CHAPITRE Vin
perspective me plaît fort après mes deux mois d'isthme de Tehaantepec !
Escuintlaest un grand bourg, centre important d'ha* ciendas de café et lieu de villégiature des Guatémaltèques. Le climat y est chaud, et on me dit qu'il s'est produit des cas de fièvre jaune tout récemment; je remonte précipitamment dans mon wagon, et je sens que je ne m'arrêterai pas à Escuintla au retour.
Le tracé commence ici ses aventureux zigzags, et c'est avec une sage lenteur que nous arrivons sur les bords du lac que la voie longe pendant une demiheure. Des quantités d'Indiennes lavent sur les rives, et c'est un grouillement qui réjouit l'œil; une digue où nous passons traverse le lac dans son milieu, où les bords se rejoignent presque, et une heure après nous entrons en gare.
L'entrée de la ville n'est guère encourageante; des nuages épais de poussière obscurcissent l'air , et le sol des rues est défoncé ; des pierres de toutes formes les pavent tant bien que mal, et des trous sans nombre rendent la circulation en voiture plus que pénible. Dans le milieu coule une eau sale, croupie ; il n'y a pas d'égout. Les trottoirs sont à peu près transitables, et les maisons qui n'ont qu'un étage ont un aspect très simple avec leurs toitures en grosses tuiles rouges qui avancent en encorbellement. Les façades en sont très rudimentaires, badigeonnées en couleurs claires, garnies de fenêtres grillées assez grandes. Au moment où j'arrive, un décret du Président vient de rendre obligatoire la suppression de l'encorbellement et son remplacement par une balustrade droite surmontant toutes
les façades. Aa moins cela arrangera la ville, car certains points ainsi reciifiés donnent une autre physionomie et un autre aspect aux constructions.
Des tramways sillonnent la ville sur deux lignes principales, allant de la gare à la place et y revenant par deux rues différentes. De tous côtés se dressent des poteaux grossièrement équarris supportant des amoncellements de fils électriques servant au service des télégraphes, des téléphones, de la lumière électrique : c'est affreux, mais c'est un mal nécessaire et qui a au moins son utilité.
Cette ville entière, où on ne voit que rarement une maison à deux étages, fait au premier moment une impression étrange, car on ne se figure pas une capitale d'un grand pays avec des constructions qui lui donnent l'aspect d'un gros village, mais avec la réparation que leur fait subir le décret du Président, cela va changer et donner un certain cachet à Guatemala. Les tremblements de terre empêchent absolument de construire des immeubles plus haut, à moins de les élever avec des proportions qui leur permettent de résister, comme les églises, les édifices gouvernementaux, etc. Toutes les rues se ressemblent : c'est un damier numéroté avec les désignations orient, nord, sud, occident. Les fenêtres sont désolantes avec leurs grillages qui empêchent de voir comme il faut les très jolies femmes qui sont assises à leur croisée ouverte et dont la silhouette m'a paru pleine de charme. C'est l'habitude du pays de prendre ainsi l'air à son balcon.
La ville n'est pas très animée, sauf aux environs du marché et les jours de fête. Pas de mendiants dans les