CHAPITRE VIII
chevauché dans les Vosges, il y a quelque vingt ans : M. Heiny est directeur de la Monnaie à Guatemala et investi de Tamitié du Président, qui lui a confié, il y a quatre ans, le soin de créer de toutes pièces une Monnaie et un laboratoire de chimie.
Je viens de visiter ces deux étabhssements : j'en suis émerveillé. Qu'on vienne me dire ensuite que les Français ne peuvent monter des fabriques à l'étranger ! Tout est français dans cet immeuble modèle. En moins de deux ans, Tintelligent administrateur, à qui le gouvernement avait donné carte blanche, a installé les machines, monté les balanciers, construit les fours et créé le laboratoire de chimie, qui a beaucoup à travailler pour analyser les produits de ce riche pays.
L'unité d'argent est ici le dollar, dont la frappe est fort bien faite; puis vient la peseta, qui vaut deux réaux, le quart de dollar, le réal, le demi-réal et le quart de réaly qui équivaut à deux sous et demi. Il n'y a pas de monnaie de cuivre ; le dollar vaut en ce moment deux francs quarante.
La Monnaie de Guatemala fait honneur au gouvernement, qui n'a pas lésiné à faire grandement les choses.
Je ne veux pas fatiguer le lecteur par les descriptions arides de l'Institut indigène, réservé, comme le nom l'indique, aux seuls Indiens et fondé par le Président Barrios, ni lui décrire l'architecture du Palais municipal sur la Plaza Mayor, avec un seul étage et une colonnade basse qui en orne la façade, ni la caserne d'artillerie. Je ne dépeindrai pas non plus le square qui orne la place, avec son kiosque; mais je vous dirai que cette
ville possède un Conservatoire de musique dont le directeur, musicien savant, M. Gonzalez, a étudié en Italie et en France, et que la ville possède vingt-quatre écoles primaires et trente et une maisons privées d'éducation. C'est stupéfiant pour une population de quatre-vingt mille habitants.
La police est bien faite; les sergents de ville portent un costume simple et de bon goût, tout noir; ils ont la casquette allemande rigide, un veston à deux rangs de boutons en argent; une plaque en argent est. cousue sur Tuniforme avec leur numéro, et ils ont autour de la taille une ceinture en fort cuir noir où sont accro- <:hés le bâton de policeman anglais avec sa corde à torsion, un jeu de menottes en acier et un revolver. C'est un véritable corps d'élite; l'organisation est la même que celle de la police américaine et fonctionne avec ordre et régularité. D'ailleurs, la ville est calme et inondée de clarté la nuit par un éclairage électrique d'autant plus intensif qu'en ce moment il y a deux compagnies qui se font concurrence, et travaillent à qui mieux mieux pour avoir le monopole. Aussi on y voit comme en plein jour.
L'armée est équipée et instruite à Tallemande; j'ai retrouvé les casques a pointe et la casquette plate à bouton du Prussien. Les hommes savent se servir de leurs armes, observent bien la cadence du pas, mais ont une vilaine démarche, car on a enfermé leurs gros pieds, hftbituésà la nudité dès leur plus tendre enfance, dans de lourds et épais godillots, ce qui fait marcher les malheureux absolument comme s'ils étaient sur un terrain planté de clous la pointe en l'air; ce progrès