‹ Onvriers du temps passéChapitre 9 sur 36 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

reproduits dans les trois volumes publiés par M. de Lespinasse [Méliers el Corporations de Paris) dans la collection de VUisloire générale de Paris. Le troî-' sième volume de ce recueil n'était pas encore paru lorsque j'ai commencé mon travail. C'est ce qui explique que mes recherches aient été faites presque exclusivement aux Archives nationales; j'y ai dépouillé le fonds des Bannières (registres Y), qui contient l'enregistrement au Châtelet de tous les actes relatifs aux communautés, et la collection Rondonneau (série ADxi), oîi l'on retrouve une masse énorme de documents imprimés ou manuscrits. On ne s'étonnera donc pas de voir, au bas des pages, plus de références aux fonds des Archives nationales qu'au recueil de M. de Lespinasse. A la Bibliothèque nationale, j'ai utilisé les recueils de La Marre et Anisson-Duperron, et les factums du recueil Thoisy. En dehors de Paris, je n'ai pu étudier directement, sur pièces originales, que l'industrie lyonnaise : les Archives communales (séries BB et HH).et départementales [Registres de la sénéchaussée) m'ont fourni des renseignements de premier ordre.

Grâce à l'excellente Bibliographie des corporations de M. Hipp. Blanc, j'ai pu profiter de nombreux travaux antérieurs. Je signalerai en particulier ceux de MM. Pagart d'Hermansart sur Saint-Omer, Ouin- Lacroix sur Rouen, Cauvin sur le Mans, A. Bourgeois sur Blois, du Bourg sur Toulouse et le Midi. Comme travaux d'ensemble, je tiens à citer au premier rang X Histoire des classes ouvrières de M. Levasseur ; le maître illustre auquel ce volume est dédié et qui a bien

XVm OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ

voulu m'encourager à Técrire, a su éviter, dans son livre, Terreur ordinaire des économistes; il a trop le sens de l'histoire pour sacrifier jamais la réalité vivante à des théories toutes faites ; bien souvent, le lecteur s'en apercevra, je n'ai fait que développer et confirmer quelques pages de son histoire. Je n'en dirai autant ni des livres de M. d'Avenel, ni de ceux, tout imprégnés de socialisme chrétien, de M. Hipp. Blanc. U Histoire des corporations de M. Martin Saint- Léon, bien qu'elle ne soit pas l'œuvre d'un esprit absolument désintéressé, est écrite avec conscience et ne manque pas de solidité. Je ne l'ai connue qu'au moment de mettre sous presse, et d'ailleurs c'est précisément la période dont je m'occupe que M. Martin Saint-Léon a le moins profondément étudiée.

Je sais trop ce qui a manqué à ce livre pour être autre chose qu'un essai. Ce ne sont pas quelques recherches à Lyon, c'est un dépouillement complet des registres du consulat lyonnais pendant deux siècles qu'il aurait failli faire avant d'écrire ce volume. 11 aurait fallu explorer aussi d'autres archives communales \ archives notariales, etc. Les procès nous renseignent plus exactement que le texte môme des lois sur le fonctionnement réel d'une institution ; il aurait donc fallu dépouiller les registres des Parlements et les procès-verbaux des Grands jours. On pardonnera à un modeste travailleur, perdu dans un coin obscur, d'avoir reculé devant une tâche impossible pour lui, et d'avoir

* Celles de Clermont, que j'avais sous la main, ne m'ont presque rie» fourni. — Pour cette seconde édition, j'ai utilisé celles de Dijon et de la Gôte-d'Or, sans parler, bien entendu, des inventaires d'autres archives-

INTBODUCTION XIX

mieux aîmé laisser ce livre imparfait que de ne pas l'écrire du tout.

§ 3. — Méthode de ce livre

J'ai essayé d'appliquer dans ce livre les méthodes que m'ont enseignées mes maîtres en histoire, persuadé que je suis que l'histoire sociale ne doit point s'étudier ni s'écrire avec une autre méthode que l'histoire politique, religieuse ou littéraire. J'ai abordé cette étude sans parti pris, dans me soucier de savoir si mes constatations^ serviraient d'arguments à telle ou telle secte, conservatrice ou révolutionnaire. J'ai pensé qu'il fallait étudier le passé, non pas à la lumière de quelques formules a priori, mais uniquement à l'aide des textes contemporains*.

Cette méthode ne laissera pas, sans doute, d'être fastidieuse pour le lecteur. Il s'impatientera peut-être de voir l'exposition interrompue par de longues citations, et parfois môme réduite à un simple commentaire. Mais il m'a semblé que c'était le seul moyen d'arriver à dégager des résultats positifs. C'est seulement par l'analyse minutieuse de quelques documents que l'on peut sortir des généralités. Les textes dont je me suis servi sont, pour des raisons données dans le paragraphe précédent, en assez petit nombre. C'est un inconvénient; mais un inconvénient peu grave, si du moin 3 ces textes sont suffisamment variés, et bien choisis. Un seul texte, comme celui

* Je les ai toujours reproduits avec la plus respectueuse fidélité, mais j*ai cru pouvoir en rajeunir Torthographe.

de l'ordonnance de 1539 sur les imprimeurs, nous renseigne à la fois sur le développement de l'industrie mécanique, sur les règlements d'atelier,- sur les salaires, .sur l'apprentissage, sur les coalitions, etc. ; à ces divers titres, il peut et doit servir de référence à plusieurs chapitres de ce livre.

11 ne faut pas, bien entendu, se laisser halluciner par les textes mêmes, et abdiquer devant eux tout droit à la critique. Les textes législatifs en particulier sont souvent menteurs ; de ce qu'une prescription est inscrite dans un édit ou un statut, il ne s'ensuit pas nécessairement — pas plus au xvi® siècle qu'au xix® - — qu'elle ait été appliquée. Que ces documents émanent des pouvoirs publics ou des corporations, il s'agit de les bien interpréter. En général, par exemple, les précautions prises par les classes possédantes indiquent la nature des dangers qui les menacent. En 135i, à la suite de la grande peste, le roi Jean fixe presque tous les salaires à un tiers au-dessus de ce qu'ils étaient « avant la mortalité » : il est donc vraisemblable que, sans l'intervention royale, la raréfaction de la main-d'œuvre en aurait élevé le prix encore davantage. Il en est de même de l'édit de 1601 sur les gages des gens des champs, évidemment destiné à enrayer la hausse des salaires produite par les guerres de religion.

A côté des documents législatifs, il importe de consulter d'autres documents, aussi variés que possible. D'abord les textes juridiques. A tout prendre un procès est pour nous bien plus intéressant qu'un statut ; le statut nous montre les ouvriers tels qu'on aurait voulu qu'ils fussent, le procès tels qu'ils étaient. L'édit de

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