INTRODUCTION XV
ci : savoir comment les choses se sont passées. Tant pis si ses constatations sont désagréables aux théoriciens.
Pourquoi ai-je limité mon enquête à la période qui va du milieu du xv® aux premières années du xvii* siècle? — Au xiii® et au xiv® siècle, la France a joui d'une organisation du travail relativement uniforme et stable ; c'est Tâge d'or du régime des communautés industrielles ; et, sans croire que cet âge n'a connu ni les conflits ni les misères, on peut admettre que la condition des ouvriers n'y a pas été trop mauvaise. Celte période a été, pour ce qui concerne l'industrie parisienne, admirablement étudiée par M. G. Fagniez \ — Au xvii® siècle, nous assistons, avec Golbert, à la constitution d'un nouveau régime corporatif, très puissamment organisé, très étroitement placé' sous la domination de l'Etat, et qui ne sera détruit que par Turgot et la Révolution française ; ce régime, qui est proprement Yancien régime économique, a naturellement attiré l'attention d'un très grand nombre d'historiens. Mais, dans Tentre-deux, entre les guerres anglaises et Golbert, s'étend une longue période, particulièrement intéressante ; on voit s'y disloquer peu à peu le régime des communautés, à la fois industrielles et rehgieuses, du temps de saint Louis; on voit l'Etat chercher à prendre, en matière économique, cette autorité absolue qu'il acquerra au xvii® siècle. La révolution économique
* Etudes sur l'industrie à Paris au xiii» ei au xiv» siècle. — Depuis, M. Fagniez a publié un recueil de Documents sur l'histoire du commerce et de l'industine du !•' au xv» siècle, qui porte sur toute la France.
déterminée par la découverte des nouveaux mondes, la révolution sociale que marque l'avènement de la bourgeoisie, la révolution politique qui prépare le triomphe de la royauté, la révolution scientifique et industrielle causée par la Renaissance, la révolution religieuse elle-même, tous ces faits agissent pour modifier la condition de Fouvrier. S'il fallait absolument donner des dates, la période que nous étudions ici serait enclose entre 1467, date des principales ordonnances de Louis XI sur les métiers, et 1581, date de la grande ordonnance par laquelle Henri III voulut étendre à tout le royaume Tinstitution des jurandes. Mais rien n'est faux comme une date trop précise : les ordonnances de Louis XI ne sont pas une chose absolument neuve et ne tracent pas une coupure entre ce qui précède et ce qui va suivre; l'ordonnance de 1581 est d'abord restée lettre morte, puisqu'elle a dû être renouvelée par Henri IV en 1397 ; celle même de 1597 n'a été ni immédiatement ni complètement exécutée. Toujours est-il qu'il no faut pas croire que, de Charles VI à Henri IV, rien n'a changé dans la condition des ouvriers, et, supprimant délibérément deux ou trois siècles d'histoire, faire du ministre de Louis XIV le continuateur du prévôt de saint Louis.
§ 2. — Sources
Les principales sources de ce livre sont naturellement les statuts mêmes des communautés. Presque tous ceux qui intéressent Paris sont aujourd'hui