‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 12 sur 157 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

d*eau n'est plus que de sept mètres soixante-quinze. Nous pouvons, entrer! La quille de la Normandie racle un peu le fond de boue, ce que nous voyons à la couleur de Teau, et, à dix heures, nous sommes mouillés. Il y a peu de bateaux ; seul un garde-côte mexicain attire mon attention ; ce navire est petit, mais me parait extraordinairement habité : on me dit qu'il y a cent hommes à bord! Cela grouille! on dirait une fourmilière nautique. Il fait une chaleur tropicale; le train part à une heure, et on est obligé de passer la nuit à Orizabapour en repartir le lendemain à midi et arriver à cinq heures à Mexico !

Cette combinaison me souriant peu et sachant que Timpresario Sieni a un train spécial direct pour la capitale, je n'hésite pas à m'adresser à lui; comme nous sommes bons amis, il accède avec grâce à ma demande et me donne quatre étiquettes pour coller sur mes malles, afin de les faire passer avec les trois cents colis de la troupe. Il me donne en plus un billet pour moi et m'avertit que je fais maintenant partie de la Compagnie Sieni ; le train spécial part à trois heures.

Je descends déjeuner avec le commandant ; une émotion stupide me prend à la gorge en prenant congé de lui, je ne puis que balbutier quelques phrases banales, les larmes me montent aux yeux et je me sauve rejoindre mes nouveaux compagnons sur le tender à vapeur qui nous attend. Nous nous éloignons du bord qui nous a si heureusement conduits au terme de notre voyage, en saluant la Normandie d'une bordée de bourras. Mon cœur est gros à la pensée que je viens de quitter le sol français pour un long temps, peut-

être poar toujours J*y laisse accroché un lambeau

de moi-même, je sens que je vais me laisser gagner par la tristesse..., je fais un efifort et j'adresse un dernier adieu au drapeau tricolore qui va dans peu de jours regagner la terre natale.

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