CHAPITRE PREMIER
à enrichir quelques personnages haut placés? peutêtre y avait-il aussi à cette époque de grands financiers? Quoi qu'il en soit, quand on vint présenter au Roi, à Madrid, la note à payer, il demanda une longue-vue, et, se mettant à la fenêtre du Palais royal, il se mit à observer Thorizon : (^ Sans indiscrétion, que cherche Votre Majesté? » lui demanda un de ses ministres.
tt Je cherche le Morro » , répondit le Roi, « car il est bien évident qu'étant donné l'argent dépensé, je dois pouvoir l'apercevoir d'ici ! »
De l'autre côté de la passe se trouve tout un quartier de la Havane dont les maisons baignent dans la mer ; un peu en avant, se distinguent deux forts circulaires, bas sur l'eau, armés de forts canons de siège, puis, vers le sud, le long de la côte, des maisons de campagne et de la verdure.
Une nuée d'embarcations sillonnent la rade, formant un va-et«vient incessant entre la terre et les émissaires d'outre-mer; deux ferry-boats américains, superbes et majestueux bacs dont le balancier se meut avec une puissante régularité, mettent en communication les deux rives de ce bassin vraiment beau ; de petits canots, recouverts d'un berceau garni d'une toile propre à protéger contre les indiscrets et brûlants rayons du soleil, accostent la Normandie. Quelques passagers descendent à terre; d'autres y vont se promener et passer la nuit dans un hôtel pour échapper à l'embarquement du charbon, qui doit commencer à huit heures du soir; j'accepte l'aimable invitation de l'agent des postes d'aller avec lui voir la Havane, et, quelques minutes après, grâce à la vigueur des quatre Normands
qui ce nagent )) sur sa baleinière, nous mettons le pied sur le sol fertile, mais chaud, de Cuba. Après un arrêt de quelques instants à la poste, où nous déposons nos sacs à lettres, nous prenons une voiture et nous nous dirigeons vers le Consulat général de France. Nous devons y laisser la valise diplomatique, la fameuse valise qui sert généralement à transporter des cigares quand elle va de la Havane en France, ou des objets soumis aux droits de la douane espagnole, quand elle va de France à la Havane. Elle n'est pas trop volumineuse, cette valise, mais on peut encore y mettre bien des choses, le courrier étant par lui-même peu encombrant; mais fermons les yeux sur des habitudes qui sont en vigueur d'ailleurs dans Tunivers en* tier.
L'entrée de cette ville est sale, laide et puante, surtout près du port et de Tautre côté du bâtiment de la douane. C'est navrant; notre voiture est cahotée, secouée; une odeur pestilentielle s'échappe de tous les coins de rue; des magasins d'apparence sordide ouvrent leurs portes dépeintes sur des ruelles nauséabondes; les murs sont décrépis, rongés par l'humidité; mais à mesure que l'on s'éloigne, la ville paraît s'améliorer; je traverse des rues mal pavées, mais bordées de beaux magasins; les maisons sont plus soignées, la civilisation reparaît, on se sent revivre; enfin nous arrivons place Tacon, où l'impression première disparaît ; un beau square avec des arbres orne le milieu de cette place, tout entourée de belles et hautes maisons, d'édifices, de palais, de théâtres, de clubs, le tout illuminé du haut en bas par de gros foyers de