qui n'appartienne ni au socia- Usme chrétien, ni au collectivisme révolutionnaire, ni à l'orthodoxie économique, mais qui ait pour préoccupation essentielle, pour curiosité dominante celle-

Page 1