‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 103 sur 157 · CHAPITRE Vlll. 19T · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll. 19T

rues ; les passants ont un petit air affairé, et il y a peu de badauds, ce qui s*explique par le manque presque complet de grands magasins à vitrines, comme à Mexico : tout le commerce riche est cantonné dans quatre ou cinq rues, et il n'y a pas d'étalages ; à l'intérieur les marchandises ne sont pas en vue, et sauf sous les arcades de la place, où il y a deux magasins de nouveautés européens avec un peu d'achalandage et un bijoutier, le reste semble se cacher. Les débits de vin se dissimulent moins et sont nombreux; on y débite beaucoup de liquides de toute sorte; on boit beaucoup dans les pays chauds.

L'Indien guatémaltèque est propre, tranquille et de caractère doux; il est en général habillé et en jaquette, pantalon, cravate, mais nu-pieds.

Les femmes sont pauvrement, mais convenablement vêtues ; presque toutes portentdes chemisettes blanches brodées en soie ou en coton multicolores, de fabrica-. tion du pays.

La vie à Guatemala est chère, relativement à l'habillement et à la nourriture : avec le luxe effréné des femmes, on peut affirmer que le Guatémaltèque doit y regarder deux fois avant de prendre une compagne qui fera de suite un trou gigantesque dans le budget du ménage.

Il y a des familles riches qui vont souvent à Paris ; les femmes s'y font habiller et reviennent à Guatemala, où naturellement les toilettes qu'elles rapportent font éclater l'envie des petites amies, et c'est alors des conciliabules avec les couturières pour rivaliser avec les dernières modes importées de Paris; les couturières

françaises sont sur les dents ; on en manque même en ce' moment ; résultat : de fort jolies toilettes/iine dépense folle et, au fond, regret pour la femme d'être obligée de faire ces frais pour se montrer à des gens qui n*y connaissent rien et qui ne peuvent les apprécier; on se promène dans des rues pleines de poussière ou au paseo une fois par semaine, le dimanche ! Et, le pire de Taffaire, c'est que les femmes ont du goût ; je m*en suis vite aperçu, comme tout bon Parisien que je suis.

La femme du peuple suit ce mouvement d'élégance, mais ne pouvant porter de soieries ou des chapeaux à plumes, dont le moindre vaut vingt-cinq piastres, elle s'ingénie à faire de son mieux et se| drape dans des châles de soie aux couleurs éclatantes et très voyantes, généralement roses ou vert criard ! Dans les foules, c'est d'un très joli effet.

La société est ici un peu plus animée qu'à Mexico; on se réunit souvent : il faut bien faire voir ses toi* lettes; on va au cirque, au théâtre; on aime la musique et on cherche les occasions de se trouver ensemble. Le mari est peut-être moins jaloux que le Mexicain, et les ménages n'en sont pas moins très unis : les mœurs sont douces ici, et le caractère des habitants est moins irascible.

Les gens que l'on rencontre ont l'air satisfait de leur sort et de bonne humeur : on gagne de l'argent facilement par les trois moyens suivants : P fînca de café, je n'en parlerai plus; 2^" tenir une bonne cantine; 3" avoir la chance de pouvoir entrer dans des affaires de spéculation, chemins de fer, égouts, etc., qui profitent au pays et surtout à ceux qui les lancent.

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