‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 10 sur 157 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lumière électrique; les fenêtres sont ouvertes, car il fait très chaud, et on voit une multitude de gens à tra* vers ces ouvertures; beaucoup de promeneurs, beaucoup d'exubérance, du mouvement, de la vie, une foule qui semble gaie; décidément c*est bien. Une musique militaire ajoute encore au charme de la promenade. Je vois passer de jolies filles, bien habillées, avec leur mère qui porte la mantille traditionnelle, hélas! abandonnée par la génération actuelle et remplacée par les odieux chapeaux prétentieux et empanachés ! Dans tous les magasins, dans tous les cafés, les clients et les employés sont en manches de chemise; il fait si chaud! Je reste avec mon ami jusqu'à dix heures du soir à contempler ce spectacle, mais il faut rentrer; Tatmosphëre devient humide : c'est, paraît-il, le propre de la saison, et il est mauvais de rester tard dehors, la nuit.

Nous trouvons notre navire flanqué de gros chalands surchargés de charbon que va absorber le colosse. Une poussière noire a envahi le navire ; tout est recouvert d'une mince couche de ce minerai précieux, et, pour éviter autant que possible cette invasion gênante, on a tout fermé à bord, hublots, portes, claires-voies, etc. Je m'arrête un instant sur le pont, et, penché sur le bastingage, j'examine le travail auquel se livrent des nuées de Chinois, noirs démons qui vont, toute la nuit durant, entasser dans les bouches s'ouvrant sur la carène cette nourriture qui donne la vie et le mouvement à notre vaillant steamer aux rouages d'acier! De légères lampes à incandescence, suspendues audessus des barges, donnent une clarté diffuse, mais

qui laisse cependant entrevoir ces extraordinaires machines à travailler en chair et en os qui, sans dire un seul mot, vont, pendant de longues heures, se passer de main en main un petit panier plein de charbon et le verser dans la cale, où d'autres Chinois, plus noirs encore, vont Tempiler soigneusement. Quelle différence avec nos races! que de lazzis, que de propos, que de jurons même n'entend-on pas dans nos ports! Je m'empresse de dire que le travail n'y gagne pas. Je m'arrache à cette vision dangereuse pour mes poumons, et je vais chercher dans ma cabine un sommeil réparateur, mais l'impossibilité de respirer me fait vite regagner le fumoir, où je m'étends sur un canapé et où naturellement je passe une déplorable nuit. Le lendemain je redescends à terre et je vais faire une visite à un ami de Paris, le consul général de France, le comte Sala, qui habite la campagne; je prends, en bas de l'avenue qui va à la place Tacon, le tramway à vapeur, et en une demi -heure je suis au Vedado, petit village de la banlieue où sont groupées, sur le bord de la mer, au milieu d'une jolie végétation, de belles habitations, de confortables villas qu'abritent des palmiers, des pins et d'autres arbres inconnus sur les bords de la Seine.

Je trouve le consul général fort triste... Le fils de sa cuisinière, une brave femme, vient de mourir : la maisonnette où il vivait est au bout du jardin de la maison du consul. Je m'informe de quelle maladie est niort ce pauvre jeune homme... a Du vomito! n me répondil ! Et, en me disant cela, il m'entraîne précîpitamnient hors de chez lui et m'emmènedéjeuner à l'hôtel Chaix,

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