‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 11 sur 157 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

fort bon endroit tenu par des Français et situé au centre du Vedado.

De là nous sommes revenus en ville, où il m'a promené, mais j'avouerai franchement que j'étais un peu refroidi sur les beautés de la Havane, et, après avoir pris congé de mon digne ami, qui se plaît dans ce pays, je revins à bord, où je fus accueilli par les vifs reproches des autres passagers, qui me disaient que j'étais fou d'aller ainsi passer une journée dans une ville où le vomito était en permanence... J'en sais quelque chose ! Au fond, ces braves gens avaient raison.

Nous embarquons ce matin un taureau pour les courses de Mexico. Il vient de Séville, et on Ta transbordé chez nous; il y a déjà trente-deux jours qu'il est enfermé dans sa caisse, qui n'a que deux petites ouvertures pour lui donner l'air et la nourriture. Il est accompagné de quelques toreros.

Le bétail qui est à bord a vite fait de s'apercevoir du nouveau compagnon qui lui arrive et semble manifester une vraie satisfaction à laquelle le noble animal répond par un mugissement significatif.

4 octobre. — A huit heures du matin, nous quittons la Havane et son vomito, par une mer absolument calme.

La compagnie Sieni continue ses répétitions : aujourd'hui nous sommes tout à Don Juan; quelle merveilleuse partition, quelle délicatesse de touche, et comme on voit pétiller l'esprit dans cette musique à la fois savante et légère, vive et naturelle! . . . .

Nous sommes sur le banc de Campèche, semé de

dangereux écueils, heureusement bien connus... Le commandant nous dit que le cyclone de l'autre jour a fait de terribles ravages; parti du Yucatan le 30 septembre, Touragan a traversé le golfe du Mexique après avoir touché à Vera Cruz, est entré en Floride, a poussé une pointe sur TAtlantique, — il aurait pu s*en dispenser, car c'est lui qui nous a atteints, — a obliqué au nord, heureusement pour nous, et a été se perdreaux Etats* Unis. De nombreux navires ont été mis à la côte, y compris un navire de guerre espagnol, le Cristohal Colon : équipage sauvé, navire perdu. Pas de chance, la pauvre Espagne !

7 octobre. — Nous sommes en vue de Vera Cruz. Côte laide, sablonneuse, d*oti surgissent les clochers de la ville, très blancs, que Ton aperçoit de loin; le pilote est à bord, il hésite à nous faire entrer, car la Normandie cale beaucoup d*eau, et le chenal est étroit, peu profond et le courant très fort.

A droite, je distingue le fort de Saint-Jean d'Ulloa, dont le nom me rappelle le prince de Joinville et la prise mémorable de cette forteresse qui se dresse sur une langue de terre. Elle sera bientôt une presqu'île, car on construit une digue pour abriter la rade contre le vent du nord; la terre ferme sera reliée à cet îlot désolé où est maintenant la prison la plus terrible du Mexique. J'ai compté autour du fort dix-huit factionnaires. Il y a, parait-il, deux cents prisonniers.

Le pilote continue à hésiter, mais le commandant, qui veut entrer, fait vider les compartiments étanches de l'arrière, remplir ceux de l'avant; le navire fait un petit mouvement de bascule sur la proue, le tirant

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