CHAPITRE VIII
de la civilisation rend les soldats bien malheureux.
J'ai assisté hier à la revue d'effectif de l'intendant général; les hommes s'alignent vite, manœuvrant régulièrement, mais ce casque me choque affreusement, surtout sur ces figures rouges. Les officiers sont bien, surtout dans l'arme de l'artillerie.
Pourquoi faut-il que,, par raison d'économie, sans doute, on fuisse les soldats sortir en tenue de travail, pantalon bleu en toile, veston à boutons, le tout usé, sale, arec un képi dont ne voudrait pas le dernier de nos territoriaux?... et Dieu sait pourtant si la coifiure que Ton donne à nos réserves est dégoûtante !
Les musiques militaires sont excellentes et jouent très souvent pour la grande joie des habitants. En résumé, ils ont une petite armée qui ne peut que gagner, grâce au Président actuel, qui donne l'exemple de son goût pour les choses militaires en ne quittant jamais l'uniforme^ même au théâtre. Il a créé une école polytechnique où entrent déjà des jeunes gens de bonne famille et qui fournira des officiers distingués. La plus grande partie de la population appartient à la race indigène, mais l'élément étranger augmente tous les ans, et comme l'Allemand domine, il n'est pas rare de rencontrer des femmes blondes, dont le contraste est frappant avec les brunes, qui jusqu'ici étaient les reines du pays.
Le type de beauté chez la femme est tout à fait différent de celui de Mexico. La peau est plus blanche, l'œU plus vif, le sourcil plus épais, l'ovale de la figure plus allongé; mais la bouche est moins bien formée et .les dents moins éblouissantes; ce qui tient à la mau-
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vaîse qualité de l'eaa, dont on ne se méfie pas assez dans les pays de montagne, témoin également les nombreux cas de goitre qui s'observent ici. .
La femme de Guatemala serait charmante si la déplorable manie de se farder n*était pas venue gâter le plus doux des épidermes et rendre désormais nécessaire la crème Simon et le rouge de théâtre. Depuis Tâge de treize ans, la jeune fille commence à se peindre, et c'est désolant ! La fraîcheur de la femme disparait; il n*y a plus de peau unie sous cette couche de blanc et d'autres produits qui l'ont fanée.
La femme, dans ces pays tropicaux, s'use vite, et qui, dans nos contrées, à quarante ans fait encore illusion, ici n'essaye plus de lutter.
Le caractère du Guatémaltèque' est avant tout la franchise; il est hospitalier, aimable, mais a peu de goût pour le travail. Il aime le théâtre, le vin, le jeu, les belles, comme on dit dans Robert le Diable, aime le luxe quand il peut se Tofirir; rien ne lui parait assez riche pour meubler sa maison ; il a toujours — je parle des familles riches — deux ou trois voitures des meilleures maisons de Londres ou de Paris; il ne s'en sert que pour aller au Paseo, car dans les rues, elles seraient en pièces au bout de huit jours; il a de beaux chevaux achetés au poids de l'or, aux États- Unis ou à Londres, et s'habille généralement beaucoup moins bien que la femme, pour qui la toilette est la vie ! On ne trouve pas à Guatemala, bien qu'il y ait de la pauvreté, ce qu'on appelle la misère, et le contraste entre le riche et le pauvre est peu accentué; à part rindien, tout le monde porte un vêtement convenable.