CHAPITRE IX
de trouver des montures : il y a peu de loueurs, et ils mettent toujours de la mauvaise volonté ; cepen* dant, à force de travail personnel et en perdant deux jours, je loue un beau mulet, moyennant quarante piastres pourTexcursion, au propriétaire de mon hôtel, et deux mulets et un guide à mon collègue du Congrès des Américanistes, le docteur Zeller, qui vient d'arriver avec sa femme et qui doit séjourner un mois ici. Il veut bien me les prêter pour dix jours. Je lui adresse ici toute ma reconnaissance. La science réunit les frères ennemis.
Me voilà enfin en route pour Antigua : si la sortie de Guatemala est animée, la route Test encore plus : tout le long du chemin on rencontre une foule d'Indiens, surtout des femmes, venant du village de Mixco, qui vont à la ville vendre des tortillas toutes chaudes, des légumes et des fruits; par suite d*une singulière habitude qui n'existe qu'ici, sur ce parcours entre la capitale et le petit village, distant de seize kilomètres, les pauvres Indiennes trottent sur la route comme des chevaux, c'est-à-dire qu'elles courent avec une régularité parfaite, toujours par groupes de quatre à cinq, et rasant le sol avec leurs pieds nus qui soulèvent de la poussière : elles portent sur la tète en équilibre une lourde corbeille ou, le plus souvent, un gros ballot sur l'échiné, retenu par une bande de toile passant sur le haut de la poitrine. C'est un spectacle extraordinaire de voir ces femmes jeunes, vieilles, jolies ou laides, parcourant le chemin pendant près de deux heures et demie, aune allure de près de sept kilomètres à Theure. Elles balancent les bras en trottant
et vont gaiement, causant entre elles. Même par les plus fortes chaleurs, elles conservent cette allure; tous, les deux cents mètres, elles se mettent au pas, aspirant Tair à pleins poumons, et quelques minutes après repartent au trot.
Nous croisons également des Indiens, véritables bêtes de somme, qui portent sur leur dos des charges invraisemblables ; j'en vois un qui a une armoire à glace énorme, attachée par des cordes qui toutes se relient à une sorte de lanière en cuir large de dix à quinze centimètres, un peu bombée, qui s'applique exactement sur le front et sur la tête de Thomme; il marche courbé en deux, le poids de la charge réparti sur les reins et sur la tête ; un autre porte une chaise longue enveloppée dans sa housse; d'autres des caisses, des barils de vin, de la volaille, en un mot on se croirait transporté aux temps de l'antiquité, où tous les transports se faisaient ainsi.
A trois cents mètres de la ville, je me retourne; la capitale se distingue nettement avec ses églises blanches qui seprofîlentélégammentdanslefond vert; dans les lointains de hautes montagnes se perdent dans les nuages, et, si la vue est moins belle quecelle de la vallée de Mexico, elle n'en reste pas moins fort pittoresque.
Nous montons une pente accentuée avant d'arriver à Mixco, où la place est intéressante avec sa vieille église à façade peinturlurée, sa fontaine à arcades et ses lavoirs couverts : c'est un village des Abruzzes, si vous contemplez le costume des femmes, qui gardent sur la tête une serviette ployée en quatre, très aplatie, ce qui est tout à fait italien et leur sert à porter leurs